Analyse Libérale

L'austérité, qu'est-ce que c'est?

31 Octobre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

L’INSEE a sorti un article sur le différentiel de croissance entre la France et le Royaume-Uni. On y apprend que ce dernier a une croissance supérieure à la France en raison notamment de sa dépense publique. Ce qui ne laisse pas d’étonner. Diantre, la Perfide Albion n’est-elle donc pas le chantre de l’austérité, qui coupe sauvagement dans les dépenses publiques, et notamment les dépenses sociales ? En fait, à son corps défendant, l’INSEE illustre à sa manière la vacuité du terme "austérité", qui ne signifie rien du tout en économie.

 

En 2009-2010 (l’exercice budgétaire ne correspond pas à l’année civile au Royaume-Uni), la dépense publique représentait 47 % du PIB. Le gouvernement travailliste de Gordon Brown menait une politiquer économique basée sur la dépense publique et le déficit. Quand la crise s’est déclarée, l’effet ciseau a été terrible : baisse des recettes et hausse des dépenses. Le déficit budgétaire a atteint 10,3 % du PIB au cours de l’exercice 2009-2010. En France, en 2009, le déficit public atteignait 7,5 % du PIB. Et la dépense publique55,6 % du PIB.

 

Au terme de l’exercice 2015-2016, le déficit budgétaire du Royaume -Uni s’élevait à 4,1 % du PIB. Mais le gouvernement de David Cameron n’a pas diminué la dépense publique. Celle-ci a augmenté, mais moins vite que le PIB. Ce qui fait qu’elle est redescendue à un peu plus de 42 % du PIB. En France, en 2015, la dépense publique s’élève à 57 % du PIB. Le déficit à 3,5 % du PIB.

 

On constate donc que le Royaume-Uni a diminué son déficit budgétaire de près de 6 points de PIB, tandis que la France l’a diminué de 4 points. On constate que la France a augmenté la dépense publique en pourcentage du PIB, ce qui signifie que la dépense publique a augmenté plus rapidement que le PIB. Le Royaume-Uni a aussi augmenté la dépense publique, mais moins vite que le PIB, ce qui fait qu’elle a diminué en pourcentage du PIB. Il faut également noter que la dépense publique, au Royaume-Uni, est simplement revenu à sa moyenne. Elle n’est pas exceptionnellement basse. C’était la politique de Gordon Brown qui l’avait fait augmenter à des niveaux exceptionnels, puis la crise.

 

Mais, où est l’austérité ? Du côté du Royaume-Uni, qui a plus fortement réduit son déficit, et contenu sa dépense publique ? Mais son déficit reste supérieur à celui de la France. Du côté de la France, qui a moins réduit son déficit, mais plus augmenté sa dépense publique ? Mais la France ponctionne plus ses citoyens, tandis que le Royaume-Uni leur laisse plus de disponibilités. Les deux pays sont en déficits budgétaires, donc en position de relance keynésienne.

 

En économie, un seule indicateur ne veut rien dire. Le déficit budgétaire n’a pas de signification en lui-même. Sous l’influence du keynésianisme, on diffuse des idées simplistes comme celle qui considère qu’un déficit est bon pour l’économie, et on tire des conclusions simplistes du fait qu’un pays a un déficit supérieur à un autre. Mais la réalité est plus complexe. On peut ajouter que l’Allemagne voit croître son économie, alors qu’elle est en excédent budgétaire, et que sa situation démographique n’est pas favorable à la croissance. (La baisse ou la stagnation de la population est un facteur qui diminue la croissance. La performance de l’Allemagne est donc remarquable compte tenu de sa démographie. La France, avec sa démographie, devrait avoir une croissance bien plus importante. ) Et s’il y a croissance sans déficit budgétaire, et il y a eu croissance sans déficit au cours de l’histoire, cela signifie que la théorie keynésienne est démentie par les faits, et que le déficit n’est pas l’indicateur pertinent de la croissance.

 

 

 

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I-Cube 02/11/2016 16:32

Note, mon cher Vlad, que ça on savait : Ce n'est pas nouveau.
Et au moins depuis le "plan de relance" de "Dévide-gens" (t'étais né à ce moment-là, je crois me souvenir...)

Il en disait à l'époque qu'avec 26 milliards (le montant du plan "monté" par "Bling-bling") et un effet multiplicateur (keynésien) d'un facteur de 3, c'est comme si il en faisait pour 100 milliards (le mek et sa calculette, il n'a même pas appris à s'en servir à l'ékole-pue-blique... !!!), là, "droit dans ses bottes" à lui-même...
Ceci dit, d'effet multiplicateur, ex-post s'est révélé nul sinon négatif : Belle démonstration de la vacuité des théories keynésiennes, s'il en fallait encore.

Et puis on a eu le "Grand-Emprunt", 35 milliards, dont on ne sait toujours pas comment il a été réellement utilisé (et d'ailleurs, il n'a été dépensé qu'à peine le tiers) et encore la même affaire en 2013 qui a fait long-feu.
Parce que pour les effets de relance, on constate plutôt l'inverse : la récession.

Il serait peut-être bon que tous ces "messieurs les sachants", ils révisent un peu leur arithmétique avant de faire des règles de trois avec des choux et des carottes.
Si tu as le temps, essaye de nous éclairer sur tous ces constats presque d'actualité, stp !

Bien à toi !

I-Cube