Analyse Libérale

Le discours de Theresa May: un calcul politique?

6 Octobre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Theresa May, Première Ministre du Royaume-Uni, a insisté au congrès du parti conservateur sur la nécessité d'un pays plus juste. Ce qui tendrait à conforter l'idée que le raison principale du vote en faveur du brexit est un rejet des élites dû à une politique économique pénalisante pour les plus défavorisés. Cependant, la situation est plus complexe.

Le Royaume-Uni, une économie en croissance.

Le Royaume-Uni a quand même donné une majorité absolue au Premier Ministre David Cameron lors des dernières élections législatives. Le même Cameron n'avait pas obtenu cette majorité auparavant, face au gouvernement travailliste sortant. Plus que tous les indicateurs économiques et sociaux, ce vote montre que sa politique donnait satisfaction à une majorité d'électeurs.


Les indicateurs confirment la bonne tendance de l'économie du Royaume-Uni, comme le montre l'enquête annuelle de l'ONS. Les revenus réels, après avoir baissé, sont remontés au dessus du niveau d'avant la crise. Les inégalités, mesurées par l'indice de gini, ont également baissé par rapport à la période travailliste. Contrairement à la légende, le pourcentage d'emplois dits « zéro heures » n'est pas élevé, à 2,5% des emplois. De même, l'augmentation de l'emploi indépendant n'est pas exponentielle, et peu s'expliquer, du moins en partie, par ce qu'on appelle « l'uberisation » de l'économie.

Il est vrai que les habitants du Royaume-Uni ont souffert, et qu'ils ne retrouvent que maintenant une situation meilleure qu'avant la crise. Mais c'est la politique travaillistes d'avant la crise qui semble responsable, tandis que Cameron est crédité du redressement du pays.


Les raisons du Brexit.

Il n'y a pas une cause unique qui explique le vote en faveur du brexit. Les sondages indiquent que la première cause et le souhait du peuple de retrouver la souveraineté du parlement sur le pays. Ce qui est corroboré par le fait que le fait que le vote en faveur du brexit est plutôt conservateur. Et par le fait qu'au sein du Royaume, l'Angleterre a largement voté en faveur du Brexit, à l'inverse de l'Ecosse.

La deuxième cause serait le contrôle de l'immigration. C'est un sujet qui rassemble. Des conservateurs peuvent se sentir menacés dans leurs traditions, et des travaillistes craindre que le système social soit sature. Theresa May a appuyé sur ce sujet d'ailleurs dans son discours.

Enfin, une raison qui a peut-être fait pencher la balance, c'est la tiédeur du leader travailliste, Jeremy Corbyn, a soutenir le maintien dans l'Union Européenne. Certains électeurs travaillistes, tentés par un vote de rejet effectivement pour des raisons économiques, ont pu être encouragés par cette attitude.


Par conséquent, la situation économique ne semble pas être le facteur prédominant du vote.

Le calcul politique de Theresa May.

La question du Brexit empoisonnait le parti conservateur. Maintenant qu'elle est tranchée, celui-ci a un problème en moins. Par contre, le Brexit aggrave la crise au parti travailliste.

Dès son élection à la tête du parti, Jeremy Corbyn a été contesté au motif qu'il était trop extrémiste pour espérer rassembler une majorité d'électeurs aux législatives. Sa tiédeur à faire campagne pour le maintien dans l'Union Européenne a provoqué une motion de censure à son encontre de la part de la majorité des parlementaires travaillistes, et provoqué de nouvelles élections internes, toujours remportées par Corbyn.
Le virage socialiste incarné par Corbyn peut inquiéter des électeurs centristes ou socio-démocrates. Or, les élections législatives sont uninominales et à un seul tour au Royaume-Uni. Il faut donc rassembler une majorité dès le premier tour.

L'autre parti qui émergeait, et qui pouvait concurrencer les conservateurs, etait l'UKIP, qui militait pour quitter l'Union Européenne. Sans sa raison d'être, l'UKIP est également en crise.

Theresa May est assurée d'avoir derrière elle les conservateurs. Ceux qui étaient tentés de voter pour l'UKIP n'ont plus de raison de le faire. Elle peut attirer les électeurs travaillistes plutôt centristes ou socio-démocrates que le socialisme de Jeremy Corbyn rebute. Et ainsi s'assurer d'une majorité confortable aux prochaines législatives.

Le discours de Theresa May est donc certainement un calcul politique, destiné à assurer le pouvoir aux conservateurs.

NB: pour compléter, un excellent article du Figaro sur le sujet,ici.

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I-Cube 07/10/2016 09:51

Oui, on peut dire ça comme ça.

Mais note qu'elle hérite d'une situation qu'elle n'a pas spécialement "provoquée" : Elle fait donc avec ce qu'elle a et ça ne doit pas être tous les jours facile.

D'autant que mes "potes-anglais" me font remonter des informations inquiétantes :
- La City, certes, bien embarrassés qu'ils sont tous avec cette histoire de passeport-européen ;
- L'idée que 40 % des investisseurs américains considéraient jusque-là que Londres était une porte d'entrée sur l'Europe continentale, ce qui ne va plus être le cas dès que sera lancé la procédure de l'article 50, tel qu'ils envisagent de se replier à... Dublin (et non en Allemagne), environnement anglophone oblige !
- Et si la chute de la Livre va favoriser les exportations et redonner un peu d'air aux industries de proximité et de substitution, les agriculteurs qui font l'Angleterre profonde sont déjà dans une m... (étron), noire : Les subventions européennes ont subitement été stoppées !

Bref, ça va être compliqué, voire très compliqué pour les conservateurs dans un avenir pas si lointain que ça, d'où un calendrier électoral qui pourrait être avancé à terme.

Bien à toi !

I-Cube