Analyse Libérale

Le Brexit a gagné, le continent est isolé.

25 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le Royaume Uni a choisi le brexit. Ce qui augure des temps difficiles pour l'Europe. Les politiciens européens avaient dressé un tableau noir des conséquences du brexit pour le Royaume Uni. Parce qu"ils craignaient surtout les conséquences sur l'Europe. Aujourd'hui, c'est l'Europe qui est ébranlée, plus que le Royaume Uni. Car c'est son existence qui est mise en doute. Car c'est son inéluctabilité, qu'on nous ressassait, qui est remise en cause.

Pour survivre, l'Europe doit se remettre en question. Et analyser froidement les raisons des tendances séparatistes à l'intérieur des pays membres.

La centralisation européenne.

J'avais voté oui à Maastricht, car ce traité comportait le principe de subsidiarité. Mais les dirigeants européens bafouent continuellement ce principe et sont lancés dans une course à la réglementation, dans des domaines qui ne relèvent pas de la politique commune. Sur Contrepoints, Vincent Benard décrit ainsi les tribulations ridicules de la réglementation sur... la taille du paquet de spaghetti ! Louis Rouanet, sur le site du Mises Institute, décrit lui toutes les réglementations sur... les couettes et les oreillers !

Un pays de l'UE ne peut même pas changer un taux de TVA sans l'aval de Bruxelles, comme la France l'a expérimenté concernant les taux de TVA dans la restauration, ou encore le livre électronique. Fiscalement, les pays membres de l'UE ont finalement moins de latitude que les états membres des USA.

Si elle veut survivre, l'Europe doit appliquer le principe de subsidiarité. En laissant la liberté fiscale, et économique aux Etats membres. Avec bien sûr en contrepartie la possibilité pour un Etat de faire faillite. Ce serait le meilleur des gardes fous aux dérives des Etats, sans que les populations n'accusent l'Europe de leurs déboires. Et l'Europe pourra se concentrer sur l'Union douanière, et peut-être enfin sur ses frontières, dont on s'aperçoit avec la crise des migrants que la gestion est assez peu coordonnée.

L'Europe sans les peuples.

L'Europe doit reconnaître qu'elle est devenue un Leviathan technocratique, qui veut décider de la vie des gens malgré eux. Qui considère que les européens doivent être guidés, même contre leur propre avis. La rupture a été consommée par le référendum sur la constitution européenne. Ecartant l'avis des européens qui l'avaient refusée, les technocrates européens ont mis en œuvre le traité de Lisbonne, prenant bien soin cette fois de ne pas consulter les européens. Comment s'étonner de la réaction de ces derniers ?

De même, les peuples auraient-ils voté pour l'élargissement rapide à l'Est de l'Europe, dont les conséquences, en matière de migrations, mais aussi d'accusation de dumping social, causent aujourd'hui des protestations ? Là encore, on s'est bien gardé de les consulter. Il faut dire que la raison de cet élargissement n'était peut-être pas tant l'idéal européen, qu'une attitude défensive face à la Russie après la guerre froide. Un calcul géostratégique, qui a échoué avec l'Ukraine, et qui a occulté les débats nécessaires sur l'intégration de pays qui n'étaient pas forcément prêts. Intégration dont les conséquences suscite donc des protestations aujourd'hui.

Le populisme démocratique.

L'Europe est aussi victime du populisme de ceux là mêmes qui prétendent la promouvoir. On nous survend l'Europe en nous promettant des lendemains chantants, où tout effort serait aboli. Quand des réformes dites "difficiles" sont faites, on nous dit alors que c'est l'Europe qui les réclame. Quand la crise arrive, on réclame de l'Europe une aide. L'Europe, notamment en France, est présentée comme un super état, doté de super pouvoirs, qui pourrait nous amener la prospérité sans effort, et qui pourtant nous la refuse. Et ce sont les partis dits "républicains" qui utilisent cette rhétorique. Comment s'étonner alors de la popularité de ceux qui nous promettent la croissance sans effort par le simple fait de quitter l'Europe ?

Un pays comme la France a une relation curieuse avec l'Europe. Officiellement, elle refuse le fédéralisme, vu comme un abandon de souveraineté. Alors que justement, le fédéralisme respecte la souveraineté des Etats. A contrario, elle a la vision d'une Europe centralisée, française ! Elle veut que l'Europe applique la politique voulue par les français ! Ce qui n'est pas possible. Et entraîne un rejet.

Le Royaume Uni a ouvert la boîte de Pandore. Quitter l'Europe, pour un grand pays, n'est plus une vue de l'Esprit. L'Europe doit justifier de son utilité, et se rapprocher des peuples. C'est en respectant ces derniers qu'elle survivra, en appliquant le principe de subsidiarité, déjà prévu par les traités, et celui de responsabilité, c'est-à-dire que les Etats sont responsables de leur politique, et peuvent faire faillite. L'Europe doit en outre se concentrer sur les domaines dans lesquelles elle a une légitimité, comme les relations extérieures.

Mais le problème est aussi le fonctionnement de la démocratie. Les politiciens deviennent souvent des populistes distributeurs de promesses, qui cherchent à manipuler le peuple une fois au pouvoir. Et à refuser leurs responsabilités. Le principe libéral d'une constitution qui limite les pouvoirs se montre plus que jamais pertinent.

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I-Cube 25/06/2016 17:55

Belle analyse, quoique...

Tu as eu tort de voter Maastricht : C'était largement anticipé. Mais bon, je m'incline démocratiquement puisque j'étais moins nombreux que toi...
Et puis depuis, tu as pu te rendre compte que le principe de subsidiarité aura fait long-feu face au jacobinisme européen : C'est intrinsèque à toute personne à qui tu délègues un peu de "pouvoir" sur autrui, de tous temps...

En te rappelant que je suis européen convaincu depuis la raclée prise par Jules César à Gergovie (tu n'étais peut-être pas né, moi non plus, mais je me souviens quand même...) !

Ceci dit, il n'a jamais été question d'irréversibilité dans le TCE (/Lisbonne) puisque justement, ce qui n'était pas prévu "avant" (mais ça c'était avant...) c'est la possibilité de sortir de l'UE !
Bien, ça.

Et c'est justement peut-être l'opportunité, tu le dis d'ailleurs, mais pas assez fort, où à l'occasion du brexit, on peut imaginer de refonder l'UE.
Aujourd'hui il y en a plusieurs : L'Eurozone, l'espace Schengen, qui ne recouvrent déjà pas les mêmes choses et encore ailleurs l'Europe elle-même et ses institutions et... le cas britannique !
Empêchant d'harmoniser le reste, n'acceptant d'appliquer que ce qui les arrange et pas le reste, imposant, jusqu'en février dernier, ses propres vues au détriment de la communauté.
Chez eux, il n'y avait que l'union douanière qui fonctionnait bien et encore.

D'autant qu'on peut encore l'appliquer sans êtres dans l'Union, comme tous les pays "associés" à l'espace économique européen (Norvège, Suisse, etc.).

Alors allons de l'avant sans se laisser entraver par un vrai brexit qui semble vouloir prendre son temps sur plusieurs années : Faut que ce soit rapide et ben fait.

Par ailleurs, tu ne nous dis rien des effets en GB : Auras-tu noter que seuls l'Angleterre (hors Londres) et Dublin (mais pas l'Irlande du nord) aura voté le brexit ?
Tous les autres ne voulaient pas "divorcer".
Etonnant, non.
Et c'est là que les choses vont vraiment devenir compliquées pour eux...

Bien à toi !

I-Cube

Vladimir Vodarevski 25/06/2016 21:18

J'ai voté Maastricht, j'étais jeune et plein d'illusions. Mea Culpa. Je reste européen. J'aimerais bien que l'UE tire les leçons de ce brexit. Mais j'ai perdu mes illusions. Quant à la partition du Royaume Uni, je ne m'en préoccupe pas. Cela n'empêchera pas l'Angleterre de s'en sortir, tandis que l'Ecosse dépend du pétrole.
Bien à toi.