Analyse Libérale

L'augmentation des salaires aux USA

5 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

Les magasins Wal-Mart, Target, et la chaîne de fast food Mac-Donald's ont annoncé aux USA des augmentations des salaires minima de leurs salariés. Ce mouvement est significatif de l'évolution de l'économie, ainsi que des effets des politiques économiques.

Il est d'usage en France de regretter le bon temps de l'industrie, et du travail à la chaîne, période de croissance, de plein emploi, et de bons salaires. La vision est idyllique. Il y avait de petites manufactures, sans les avantages des grandes entreprises, le travail à la chaîne était pénible, et critiqué. Cependant, la croissance économique permettait le plein emploi et des salaires corrects. Il en est né un mythe de l'industrie, alors qu'à leur apparition les usines étaient surnommées des moulins de Satan (satanic mills) en Angleterre. Et l'on considérait que la vraie valeur et la prospérité venait de l'agriculture. Mais la prospérité engendrée par la révolution capitaliste, dont l'industrie était le vecteur, a permis l'augmentation des salaires, et du niveau de vie.

Les services ont suivi le même chemin. Avant même la révolution industrielle, le service était essentiellement la domesticité. Puis il est devenu une activité très variée, jusqu'à devenir majoritaire auprès de la population active. Et les supermarchés tels que Wal-Mart, Target, ou les entreprises de fast food telles que Mac-Donald's, remplacent les grandes industries de la précédente époque. Comme les grandes industries, elles proposent de meilleures conditions de travail pour attirer de bons salariés, à un moment où une part importante de la population active des USA s'est retirée du marché du travail. Même si le taux de chômage paraît faible, il y a un taux d'inactivité important.

Du point de vue de la politique économique, l'augmentation des salaires est un camouflet à la politique keynésienne de relance de l'économie. Depuis les années 1990, la politique économique consiste à utiliser la monnaie pour relancer la dépense. La Fed baisse les taux d'intérêt pour relancer la croissance. Le summum a été atteint après l'éclatement de la bulle ineternet en 2001. En 2002, les USA décident de créer une bulle immobilière, en baissant les taux d'intérêt, et en favorisant les prêts immobiliers. La réglementation bancaire, via les critères de Bâle, favorise également l'immobilier, comme le montre l'évolution du crédit depuis 1973. L'objectif est dans un premier temps de favoriser le marché immobilier. Ce qui provoque la croissance du secteur de la construction, et l'augmentation de la valeur des maisons. Cette augmentation de la valeur des maisons crée un effet richesse. C'est-à-dire que les propriétaires empruntent, en hypothéquant leur maison, au besoin en prenant une deuxième hypothèque, pour consommer. Toutes ces dépenses, selon la logique keynésienne, doivent favoriser la croissance, l'augmentation des revenus, ce qui devrait favoriser à nouveau la dépense, et ainsi de suite, dans un cercle vertueux. Cette politique était notamment encouragée par le Prix Nobel Paul Krugman, chantre du keynésianisme.

Cette politique a débouché sur la crise actuelle. Les emprunteurs ne pouvaient plus rembourser. Et s'ils ne pouvaient plus rembourser, c'est notamment parce qu'il n'y a pas eu d'augmentation des revenus réels. La politique de dépense n'a pas provoqué de hausse de salaires. Or, des hausses se produisent aujourd'hui, alors même que l'effet richesse, et tout le mécanisme de soutient de la demande, a cessé. Certes, la Fed a repris sa politique de taux bas, elle a provoqué une hausse des marchés financiers, et a injecté beaucoup de liquidités dans l'économie. Mais le marché immobilier s'est effondré. Les banques ne prêtent plus aussi facilement. Il y a un phénomène logique de rémanence dans l'économie, qui se souvient des enchaînements qui ont mené à la crise. L'effet richesse ne profite qu'aux plus riches, qui ont un patrimoine financier important. Par contre, l'économie US s'est restructurée, et a gagnée en productivité. Comme par hasard, les hausses de salaires apparaissent après la hausse de la productivité. Il s'agit d'une hausse de productivité globale, qui finit par tirer à la hausse des salaires d'emplois qui ne sont pas forcément les plus productifs.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. L'économie repose sur plusieurs leviers. Il est trop tôt pour y voir un enchaînement vertueux de la croissance. L'Etat doit notamment se désintoxiquer de la dette. Ce qu'il faut retenir, c'est que la politique en faveur de la dépense n'a pas produit de hausses de salaires, et que celles-ci apparaissent quand l'économie américaine se restructure et gagne en productivité. C'est une défaite de la macroéconomie keynésienne. Et une victoire des théories classiques et néoclassiques de l'échange.

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Tim 03/05/2015 19:06

Bonjour,

Le néolibéralisme n'a-t-il pas été un échec depuis 30 ans de mise en application ? Le capitalisme régulé des années 30 à 70, mis en place sous Roosevelt aux Etats Unis, a plutôt bien fonctionné, et a permis une réelle amélioration sociale (n'est ce pas un des buts du capitalisme ?). Le néolibéralisme a permis d'augmenter les inégalités : les plus riches s'enrichissent énormément tandis que les salaires des plus pauvres stagnent ou régressent. Sans prise en compte des réalités sociales le capitalisme ne peut pas marcher, et je crois que l'échec du néolibéralisme a été prouvé depuis 30 ans.

Michel Martin 25/04/2015 09:06

Est-ce que parler d’enchaînement vertueux de la croissance n'est pas en train de devenir un oxymore dans le sens où la croissance et la vertu s'opposeraient?

brasty 07/04/2015 23:58

en réalité on s’aperçoit que ce n’est pas la FED qui est à l’origine de la crise comme le voudrait le mythe du multiplicateur monétaire, mais la création monétaire opérée par les banques privées, la création monétaire banque centrale venant ensuite pour s’accomoder, s’adapter. C’est notamment ce que montrent Kydland et Prescott.

amandine 07/04/2015 20:09

Ouf nous y sommes enfin presque
Encore un effort et cette idéologie néfaste aura disparue