Analyse Libérale

LREM : La République Est Mat

23 Juin 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La République est mat. Aux échecs, comme l’indique Wikipedia, "c’est une une situation dans laquelle un roi est menacé de capture au prochain coup et pour laquelle aucune parade n'est possible". L’encyclopédie en ligne précise que "certains pensent que l'expression est issue du persan sāh māta, c'est-à-dire « le roi est étonné »". Aujourd’hui, la République est mat, et toute étonnée, même si elle fuit la réalité.

 

La République est en échec. Les dernières élections ont acté le rejet des politiques, dont le président élu lui-même, ainsi que la montée des extrêmes. Le débat est inexistant pour ne pas dire interdit. La France est divisée, entre la base et une élite auto-proclamée. Et cette situation est le fruit de la République, telle que nous la pratiquons.

 

Les politiques rejetés.

Macron est très mal élu. Marine Le Pen, diabolisée, qui de l’avis général a mené une mauvaise campagne au second tour, réalise un score de 33,9 % des suffrages exprimés. Macron ne rassemble que 43,61 % des inscrits. C’est à la fois un score historique pour le FN, qui n’a jamais rassemblé autant de suffrage à une élection présidentielle, et pour Macron, le candidat élu n’ayant jamais récolté aussi peu de suffrage. L’abstention a culminé à 25,44 % des inscrits. Un score historique également. Et, au premier tour, Marine Le Pen et Mélenchon rassemblent 40,88 % des suffrages exprimés. Un score là aussi historique pour les extrêmes. Le vote d’adhésion à Macron étant de plus très faible : une partie de l’électorat a voté contre Marine Le Pen, et non pour Macron. La présidentielle, dans la Cinquième République, se veut la rencontre d’un homme et du peuple. C’est raté.

 

Les législativesont confirmé la tendance. Une abstention qui bat des records : 57,36 % des inscrits. Cette abstention provient en partie d’électeurs de Mélenchon et du FN à la présidentielle, qui avaient déjà perdu tout espoir. Cependant, cela n’a pas empêché un score comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour l’extrême gauche, qui récolte 27 sièges (10 pour le Parti Communiste, 17 pour Mélenchon), et un nombre historique de députés FN pour un scrutin uninominal : 8 députés. Cette faible participation, cette montée des extrêmes à un scrutin qui ne leur est pas favorable, c’est le symptôme d’un profond rejet de toute la classe politique, Macron y compris.

 

La démocratie sans débat.

La démocratie est censée être le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Le peuple est censé se prononcer au vu des débats d’idées. Il n’y a rien eu de cela, ni à la présidentielle, ni aux législatives. Les sujets qui fâchent ont soigneusement été évités. L’Islam, par exemple. Ceux qu’on appelle les migrants. La laïcité. La GPA. L’insécurité. L’immigration. L’Europe. La culture française. Tout a été éclipsé.

 

De plus, un nouveau phénomène vient entraver le débat : la chasse aux fake news. Ces fausses informations sont accusées de manipuler les esprits. Elles auraient favorisé l’élection de Trump aux USA. Mais qu’est-ce qu’une fake news ? Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? Une info peut commencer par une rumeur, qui masque une vérité. L’engouement pour une fake news peut révéler des inquiétudes populaires. Des fake news peuvent être des demi vérités. Surtout, sur des sujets controversés, comment déterminer le vrai du faux ? Quelle est la frontière entre chasse aux fake news et limitation du débat ? Entre chasse aux fake news et limitation de la démocratie ?

 

Un peuple divisé.

Le peuple français est profondément divisé. Les sondages montrent une classe aisée qui a voté Macron. Et une classe moins aisée, qui comprend une partie de la classe moyenne, qui vote extrême ou qui s’abstient. La bourgeoisie des centres villes opposées à la plèbe des faubourg et de la campagne. On souligne que les diplômés ont voté Macron, et que les non diplômés ont voté extrême ou se sont abstenu. L’élite éclairée a bien voté.

 

Mais déjà, qu’est-ce qu’un diplômé ? Diplômé dans la restauration, ça compte ? Je crois que non. Nous voyons là un mépris pour qui ne sort pas d’études dites supérieures. Surtout, cette division souligne que chacun vit dans son monde. Confronté à des mondes différents, chacun a des références différentes. Les fake news ne sont pas en cause dans ces différences d’opinions. Le peuple s’informe en regardant la télévision, en lisant la presse régionale. Mais il interprète différemment les informations, en fonction de ce qu’il vit. La République, qui prétend rassembler, a abouti à des divisions historiques.

 

La légitimité

Quelques articles se sont vaguement interrogés sur la légitimité du nouveau pouvoir, si mal élu. Il n’y a pas d’ambiguïté : le pouvoir est légitime. Il a été élu dans les règles. C’est tout ce qui compte pour la légitimité. Qu’il ne se préoccupe pas d’une grande partie de l’électorat n’a pas d’incidence sur sa légitimité.

 

Le problème n’est pas la légitimité du pouvoir. C’est la légitimité du système. Le système aboutit à la prise de pouvoir d’un groupe pas forcément en phase avec le peuple. Par exemple, Macron est ce qu’on peut qualifier un ultra européaniste. Et il ne semble pas vouloir infléchir cette politique. Le peuple français semble moins européaniste. 40 % des inscrits ont voté pour Mélenchon et Le Pen, des eurosceptiques. Comment vont-ils réagir ? Ne risque-t-on pas une radicalisation ? Le pouvoir est légitime. Le système pose problème.

 

Conclusion

La République est Mat. La République a produit la situation actuelle. Le rejet du politique, la montée des extrêmes. L’absence du débat indispensable à la démocratie, et même potentiellement l’interdiction du débat. Le rejet d’une élite qui gouverne quand même sans souci du peuple. Les aspirations républicaines sont bien mortes.

 

Ce n’est pas un problème de légitimité. C’est un problème de système. C’est la République qui a produit cette situation. Aujourd’hui, la République consiste à donner les pleins pouvoirs aux élus. Le résultat est un rejet des politiques. Un rejet d’une élite aussi . Mais en même temps cette élite cherche à imposer ses décisions. Au vu des crispations et des oppositions, l’avenir s’annonce sombre.

 

La réponse libérale est la limitation du pouvoir. Les anarcho-capitalistes refusent même tout pouvoir (sur ce sujet, je vous conseille ce blog). L’évolution de la société doit partir des actions de chacun d’entre nous, pas de Big Broher.

 

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I-Cube 02/07/2017 17:24

Non, non...

La faillite de la démocratie serait que le pouvoir de Mat-Kron dérive tout doucement vers ce que tu appelles (par ailleurs) la "dictature-douce".
Il peut le faire, mais il peut ne pas le faire : On va le savoir dans les semaines qui viennent.

Bon courage et à te lire !

I-Cube

Jeanne 02/07/2017 10:09

Rien de nouveau sous le soleil, c'est la nature de la Vè République qui a prévu un législatif courroie de transmission de l'exécutif. C'était peut-être nécessaire ou acceptable en 1958, et encore.... Il a fallu attendre Sarkozy pour que l'Assemblée Nationale ait le droit de décider de la moitié (que c'est généreux!) de son ordre du jour: du jamais vu dans les démocraties occidentales, au XXIè siècle, et qui plus est d'un pays qui prétend exporter ses lumières au reste du monde. Hélas ce sont les ennemis de la démocratie qui proposent de passer à la VIè. So French....

I-Cube 24/06/2017 08:44

Très Vlad !

Mais je ne vois pas comment, après avoir posé le bon diagnostic, à savoir un "éclatement" total de l'opinion populaire (le peuple pris dans son ensemble) et son éparpillement extrême dans des positions radicalement opposées, tu conclues à la faillite de la République ?
Au contraire, les institution de la Vème permette, à tort ou à raison, d'extraire de ce fatras impossible les moyens d'un gouvernement stable sur la durée du pays.

C'est au contraire une très grande réussite "institutionnelle", comme jamais.
Moi je dis bravo, même si effectivement on peut ne pas être d'accord.
Mais que serait le pays avec 40 % de députés "extrémistes", totalement opposés par ailleurs sur les problèmes de société, et 60 % restant divisés en trois ou quatre tendances qui se combattraient durant 5 ans autour d'un centre-introuvable ?

Réfléchis et reviens nous voir pour proposer mieux pour le pays, stp !

Bien à toi !

I-Cube

Vladimir Vodarevski 24/06/2017 10:01

Ce n'est qu'une partie du diagnostic. Je vais essayer de faire une série d'article sur le sujet. Le thème, c'est la faillite de la démocratie.