Analyse Libérale

La déformation généralisée des faits en économie.

23 Octobre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Les faits sont importants pour se faire une opinion. On pourrait penser qu’à l’ère d’internet, il soit facile d’avoir les faits bruts. Pourtant, en économie, les faits sont souvent déformés.

 

Imaginons un pays qui connaît une crise économique. Son président décide alors d’augmenter les dépenses publiques, de pratiquer le protectionnisme, de s’entendre avec les entreprises pour que les salaires ne baissent pas. Imaginons maintenant que l’histoire retienne que ce président n’a rien fait, et attendu que la crise se passe, en adepte du « laisser-faire ».

 

Impossible dirons nous, du moins dans un régime démocratique.

 

Pourtant, cette histoire est vraie. Plus encore, elle concerne la plus célèbre des crises économiques, celle de 1929. Et le pays d’où est partie la crise : les Etats-Unis d’Amérique.

 

Le président Hoover, qui était en place en 1929, n’était en effet pas un adepte du « laisser-faire ». Bien au contraire, il était très interventionniste. Comment expliquer que les faits nous arrivent ainsi déformés ?

 

Ce n’est pas un cas isolé. C’est même une généralité. Ainsi, des banques américaines, et étrangères, comme la Deutschbank, ont été condamnées à des amendes par la justice US pour tromperie sur les titres subprime. Pourtant, elles n’ont trompé personne. Elles se sont conformées à la politique en vigueur. Les titres subprime ont été construits en respectant les critères de Bâle, une des nombreuses réglementations qui encadrent la finance.

 

Ces titres correspondaient à des crédits hypothécaires. Les banques prêtaient, puis découpaient les crédits sous formes de titres financiers, et les revendaient sur le marché financier. Tout le monde savait que ces titres correspondaient à des crédits accordés à des gens pas forcément solvables, de par leur nom même : subprime est la pire catégorie en matière de crédit. Mais on considérait que l’immobilier ne baisserait pas, et que donc le bien hypothéqué pourrait toujours rembourser le prêt. (Pour une explication du mécanisme des subprime, voir La crise avec des mots simples).

 

On considérait même qu’il y avait un cercle vertueux : les crédits soutenaient la consommation, ce qui soutenait l’économie. Un raisonnement purement keynésien.

 

On oublie aussi que la politique des USA était d’encourager ces prêts subprime. La banque centrale, la Fed, avait diminué fortement les taux d’intérêt. Le gouvernement encourageait les prêts, de deux manières. Par l’intermédiaire de deux organismes, Fannie Mae et Freddy Mac, qui rachetaient aux banques les prêts subprime. En faisant pression sur les banques, via le Community Reinvestment Act, qui force les banques à prêter aux personnes insolvables.

 

Ce sont là des faits. Des faits récents. Ils sont oubliés. Au contraire, est propagée la fable d’un secteur financier sans contrôle qui a causé la crise. Pire encore, on utilise les même recettes, la baisse des taux d’intérêt, le même raisonnement keynésien, avec le retour de la relance budgétaire, que celui qui a conduit à la crise. (Pour une synthèse complète des politiques qui ont mené à la crise, je conseille cet excellent article du Quarterly Journal of Austrian Economics : The subprime Crisis. )

 

D’autres faits sont laissés dans l’ombre. Comme l’extraordinaire baisse de la pauvreté dans le monde. Et le fait que cette baisse soit due à la mise en œuvre de politique en faveur de l’économie de marché. Ou la baisse des inégalités au Royaume-Uni, sous le gouvernement Cameron. A travers les médias, on aurait plutôt l’impression du contraire, celle d’un pays ne créant que des emplois précaires. Et ce sont des faits actuels.

 

En économie, les faits nous arrivent déformés. D’une manière telle qu’elle semble impossible, qu’elle semble relever des théories du complot. Et pourtant c’est vrai. Et ils sont toujours détournés dans le même sens.

 

La question qui se pose alors, c’est comment la démocratie peut-elle fonctionner avec une information ainsi biaisée, ou, tout du moins, un tel manque de pluralisme. Car c’est là l’enjeu : décider quelle politique économique adopter.

 

Qu’on ne s’étonne pas alors du développement du populisme, si même ceux qu’on dit non populistes défendent des théories désignant des boucs émissaires, et des solutions de facilité, en occultant les faits.

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I-Cube 23/10/2016 16:36

Eh oui !
C'est comme ça depuis si longtemps.
La cause, le prisme du dogmatisme (des dogmatismes) : Quant les faits ne conviennent pas à ces derniers, on préfère une solution que le dogme explique !
C'est beaucoup plus simple que d'expliquer pourquoi le dogme ne fonctionne pas.
Ou pire, à en devoir en construire un autre qui explique les faits...

L'ami, je comptais sur toi [futur prix Nobel d'économie... ;-)] justement pour construire quelque chose de cohérent qui cadre avec les observations (faites en économie...), parce que j'en suis incapable (je suis juriste, pas économiste : Tu en es où ?

Bien à toi !

I-Cube

Vladimir Vodarevski 23/10/2016 16:46

Construire quelque chose de cohérent! Non. Tout ça me déprime. Quand je vois le fossé entre la réalité et la théorie. Il n'y a que l'école autrichienne qui soit valable. Mais elle ne constitue pas un corpus homogène. J'ai pensé à un petit manuel d'économie, juste pour faire le point. Et simplement dépatouiller l'économie de la politique et de la philosophie. Mais peut-on ramer contre le courant, quand il est si fort? Je prépare un autre projet, qui n'a rien à voir avec l'économie. Et qui me détend!