Analyse Libérale

L'appel des quatre vingt

20 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le quotidien Les Echos du jeudi 11 février 2016 a consacré un pleine colonne à une tribune de quatre vingts économistes, en faveur d'une politique dite alternative, publiée par Le Monde. En une seule colonne, on ne relève que des contradictions : contradiction avec les faits, ou contradiction interne. Ce qui m'a dissuadé de lire leur tribune.

Ces "économistes" critiquent l'austérité en France. Mais on se demande quelle austérité ? La dépense publique a augmenté (quand on parle de diminution, c'est en fait une diminution de l'augmentation). Le déficit public reste abyssal. D'ailleurs, dans le même numéro des Echos, un article montre les déficits budgétaires en pourcentage du PIB : 7,2% en 2009, 6,8% en 2010, 5,1 en 2011%, 4,8% en 2012, 4,1% en 2013, 3,9% en 2014, 3,8% en 2015. Où est l'austérité ?

La vérité est que le gouvernement français mène une politique keynéso-socialiste. C'est-à-dire basée sur le déficit public, de fortes contraintes sur les entreprises, et une volonté de transformation sociale, comme le montre le soutien à ce qu'il appelle l'économie solidaire et responsable (ce qu'elle n'est pas malgré son appellation). Cette politique ne donne pas les résultats escomptés. Alors, contre toute vraisemblance, dans un jusqu'au boutisme idéologique, on demande encore plus de déficit.

D'autre part, Les Echos citent Christophe Ramaux,maître de conférences à l’université Paris-I, un des coordinateurs de la tribune, qui accuse l'Allemagne d'étrangler l'Europe :

« Il ne faut pas hésiter à risquer d’aboutir à une rupture avec l’Allemagne. L’euro lui bénéficie en lui permettant de dégager des excédents commerciaux en étranglant les pays du sud de l’Europe, dont la France fait partie. »

On remarquera trois choses dans cet extrait. D'abord, une politique mercantiliste tombée en désuétude depuis des siècles. Ensuite, que la France fait partie de l'Europe du sud, cette Europe du chômage, de la crise. Enfin, la désignation d'un bouc émissaire, l'Allemagne, qui pomperait les revenus de l'Europe de Sud. Mais cette affirmation est contredite par les faits, une nouvelle fois.

En effet, comme le montre l'IFRAP, les importations en provenance de l'Union Européenne en Allemagne augmentent. Tandis que la part de ces exportations hors UE augmente. Comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler ses partenaires européens. Il ne tient qu'à la France d'en profiter.

Enfin, Les Echos citent Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE :

« nous faisons l’analyse que le risque d’éclatement de la zone euro est réel. Certains d’entre nous le voient d’un bon œil, d’autres pas. Mais il faut rappeler à l’Allemagne qu’elle a beaucoup à perdre en cas de disparition de l’euro, notamment en ce qui concerne son épargne investie dans d’autres pays européens ».

On remarque dans cette citation une menace envers l'Allemagne. Celle-ci est clairement désignée comme bouc émissaire. En même temps, cette citation est contradictoire : elle accuse l'Allemagne des maux de la France, mais reconnaît qu'elle finance l'Europe. Ce financement, compte tenu des règles de Bâle, concerne aussi la dette d'Etat. Sans le vouloir, cet économiste souligne le rôle de l'Allemagne dans le financement de l'Europe. Par quoi veut-il remplacer ce financement ? La planche à billets et ses conséquences néfastes ?

Cet article n'incite pas à lire la tribune en question. Tout est contredit par les faits, ou se contredit. Cependant, c'est la pensée dominante en France. Il suffit d'augmenter encore plus les déficits, pour que tout aille pour le mieux, sans efforts. Ou de faire payer l'Allemagne. Un bouc émissaire, pour expliquer les problèmes du pays. Mais se remettre en question, se demander si le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste doit être remis en cause, c'est hors de question.

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I-Cube 21/02/2016 17:45

Un dogme reste un dogme, il n'y a rien à faire !

Il ignore autant les faits que ses propres règles et forcément poursuit des chimères diaboliques et contre-productives, voire létales dans ses pronostics.

Et cette critique vaut tout autant des dogmes différents, voire anti-keynésiens (mais on les entend moins en "Gauloisie-prospère", reconnais-je), au point que tout cela me conforte dans l'idée que "la science économique" n'est décidément pas une "science".
Tout juste un fatras de postulats qui ne cherchent qu'à s'auto-démontrer en pure perte.

Bien à toi !

I-Cube