Analyse Libérale

Quand la BCE crée des inégalités

29 Avril 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La politique de la BCE produirait des inégalités, selon un article publié dans le rapport trimestriel de mars de la Banque des Règlements Internationaux. Ce qui au demeurant est logique : la politique qui consiste à inonder l'économie de liquidité est dans son principe inégalitaire. Plus encore, au cours d'une conférence à l'université d'automne en économie autrichienne, en 2014, le professeur Guido Hülsmann, fait le lien entre la montée des inégalités depuis la fin des années1960 et la politique monétaire des banques centrales à compter de cette époque.

La Banque des Règlements Internationaux a donc publié une étude, menée par trois économistes, qui conclut à une augmentation des inégalités depuis la crise financière. La politique de taux bas aurait sa part de responsabilité. En effet, cette politique a poussé les cours des actions à la hausse, favorisant les patrimoines financiers, tandis que le patrimoine immobilier, mieux réparti au sein de la population, voyait sa valeur moins augmenter. Les auteurs de l'étude parlent d'une possibilité plus que d'une certitude. Ils se sont basés sur des études statistiques élaborées.

Cependant, on se demande pourquoi il apparaît comme une découverte que la politique de la banque centrale européenne accroît les inégalités. Je l'avais moi-même souligné dans un article sur les inégalités (voir ici). Le but de la banque centrale est de relancer l'investissement. En baissant le taux des crédits. Et aussi en abaissant le rendement des placements peu risqués pour que les investisseurs s'orientent vers des placements plus risqués. Les investisseurs voient le rendement des obligations baisser. Ils se reportent sur les actions. D'abord les actions peu risquées, qui voient leur valeur augmenter. Ce qui augmente le patrimoine de ceux qui possèdent des actions. Les entreprises, voyant les taux de crédit baisser, ont intérêt à emprunter pour se financer. Et elles rachètent leurs propres actions. Car, économiquement, il est plus rentable de se financer par l'emprunt et de rendre de l'argent aux actionnaires. Ce qui fait augmenter le cours des actions. Et ce qui favorise les riches, qui sont ceux qui proportionnellement possèdent plus d'actions.

Ce mécanisme de hausse des actifs financiers est voulu. Il a déjà été mis en œuvre à partir de 2002, pour les actifs immobiliers. On considérait à l'époque que l'éclatement de la bulle internet devait être compensé par une bulle immobilière (voir ici ce qu'en disait Paul Krugman). C'est une constante depuis la fin du système de Bretton Woods : on considère que l'injection de monnaie dans l'économie, et donc le création de bulles, relance la croissance. On n'obtient que des inégalités, comme le montre le professeur Guido Hülsmann.

Le professeur Hülsmann constate que les inégalités augmentent depuis la fin des années 1960, tant les inégalités de revenus que de patrimoines. Cela coïncide avec la fin des accords de Bretton Woods. Le système monétaire issu des accords de Bretton Woods en 1944 lié la valeur du dollar à l'or, et la valeur des autres monnaies mondiales au dollar. C'était une sorte d'étalon or indirect. L'émission de dollars dépendait des réserves en or de la banque centrale des USA, et l'émission des autres monnaies dépendait des réserves en dollars dans les banques centrales hors USA. Officiellement, c'est en 1971 que la convertibilité du dollar en or est abandonnée. Mais, dans les faits, la guerre du Viet-Nam avait entraîné un relâchement monétaire bien auparavant.

La fin des accords de Bretton Woods signifie une augmentation de la création monétaire. Le professeur Hülsmann souligne que le secteur de la finance voit ses revenus croître plus vite de puis la fin des années 1960 que d'autres secteurs. Les patrimoines financiers augmentent plus vite aussi. Dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, dont le professeur Hülsmann est un éminent représentant, ces inégalités s'expliquent aisément : c'est l'effet Cantillon. Quand il y a création monétaire, les premiers, et généralement les seuls, à en profiter, sont ceux qui sont placés au début de la chaîne monétaire. La monnaie est injectée sur les marchés financiers. Donc,ceux qui en profitent, sont ceux qui ont des placements financiers, c'est-à-dire des gens aisés, et ceux qui travaillent dans la finance, salariés et sociétés. La lecture du professeur Hülsmann est très enrichissante pour qui s'intéresse aux inégalités. Les conclusions sont cependant dérangeantes.

En conclusion, un des facteurs d'inégalités dans les pays développés apparaît être la politique de création monétaire des banques centrales. Officiellement, cette politique doit créer de la croissance. En réalité, elle provoque des crises, et des inégalités.

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I-Cube 29/04/2016 18:44

Finalement, rien de nouveau, en somme !

Note quand même que les valeurs financières sont les plus impactées par la volatilité des marchés.
Après tout, ce n'est que du papier auquel on accroche une valeur à un moment donné : Il faut passer au bon moment pour le ramasser à son avantage.

Bien à toi !

I-Cube

Vladimir Vodarevski 29/04/2016 19:33

Oui, la volatilité est une autre conséquence de la politique de la BCE.