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Une brève histoire du travail

19 Septembre 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Une brève histoire du travail.

 

Une mise en perspective de l'histoire du travail qui montre que l'idée de révolution travail par l'ubérisation provient d'une mauvaise appréhension de la notion de travail.

 

La notion de travail est aujourd’hui remise en question. Avec ce qu’on appelle l’ubérisation, on considère qu’il y a une révolution dans le travail. Aujourd'hui tout un chacun peut proposer ses compétences sur une place de marché sur internet. Cependant, dans un précédent article, nous avons vu que ce qu’on considère comme de nouvelles formes de travail avaient déjà existé. En effet une mise en perspective de l'histoire du travail permet de montrer que, s'il y a évolution, il n'y a pas révolution. C'est surtout une mauvaise appréhension de l'évolution économique, et de ce qu'est le travail depuis la révolution industrielle, qui explique que nous sommes désemparé par l'évolution du travail.

 

Les définitions

 

Les vagues d’Alvin Toffler.

Pour proposer une perspective du travail, il faut un découpage historique. Nous nous appuierons sur la périodisation et le concept de vague d’Alvin Toffler1. Selon Alvin Toffler, l’histoire est caractérisée par des vagues, chacune représentant une civilisation différente, basée sur un mode de production de richesse particulier. Ainsi, la première vague est la civilisation de l’agriculture, la deuxième vague est la civilisation industrielle, et le troisième vague est la civilisation de l’information et des services. Nous décrirons le travail pour chaque période.

 

Définition du travail.

Pour étudier le travail au cours du temps, il faut une définition du travail qui le permette. En effet, beaucoup de définitions ne considèrent que le travail d’une société industrielle, comme le souligne D. Méda :

"Soit l’on accepte cette séquence historique et l’on admet que le travail aujourd’hui c’est le travail moderne, dont les caractéristiques ont été définies au XIXème siècle. Dans ce cas, on ne peut pas faire comme s’il existait, sous les formes historiques, une essence du travail que nous devrions essayer de retrouver. Soit l’on considère que le travail moderne ou abstrait n é au XIX siècle n’est qu’une forme historique particulière qu’a prise le travail et que l’on peut dépasser cette forme historique pour retrouver la vraie essence du travail."

(In Jean Boissonnat, Le travail dans vingt ans, 1995, Odile Jacob, p.328)

 

Cette citation montre que la notion de travail est souvent limitée au salariat issu de la révolution industrielle. Pourtant, les gens travaillaient avant. Mais chercher ce qu’est le travail, au-delà de sa forme, ne va pas de soit pour beaucoup d’auteurs.

 

Pour cet article, nous définirons le travail à partir des écrits de Ludwig von Mises dans L’action humaine :

"La mise en œuvre des fonctions physiologiques et des manifestations de la vie de l’homme, comme moyens, est appelé travail."

"Le travailleur renonce au loisir et supporte le désagrément du travail, afin de jouir du produit ou de ce que d’autres gens sont disposés à lui donner pour ce produit. L’apport de son travail est pour lui un moyen d’atteindre certaines fins, un prix payé et un coût subi."

(Ludwig von Mises, L’action humaine, 1985, PUF (édition originale 1966), p. 137 et 143)

 

Cette définition permet d’envisager le travail à différentes époques, car elle n’est pas prisonnière d’un système économique. Elle permet d’envisager le travail d’une économie de subsistance comme d’une économie moderne : c’est la mise en œuvre de moyens par l’individu. C’est le cœur de ce qu’est le travail. Généralement, c’est un arbitrage entre désagrément, ou désutilité du travail, et le produit espéré. Ce produit peut être échangé, pour avoir un revenu. Le salarié échange une force de travail contre un revenu monétaire. Mais cette définition du travail, comme mise en œuvre de moyens, permet aussi de considérer l’économie de subsistance : mise en œuvre de moyens, toujours. Cette Cette définition permet aussi d’inclure les cas où l’individu travaille à la fois pour obtenir un produit et pour son plaisir personnel, explicitement :

"Mais il y a des cas où la prestation de travail gratifie immédiatement. Il tire une satisfaction immédiate de son apport de travail."

(Ludwig von Mises, L’action humaine)

La première vague

 

Une civilisation agricole

Au départ, les hommes étaient des nomades, qui se nourrissaient de la chasse, de la pêche, de la cueillette. Puis est apparue l’agriculture. Ce passage d’une civilisation de nomades chasseurs et cueilleurs à l’agriculture correspond aux effets de la première vague d’Alvin Toffler. L’introduction de l’agriculture est la première grande inflexion dans l’évolution de l’humanité. Toffler la compare à un train d’ondes, qui s’est diffusé progressivement parmi les hommes, qui a complètement changé leur mode de vie.

 

Toffler considère que l’ère de la première vague a débuté aux alentours de l’an 8000 av. JC et qu’elle a été dominante jusqu’à un moment situé entre 1650 et 1750 ap. JC, époque de la révolution industrielle. Le Moyen Age est donc en plein dans cette période, et constitue un exemple intéressant pour étudier le travail de la première vague.

 

Au Moyen Age, toute la vie des individus s’organise autour de l’agriculture. L’unité de production, pour utiliser des termes anachroniques mais parlant, et le domaine, qui est l’exploitation agricole de l’époque. C’est la famille qui exploite le domaine. Une famille regroupe plusieurs générations sous le même toit. C’est aussi dans la maison commune que l’on soigne les malades, que l’on éduque les enfants.

 

"La cellule sociale élémentaire est la famille. Elle commande la structure du village et du terroir, la répartition du travail et de la consommation. Nous avons déjà repéré dans le paysage rural son empreinte très profonde. L’enclos de la maison rassemble la parenté et la protège ; les annexes la nourrissent ; l’ensemble constitue le lien de toute l’organisation agraire. "

(Georges Duby, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’occident médiéval, 1962, Abier.)

 

Le travail de la première vague.

Le travail est donc un travail agricole, au sein d’une exploitation familiale. Et la vie s’organise autour de cette exploitation. Et de l’Église. Le temps est aussi celui de l’Église qui impose le découpage temporel de la journée, les carillons des églises étant les seuls repères pour connaître le moment de la journée (défini par les prières à dire à ce moment). L’Église impose aussi les jours fériés, le dimanche consacré à Dieu, et de nombreuses fêtes. Cette dimension catholique qui règle la vie n’est pas le sujet de cet article, mais il est important de souligner que la vie, et partant le travail, s’organisent autour des travaux agricoles, et donc des saisons, mais aussi de la religion, qui fixe le temps et le repos.

 

Le travail agricole est la référence. Pas le salariat comme aujourd’hui. A tel point que les autres formes de travail on besoin d’une reconnaissance ou sont méprisées. Ainsi du travail des artisans. Selon Robert Castel, les règlements qui régissent les corporations des artisans n’ont pas seulement pour but d’organiser le travail et la concurrence. Ils servent aussi à donner aux artisans un état. Car le travail des artisans est méprisé, mépris hérité de l’économie domaniale et de la hiérarchie des ordres. La société médiévale est régie par le système des trois ordres, dont deux n’exercent aucune activité manuelle : les oratores (le clergé) qui exerce le service de Dieu, les bellatores (les nobles) qui exercent le service des armes, et les laborantes, qui deviendront le tiers état, qui sont ceux que l’on peut qualifier de travailleurs. Mais ce sont les travailleurs de la terre. Avec le développement des artisans, une reconnaissance devient nécessaire. C’est une des fonctions des corporations. Robert Castel explique que le système des corporations fait entrer "l’industrie" de l’époque dans l’ordre des choses :

"Sans doute la ville reste-t-elle, quantitativement marginale, mais c’est à partir d’elle que se développent l’artisanat, les échanges commerciaux, l’économie monétaire, les techniques bancaires du capitalisme commercial. Mais même ces innovations se déploient à travers des hiérarchies précises, qui maintiennent, à la ville comme dans le monde rural, la même subordination de chacun à l’ensemble."

"L’idiome corporatiste commande ainsi l’accès à ce que l’on pourrait appeler la citoyenneté sociale, le fait d’occuper une place reconnue dans le système des interdépendances hiérarchiques qui constituent l’ordre communautaire."

(Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p.83, p.131-132)

 

Ce que montre Robert Castel c’est que le travail agricole au sein du domaine est la référence. D’autres formes de travail existe au moyen-Âge. Mais elles doivent rentrer dans la norme. Les artisans sont légitimés par les corporations. Il faut noter que, comme les travailleurs agricoles, leur temps est rythmé par l’Église.

 

Par contre, les "salariés" de l’époque ne bénéficient pas de cette légitimi par les corporations. Au moyen âge, il existe une catégorie de personnes qui louent leur force de travail. Ils constituent le bas de la société. Ce sont ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail. Ce sont des paysans sans terre ou dont la terre ne peut pas assurer la subsistance. Ces "salariés" ne sont pas au bas de l’échelle sociale uniquement parce qu’ils n’ont pas de terre. Mais, surtout, ils ne sont pas intégrés dans l’organisation de la société. Louer son travail est mal vu dans la société médiévale. Robert Castel cite Saint Thomas d’Aquin:

"Les mercenaires qui louent leur travail sont des pauvres car ils attendent de leur labeur leur pain quotidien."

(Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, la, 2, 105, a2, cité in Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p.78)

 

Plus loin, Robert Castel explique que ce "salariat" ne s’intègre pas dans l’ordre social médiéval, et cela jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, malgré l’accroissement du nombre de salariés au cours de siècles :

"Même s’il devient quantitativement de plus en plus important, le salariat reste structurellement périphérique face aux formes légitimées de la division du travail. En deça des métiers reconnus dont l’emboîtement maintient l’ordre social, le salariat se loge dans les zones de plus faible légitimité."

(Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p.141)

 

En conclusion, le travail, au cours de la première vague, est un travail au sein d’une exploitation agricole familiale. Plus ou moins autarcique. Il est la référence. L’éducation s’effectue au sein de la maison familiale. Les malades et les anciens sont soignés au sein de la famille élargie. Le salariat non seulement n’est pas une référence, mais il est méprisé. Ce qui n’est pas agricole a besoin d’une légitimation, et le fait de louer sa force de travail est carrément mal vu. C’est la civilisation de la première vague. La seconde vague va introduire un grand changement.

 

La seconde vague

 

Une civilisation industrielle.

Au cours de la civilisation de la première vague, le monde a évolué. Des progrès techniques se sont produits. Les idées et les mentalités ont évolué. Ce qui a conduit à la révolution industrielle, point de départ de la seconde vague d’Alvin Toffler :

"En commençant par cette observation très simple que l’introduction de l’agriculture a été la première inflexion dans la trajectoire de l’évolution sociale de l’humanité et que la révolution industrielle a constitué la seconde grande percée, ces deux événements considérés sous ce jour apparaissent, non point comme des épisodes ponctuels et indépendants, mais comme une vague transformatrice se déplaçant à une certaine vitesse."

(Alvin et Heidi Toffler, Créer une nouvelle civilisation, 1995, Fayard, p.23)

 

La deuxième vague est donc une révolution qui transforme la société. Alvin Toffler place l’apparition de la révolution de la deuxième vague entre 1650 et 1750. Cette datation correspond à la révolution industrielle en Angleterre, premier pays à l’avoir connue.

 

Une production matérielle

Avec la deuxième vague, la production manufacturée se développe et devient majoritaire. Le domaine n’est plus le centre principal de la production économique. Désormais, c’est l’usine lieu de fabrication de produits manufacturés. De plus en plus de gens travaillent à l’usine, et ils vont devenir plus nombreux que ceux qui travaillent la terre :

"Le décollage économique du pays (à partir des années 1830), puis l’accélération de l’exode agricole (au milieu du XIXème siècle) donnent le signal d’une évolution structurelle profonde : sous le Premier Empire, 65 % des actifs sont agricoles, à la fin du Second Empire la moitié, à la veille de la première guerre mondiale moins de 40 %."

(Olivier Marchand et Claude Thélot, Deux siècles de travail en France, 1991, Etudes INSEE, p.13)

 

Toffler considère également comme caractéristique de la seconde vague la production de masse standardisée, et donc la consommation de masse. Le symbole étant la Ford T, dont on peut choisir la couleur à condition qu’elle soit noire.

 

On notera aussi qu’avec l’éclairage artificiel, la production n’est plus tributaire de la durée du jour et des saisons. Le temps religieux s’efface, sauf pour les jours fériés.

 

Le travail de la deuxième vague.

Durant la deuxième vague, l’individu passe du domaine agricole à l’usine. Au sein de l’usine, il exécute ce qu’on lui demande de faire. Ce qui est rémunéré, c’est sa force de travail. Le salariat, qui était mal vu, devient courant, et même la référence.

 

Le travail de la deuxième vague évolue vers l’OST, l’organisation scientifique du travail, aussi appelée taylorisme. Dans ce type d’organisation, un bureau des méthodes définit tous les gestes que doit exécuter l’ouvrier. Le processus de fabrication est découpé en gestes simples. Par conséquent, l’individu est un simple exécutant. Il vend uniquement sa force de travail.

 

On notera que l’OST existe aussi dans les bureaux. Cela s’appelle la bureaucratie, qui, avant d’être un qualificatif péjoratif, est l’application du taylorisme au travail administratif. Même processus : le travail est découpé en actions simples.

 

On peut noter également qu’avec l’éclairage, le travail s’affranchit du temps de l’Église (mais pas du dimanche, fête du Seigneur). Il s’affranchit aussi des saisons. C’est ainsi que le temps, chronométré, devient la mesure du travail. Le travail devient le labeur exercé dans un certain laps de temps. Le temps devient la mesure du travail.

 

Le fordisme est le parangon de la deuxième vague : le taylorisme adapté à une production de masse.

 

La diffusion de la deuxième vague.

Le salariat était méprisé durant la première vague. Il devient la référence de la deuxième vague. Ainsi, avec le salariat apparaît aussi la distinction entre travail et temps de loisir :

"La révolution française entreprend ainsi la plus grande mutation qui se puisse imaginer. Pendant plus de mille ans, le loisir, pour une bonne part d’essence religieuse, a fait partie de la vie même de la profession ; la journée elle-même comptait des temps hors travail : office religieux, célébration des fêtes des saints, vêpres, complies, etc."

"Une autre manière de travailler s’accompagne d’une autre manière de pratiquer les loisirs. Dans le nouveau mode de vie créée par la société industrielle, le temps libre, le divertissement seront de plus en plus séparés des activités professionnelles. "

(Bénigno Cacérès, Loisirs et travail du Moyen Age à nos jours, 1973, Seuil, p.133 et p.151)

 

Le salariat devient aussi une référence légale :

"Or, le temps juridique du travail tel que le représente encore pour l’essentiel le droit du travail français et tel qu’il imprègne encore la société française a au moins trois fonctions dans la régulation l égale de la relation d’emploi et du marché du travail ; il est la référence de base des règles de rémunération du travail : le SMIC est un salaire horaire ; il détermine les conditions d’engagement du salarié à l’égard de son employeur et les règles d’organisation de ses repos ; il fonde enfin, depuis l’avènement d’un chômage structurel massif, les politique de partage du travail qui sont avant tout, jusqu’à ce jour, des politiques de partage du travail au sens actuel du droit. "

(Jean Boissonnat, Le travail dans vingt ans, 1995, Odile Jacob, p.92)

 

Plus encore, le salariat est une référence pour l’édurction nationale. Celle-ci est organisée comme une bureaucratie. Un organisme centrale central, comme le bureau des méthodes, définit les programmes que des professeurs enseignent aux élèves. La hiérarchie est semblable à celle de l’industrie, et même les élèves font partie de cette hiérarchie : ils obéissent au professeur. De plus, l’éducation est standardisée, comme les produits des usines. C’est une éducation de masse.

 

Le salariat est aussi la référence à tout le système social élaboré par la société de la deuxième vague. Des systèmes d’assurances maladie étatisés s’organise sur la base du salariat, de même que les caisses de retraite étatisées. Tout est construit autour du salariat. Ceci même si le salariat ne concerne pas tout le monde. Ainsi, en 1936, le salariat concerne 62 % de la population active. Ce qui signifie que 38 % des actifs ne sont pas salariés (voir l’article ici). De même, parmi les salariés, certains sont particuliers. A partir d’un certain niveau de responsabilité le salarié ne compte plus son temps. Il apparaît plus comme quelqu’un dont on attend un résultat plutôt qu’une durée de travail. Ses congés sont limités. Mais il est placé dans le schéma du salariat classique par son appartenance à une caisse maladie et une caisse de retraite comme celles des salariés. A contrario, les indépendant, comme les petits commerçants, doivent préparer leur retraite.

 

La société a donc non seulement adopté une définition du travail, une conception du travail, mais s’est largement organisée autour de cette conception.

La civilisation de la troisième vague.

 

La théorie des "vagues" d’Alvin Toffler vise à montrer que le monde vit aujourd’hui une transformation de la même ampleur que les deux précédentes vagues, et qu’il entre dans la civilisation de la troisième vague. Cela signifie que le même phénomène qui s’est déjà produit deux fois se reproduit : les bases de l’ancienne civilisation s’effacent, remplacées par une nouvelle. Comme précédemment, les valeurs de la société changent, le monde est remodelé sur tous les plans : production, travail, famille, éducation.

 

L’économie post-industrielle.

L’économie post-industrielle, de la troisième vague, est plus complexe à décrire.Le changement de production entre la première et la deuxième vague était simple à expliquer : passage d’une production agricole à une production manufacturée. La description de la production de la troisième vague est moins simple. On peut dire qu’elle a quatre caractéristiques : elle est démassifiée, c’est une économie de l’information, une économie des services, une économie de l’immatériel.

 

Pour résumer, la production s’est considérablement diversifiée. Il y a toujours des produits de masse standardisés. Mais des produits plus individualisés se sont développés. Toffler l’illustre avec le domaine de l’automobile, où avec la multitude d’option et de couleurs, chaque voiture devient personnalisée. La démassification signifie aussi que les producteurs peuvent chercher à toucher une clientèle plus ciblée.

 

L’expression économie de l’information est souvent utilisée pour qualifier l’économie post-industrielle. Cela recouvre deux choses. Le fait que les technologies de l’information sont de plus en plus utilisées dans la production. L’information est une matière première que les outils informatique permettent de manipuler comme des objets, et faire voyager plus vites que des objets. L’information, c’est aussi le savoir, qui devient de plus important dans la production. Alvin Toffler l’appelle le substitut final :

« Du fait qu’il réduit les besoins en matières premières, en travail, en temps, en espace et en capital, le savoir devient le substitut final : la ressource décisive de l’économie avancée. »

(Alvin et Geidi Toffler, créer une nouvelle civilisation, 1995, Fayard, p.53)

 

Les services sont également une caractéristique essentielle de la troisième vague. On dit souvent que nous sommes passés d’une économie industrielle à une économie de services. La production de services ayant largement dépassé la production de biens. Selon Alvin Toffler, le premier signe du déclin de la la deuxième vague et de l’apparition de la troisième vague se situe en 1956, première année où les cols blancs et les employés des services se retrouvent plus nombreux que les cols bleus et les ouvriers d’usine aux Etats-Unis. On notera que les services participent aussi à la démassification de l’économie. Ils sont très divers, et individualisés le plus souvent. Même si des économies d’échelle existe, et aussi la standardisation ‘un produit d’assurance peut être standardisé par exemple. Ainsi, même dans les services il y a toujours une caractéristique de la deuxième vague.

 

Dans ce qui précède, deux éléments sont immatériels : l’information et les services. L’immatériel est une caractéristique de la production de la troisième vague. L’immatériel est présent de bien des façons. Par exemple, quand on achète une paire de baskts de marque, on achète la marque, le fait ces chaussures soient portées par tel sportif. William Bridges cite la remarque d’un fabricant de kayaks :

"S'introduisant sur le marché bas de gamme avec un produit de qualité exceptionnelle, Farrow gardait à l'esprit un objectif fondamental : « Je ne vends pas des kayaks, je vends l'expérience passionnante de faire du kayak»."

(Inc., cité par William Bridges, La conquête du travail, 1995, Fayard, p.239)

 

Ces caractéristiques de la production de la troisième vague se retrouvent mélangés dans les produits. Par exemple, une machine industrielle est vendue avec un contrat de service, la maintenance par exemple. Pour fabriquer un bien matériel, il faut y intégrer du savoir. Mais les produits standardisés produits en masse existe toujours. La production s'est diversifiée au cours de la troisième vague.

 

Le travail de la troisième vague.

Le travail de la troisième vague suit la diversification de la production, avec la même difficulté pour le décrire. On peut résumer en disant que le travail intègre deux caractéristiques : il intègre plus de caractéristiques humaines, il s'apparente à une mission.

 

Souvent, on souligne que le travail post- industriel intègre la connaissance, avec plus de métiers intellectuels. Ce qui est vrai. Par exemple, le travail sur signes se développe : l'individu manipule des signes, de l'information, et non des objets matériels. Cependant, cette vision du travail de la troisième vague est aussi réductrice.

 

La caractéristique de la troisième vague est la fin de l'organisation scientifique du travail. Dans ce type d'organisation, l'individu est simple exécutant. Le bureau des méthodes définit les gestes simples à faire et combien de fois faire ce geste dans une journée. C'est un travail de machine. Avec la troisième vague, les fonctions, même peu qualifiées, font appel à des capacités humaines. L'accueil par exemple, les services par exemple. Il faut s'adapter, ne serait-ce qu'un peu, à une situation. Même le travail en usine a changé. Par exemple, dans une usine automobile, sur la même chaîne, peuvent-être fabriqués des véhicules différents, basés sur la même plateforme technique. Le travail de l'opérateur est enrichi. Il ne monte pas les mêmes pièces selon le véhicules et selon les options. C'est un petit changement, mais un changement de philosophie par rapport à l'organisation scientifique du travail.

 

Quand le travail était régi par l'organisation scientifique du travail, l'individu exécutait une tâche simple un certain nombre de fois durant un laps de temps. Avec la troisième vague, le travail s'apparente plus à une mission. Il faut remplir une tâche. Par exemple, l'accueil. Ou le ménage. On va regarder si le ménage est bien fait, pas le temps passé. Ce qui est encore plus vrai pour les travaux intellectuels. Comme graphiste par exemple.

 

Au final, le travail est envisagé comme prestation de service. Il est frappant de constater que des auteurs très différents l'envisagent. Que ce soit Jean Boissonnat dans Le travail dans vingt ans :

"Il faut noter aussi une évolution importante de la relation à l'entreprise. A côté des relations d'emploi classiques fondées sur le droit du travail émergent d'autres formes de contrats. L'atomoisation de l'entreprise entraîne son éclatement économique et juridique tout en maintenant une dépendance technique. Ainsi, un contrat de type commercialtend à se substituer au contrat de travail ; dès lors, il n'y a plus d'employeur et d'employé mais deux parties sui négocient, en principe à égalité, un contrat régissant leurs relations. "

(Jean Boissonnat, Le travail dans vingt ans, 1995, Odile Jacob, p.79)

 

Ou encore William Brdges :

"Dès lors que l'organisation confie de plus en plus de ses fonctions de soutien, voire une partie de ses opérations clés, à des prestataires de services extérieurs, elle laisse pénétrer les forces du marché en son sein. Les salariés se voient comparer aux fournisseurs ey parfois mis en concurrence avec eux."

(William Bridges, La conquête de travail, 1995, Village Mondial, p.90)

William Bridges souligne que les entreprises ont externalisé beaucoup de fonctions. Ces fonctions peuvent être rendues en interne, externalisées à une autre entreprise, ou carrément sous traitées à un individu qui travaille en indépendant.

Ce travail en tant que mission sonne le glas du temps comme mesure du travail.

Sommes nous face à une révolution du travail ?

 

Ce qui frappe dans le passage de la deuxième à la troisième vague, c'est que l'évolution n'est pas aussi radicale que le passage de la première à le seconde vague. La production, comme le travail, se sont simplement diversifiés. Ce n'est pas aussi radical que le passage de la production agricole à la production manufacturée.

 

En fait, Toffler, comme beaucoup, s'attache à un changement technique. Ainsi, on considère qu'une révolution industrielle a changé les méthodes de production. Mais, en économie, la véritable révolution n'est pas industrielle. Le changement, c'est le passage d'une économie largement autarcique à une économie basée sur l'échange. Chacun propose quelque chose à échanger.

 

La plupart de gens proposaient leur force de travail. Le contrat de louage était ce qu'on connaissait. On l'adapté à la civilisation industrielle. Et la production était une production de biens matériels. Cette production évolue en fonction de l'imagination humaine. C'est le propre de l'échange. Et le travail évolue de concert. Il n'y a pas de révolution. Simplement une évolution. On constate une diversification du travail. Les termes de l'échange se multiplient avec l'imagination humaine.

 

Le salariat est une une prestation de service. C'est ainsi que même le salarié doit penser et agir comme un entrepreneur. Il doit choisir une formation, saisir les opportunités d'emplois, choisir une nouvelle formation pour évoluer. William Bridges, dans La conquête du travail, parle de "Me inc." ce qui peut se traduire par "Entreprise moi".

 

Cependant, on a confiné la notion de travail à celle de salariat industriel. C'est là l'intérêt de l'approche de Toffler, qui s'attache aussi aux référentiels de la sociétés. Même s'il existait d'autres formes de travail, on a décidé que le travail serait le salariat industriel. On nous enseigne que le travail c'est le salariat industriel. On nous conditionne à le penser. On a construit un système social étatique autour du salariat industriel. A tel point que les définitions du travail sont des définitions du salariats industriel. Nous pouvons revenir au début de cet article, et à la définition du travail. Dans Le travail dans vingt ans, on s'interrogeait sur la définition du travail : est-ce qu'il y a une définition universelle, ou le travail est-il le salariat industriel ? Parce qu'on a du mal à envisager une autre forme de travail. Cependant, comme l'écrit William Bridges :

"Car, comme nous l'avons déjà signalé dans la préface, l'emploi salarié, loin d'être une composante éternelle de l'existence humaine, est une création historique. "

(William Bridges, La conquête du travail, 1995, Viullage Mondial, p.24)

 

Pourquoi le salariat industriel est-il devenu une référence malgré les différentes formes de travail est une question intéressante, mais ce n'est pas le sujet ici. Ce que nous retiendrons, c'est que le fait d'être confiné idéologiquement, et par l'appareil social étatique, dans le salariat industriel, explique que nous soyons si désemparés aujourd'hui. L'analyse économique, la plupart du temps, reste bloquée par la définition du travail industriel. Mais chacun d'entre nous est aussi conditionné par la définition du salariat industriel. Ce qui explique les difficultés à s'adapter.

 

Et UBER dans tout ça ?

Cet article ne cite jusqu'à présent pas une seule fois la société UBER, ou le terme ubérisation. Et pourtant, l'évolution du travail est aujourd'hui généralement lié aux places de marchésur internet, qui permettent à tout un chacun de proposer ses compétences. En fait, vous constaterez que les références bibliographiques ont plus de vingt ans. Ce qui est logique : la matière de l'article provient d'un mémoire que j'ai écrit il y a vingt ans, au cours de mes études à l'université. Uber n'existait pas à l'époque. On notera également que Le choc du futur d'Alvin Toffler est paru en 1970 aux Etats-Unis.

 

La problématique de l'évolution du travail dépasse l'ubérisation. Nous avons vu que le travail est une presatation de service. C'est un service que propose un individu. Il évolue bien sûr en fonction des possibilités offerte par la technologie. La problématique de l'évolution du travail précède Uber. La technologie influe le travail, l'économie, mais elle n'est pas forcément la cause des évolutions. Et évolution n'est pas révolution.

 

Conclusion.

On s'interroge beaucoup aujourd'hui su l'évolution du travail. La montée des formes atypiques de travail a forgé le néologisme d'ubérisation. On considère que c'est la technologie qui provoque l'évolution. On parle même de révolution.

 

Pourtant, même si la technologie influe sur les possibilités humaine, elle n'explique pas l'évolution du travail. Cette évolution se comprends si on envisage le travail pour ce qu'il est dès l'origine : une prestation de service. La révolution industrielle est en fait le passage à une économie basée sur l'échange. L'individu échange des objets, une force de travail, et toutes sortes de prestation.

 

Mais on a fait du salariat industriel une référence. On a construit une réglementation du travail autour de ce concept. On nous a enseigné que c'était le travail. Même si d'autres formes de travail existaient même dans le monde industriel. Ce qui explique pourquoi nous sommes aussi désemparés aujourd'hui.

 

 

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L'évolution du travail: non, il n'y a pas de révolution.

28 Août 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Des sociétés comme UBER, ou d'autres qui mettent en relation clients et prestataire indépendant sont présentées comme révolutionnant le monde du travail. En effet, ces nouveaux modes de mise en relation ne rentrent pas dans le modèle du salariat. Le recul du salariat est présenté comme une transformation du travail. Cependant, il s'agit là d'une confusion entre la nature et la forme du travail. Le salariat n'est pas l'unique forme du travail. Il n'est majoritaire que depuis relativement peu de temps à l'échelle de l'histoire humaine.

 

Le salariat s'est développé avec la révolution industrielle. En France, ce développement a vraiment été lancé au cours du 19ème siècle. Auparavant, des formes de louage de travail existaient. Dans les campagnes notamment, lieu de vie de la plupart de la population, il y avait des ouvriers agricoles, soit qui ne vivaient que de cette activité, soit qui n'avaient pas suffisamment de ressources avec leur propre terre ou leurs animaux. En ville, il y avait les domestiques, les compagnons, des hommes de peine s'acquittant de diverses tâches. Cette forme de travail n'était pas valorisée. Elle était le lot du bas de la société. Les compagnons formaient certes une élite, mais le but était de s'installer comme maître au sein d'une corporation. Rester compagnon était vécu comme un échec.

 

Après le milieu du 19ème siècle en France, le salariat est devenu majoritaire au sein de la population active. Cependant, son adoption était somme toute plutôt lente, et la révolution industrielle n'empêchait pas le maintien ou le développement d'autres formes de travail. Il y avait le développement de l'artisanat. Des gens pouvaient passer dans les campagnes pour des travaux, comme les rémouleurs. Il y avait des couturières. De petits commerces se développaient. Dans les romans qui se situent avant la deuxième guerre mondiale on peut voir des exemples de personnages qui créent ou reprennent un tout petit commerce: minuscule crémerie, minuscule mercerie. Il y avait les marchands des quatre saisons avec leurs petites charrettes.

 

Parmi les formes de travail, on peut aussi citer l'exemple du textile. D'abord les pièces étaient tissées à domicile à la main, à la demande de négociants. Puis, au 19ème siècle, nous avons les canuts qui travaillent pour les négociants. Ce sont des sortes de TPE dirions nous aujourd’hui, qui exécutent les commandes des négociants, sans créer leurs propres modèles. Tout à fait la situation de certains indépendants qui dépendent en fait d’un donneur d’ordre.

 

Enfin, il y a une porosité entre l'état d'ouvrier et d'artisan. L'artisan peut être un ancien ouvrier. Et un artisan peut devenir ouvrier.

 

Le salariat s'est développé plus rapidement après la seconde guerre mondiale. On passe de 62% en 1936 à 89% en 1997 (rappelons que la France est passée au-dessus de 50% de salariés après le milieu du 19ème siècle). Le taux d'emploi non salarié baisse à 10,8% en 2008. Les indépendants se retrouvent aujourd'hui au sein du secteur des services et du bâtiment.

 

On remarque que le salariat a suivi le développement de la production manufacturière d'abord, qui se faisait en usine. Les activités indépendantes ont perduré dans l'artisanat, qui n'est pas une production industrielle. Il a aussi perduré dans le petit commerce. On peut supposer que le développement des chaînes a développé le salariat dans ce secteur. Mais le travail indépendant se retrouve dans les services. Un mouvement d'externalisation des services s'est produit. Les entreprises de production, ou de commerce, se délestant de la comptabilité, du ménage, et d'autres tâches. Les métiers de services peuvent se faire plus facilement en indépendant. Le métier de graphiste par exemple. On constate que la forme du travail est liée à ce qui est produit. Autrefois le commerce était beaucoup l'apanage de l'indépendant. Aujourd'hui c'est le service. La production manufacturée est encore l'apanage du salariat. Mais va-t-il y avoir une évolution?

 

On peut aussi souligner qu'il y a parfois des points communs entre le salariat et le travail indépendant. Ainsi, selon William Bridges, dans le livre La Conquête du Travail (1995), chaque individu doit se comporter comme une entreprise, une "me inc". Nous devons chacun investir dans le développement de compétences, les vendre sur le marché, évoluer. C'est la conception du travail en tant que service. Il y a ceux qui ont plusieurs contrats de travail avec des entreprises différentes. Ceux qui travaillent en indépendant en plus de leur travail. Et ceux qui travaillent au noir, en indépendant non déclaré donc, en plus de leur travail.

 

On constate donc que le salariat est une forme de travail. Il peut dépendre de ce qui est produit, production industrielle ou artisanale, biens ou service. La frontière entre salariat et travail indépendant n'est par ailleurs pas nette. Surtout, le travail indépendant n'est pas une chose nouvelle dans le monde issu de la révolution industrielle. De même que le cumul d’une activité salariée et d’une activité indépendante. Le voir comme une nouveauté, une preuve d'un nouveau modèle, n'est pas logique.

 

Le problème est en fait le mélange entre la forme et la nature du travail. Le salariat est une forme du travail. Ce qu'on appelle travail est par nature une vente de service: service consistant en une force de travail, en une compétence. Cependant, en économie, et surtout en sociologie, on veut le démarquer de la vente de service. Et on a fait du salariat le travail, tout en ayant des difficultés à appréhender le travail indépendant.

 

Le pire, c'est que nous sommes formés à être des salariés. Consciemment et inconsciemment, puisque le salariat a été érigé en norme, avec sa version privilégiée qui est l'embauche à vie dans la même entité, entreprise, administration publique ou autre organisme. Cela ne nous prépare pas à être acteur de notre vie, à faire des choix, à entretenir nos compétence ou à en développer de nouvelles. A être entrepreneur. Ce qui a toujours été une nécessité. Aujourd'hui, ceux qui ont été formés à être évolutifs, ou qui ont choisi, consciemment ou par hasard, la bonne formation, sont avantagés. Les nouvelles générations sont obligées de s'adapter d'elle-même, face au fossé entre la formation, à la fois l'éducation et le savoir inconscient distribué par la société, et le monde réel.

 

Il n'y a donc pas vraiment de révolution du travail. Les technologies de l'information et de la communication permettent le développement de formes de travail qui existaient déjà. Le salariat a peut-être été une parenthèse. Mais c'est là un développement ultérieur de la réflexion.

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Une présentation de l'école autrichienne d'économie par le Mises Institute

26 Août 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le blog de l'école autrichienne publie un texte de présentation de l'Ecole autrichienne d'économie par le Ludwig von Mises Institute, une fondation a a pour but l’enseignement de cette école de pensée. Elle porte le nom d’un des plus illustres représentants de cette école, et a été fondée avec le soutient de sa veuve. Le texte présente les racines de cette école, son histoire, ses membres fondateurs, ainsi que la naissance du Mises Institute. A lire ici.

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Comment ils ont créé la crise (Partie 1)

20 Août 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Comment ils ont créé la crise (Partie 1)

Un nouvel article sur le blog de l'école autrichienne d'économie.

 

Cela fait donc dix ans que la crise s'est déclenchée. Avec le recul, quelles leçons en a-t-on tiré? Pas grand chose, à vrai dire. On nous dit que c'est une crise financière, provoquée par la folie des marchés financiers. Et c'est tout. Comment se fait-il que toute l'économie se soit grippée? Quels ont été les mécanismes de transmission? Il n'y a pas d'explication. On nous dit que c'est une crise financière, circulez il n'y a rien à voir.

 

En fait, cette crise est un bon exemple de la théorie autrichienne du cycle. D'où cet article. C'est en effet avant tout une crise monétaire. Et une crise provoquée par des politiques délibérées. Elle illustre le cycle de boom et de crise de l'école autrichienne du cycle. Car pour comprendre la crise, il faut analyser ce qui s'est passé avant, pendant la période de croissance qui l'a précédée. La suite sur le blog de l'école autrichienne d'économie.

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Quand les statisticiens ne sont pas d'accord...

6 Août 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Après un précédent article sur les statistiques concernant l’égalité des sexes, voici un autre petit exemple d’interprétation des statistiques. Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un sujet qui intéresse beaucoup les français : l’inégalité. L’inégalité est communément mesuré par l’indice de Gini. Celui-ci varie de 0 à 1. Plus il est proche de 0, moins il y a d’inégalité au sein d’un pays.

 

La France s’enorgueillit d’être un pays plus égalitaire. Notamment par rapport au Royaume-Uni. Pour en avoir le cœur net, j’ai donc été voir sur internet les indices de Gini.

 

Pour l’année 2012, le site de l’OCDE, l’indice de Gini de l’Allemagne est de 0,289, celui de la France de 0,308, et celui du Royaume-Uni de 0,351. La France n’est pas le pays le moins inégalitaire. Mais le Royaume-Uni est bien plus inégalitaire.

 

J’ai ensuite été cherché confirmation sur le site d’Eurostat, le site de statistiques de l’Union Européenne. L’indice de Gini de l’Allemagne s’élève à 0,283, celui de la France de 0,305, et celui du Royaume-Uni de 0,313. L’écart se ressert.

 

Terminons par le site de la Banque Mondiale. Si j’ai choisi 2012 comme référence, c’est parce que c’est actuellement la dernière année disponible. Pour l’Allemagne, la série s’arrête même en 2011, avec 0,1, la France en 2012 atteint 0,331, et le Royaume-Uni 0,326. Nous voyons que la France est le pays le plus inégalitaires des trois.

 

Que conclure de cette comparaison ? Qu’une statistique est un construit. L’adage dit qu’on ne trouve que ce qu’on cherche. ,Quand une statistique est complexe, un faible écart n’a pas forcément une grande signification. Quand c’est possible, il faut comparer plusieurs mesures. Ici, on peut en conclure que les inégalités sont comparables dans les trois pays, avec un petit avantage à l’Allemagne, et un peit bémol pour le Royaume-Uni.

 

Ensuite, quelle que soit la qualité de l’indice de Gini, on peut prendre en compte d’autres points de comparaison. On peut prendre le niveau du chômage, par exemple, si on considère qu’il y a une inégalité entre ceux qui ont un emploi et ceux qui en ont un. La comparaison est alors sans appel : la France a le taux de chômage de loin le plus élevé, et le taux d’emploi le plus faible !

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VIVE LES FAKE NEWS!

23 Juillet 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Sur le site Les éconoclastes est publié un article de Nicolas Meilhan, dans lequel l’auteur soutient qu’une partie de la pollution en région parisienne est importée. Il y souligne que cette hypothèse avait été démontée par les grands médias, en décembre dernier. Or, il publie aujourd’hui des analyses d’Airparif, qui confirmerait cette hypothèse. Je mets le conditionnel pour rester parfaitement neutre. Car le sujet de l’article n’est pas l’environnement mais les fake news, ces fameuses fausses informations contre lesquelles la chasse est ouverte. Cet exemple montre la difficulté à identifier ou même définir une fake news.

 

On semble considérer aujourd’hui qu’il y a les grands médias, qui existent depuis longtemps, qui diffusent de la bonne information, et le reste, ces milliers de site internets à travers le cyberspace, qui diffusent des fake news. Cette vision des choses est étonnante. En effet, internet permet la profusion d’informations ET les recoupements. Comment en est on arrivé à oblitérer le progrès et à ne voir que les fake news ?

 

Quand une information est fausse, ce sont les faits qui le démontrent. Nul besoin de l’interdire. On ne peut pas savoir a priori si une information est fausse. Il faut la confronter aux faits. Ce qui prend du temps. C’est à l’issu de ce processus qu’elle s’avère vraie ou fausse. A ce titre, les processus de vérification (les fact checkers), sont une bonne démarche.

 

Cependant, déterminer la véracité d’une information n’est pas si simple. L’exemple introductif le montre. Chacun est influencé par ses opinions, et peut, volontairement ou non, mettre en avant des faits favorables à son opinion. On peut même voir des contre-vérités se diffuser. Par exemple, en économie, il est courant de lire que lorsque que la crise de 1929 s’est déclenchée, le président US de l’époque, Edgard Hoover, adepte du laissez-faire, n’a rien fait. Or, c’est faux. Hoover était très interventionniste, et avait lancé une politique de relance qu’on qualifierait aujourd’hui de keynésienne (voir ici).

 

Il y a également des demi-vérités. Il y a des rumeurs, qui sont fausses, mais qui permettent de dénicher de vraies informations. Une information peut être controversée. Une information peut prêter à interprétation. Il n’y a pas toujours de vérité claire dans ce domaine. Une information biaisée peut ainsi être intéressante justement parce qu’elle est supposée biaisée. Par exemple, les médias russes sont accusés de manipulation, parce qu’ils présentent l’information du point de vue russe. Les médias français présentent l’information selon le point de vue français. Faut-il interdire le point vue russe ? Dans une démocratie, bien sûr que non. D’autant qu’il est intéressant d’avoir ce point de vue russe.

 

Ajoutons que les connaissances peuvent évoluer. La loi de Newton a été corrigée par Enstein. Ajourd’hui on s’interroge sue le rôle des glucides dans l’alimentation. La notion de fake news se base sur l’existence d’une vérité. Mais la vérité n’existe bien souvent pas. Le débat doit être permanent.

 

Notons que décréter qu’une information est officiellement fausse est un remède pire que le mal. La réaction des partisans de cette info sera de dire qu’elle est forcément vraie puisqu’on la décrète fausse. C’est le meilleur ferment des théories du complot.

 

Le mieux est donc de ne pas intervenir. Grâce à internet, chacun a accès à une multitude d’informations. Chacun peut effectuer des recoupements. Chacun peut évaluer les sites. Un travail de décantation se fera dans le temps, ainsi qu’un apprentissage pour bien appréhender le fait de disposer de tant d’informations. Au final, les informations seront sélectionnées. Il y aura les vraies, les fausses, et celles sujettes à débat permanent.

 

Mais pourquoi ce focus soudain sur les fake news ? Pourquoi cette inquiétude ? Pourquoi ne pas mettre en avant l’aspect positif du net, qui permet de connaître une multitude d’informations de points de vues différents ? N’est-ce pas un fabuleux progrès pour la démocratie que cette multitude d’informations, permettant à chacun de confronter les informations et les avis pour se forger son opinion ?

 

Un argument est de dire que ceux qui visitent des sites disons alternatifs, s’enferment dans leurs opinions. Ils vont partager les mêmes types d’articles sur Facebook. Ce qui fait qu’ils auront des amis Facebook à leur image, qui relaieront le même type d’articles. Le même type d’information. Au final, l’internet les conforterait dans leur opinion, fausse, au lieu de leur ouvrir l’esprit. (C’était l’objet d’un article sur ZDNet que je ne suis pas parvenu à retrouver).

 

Cependant, c’est la même chose pour ceux qui ne lisent que les médias officiels, et ne partagent sur Facebook que ces médias. Ce sont les informations et les opinions de gens qui ont la même éducation, issus des mêmes écoles. Pour enrichir son point de vue, une démarche est nécessaire. On ne peut s’ouvrir l’esprit qu’en quittant les sentiers battus. Ce serait un grand gâchis de ne pas profiter d’internet pour ne pas explorer, en lisant des nouvelles parfois tendancieuses, certes. Mais l’exploration mènera in fine à de belles découvertes. L’argument de l’enfermement dans une opinion ne tient donc pas. Cet enfermement dépend totalement de l’attitude de chacun en tant qu’internaute.

 

D’autant que l’information diffusée par ces médias « officiels » est largement influencée. Elle provioent de l’INSEE, par exemple, un organisme gouvernemental. Elle provient de l’OCDE, un organisme supra-national. Dans le débat sur la GPA, c’est une commission désignée par le gouvernement qui s’est prononcée. L’internet nous offre la chance de développer le pluralisme. Pourquoi s’en priver ? Pourquoi considérer a priori que certains disposent de LA Vérité, et d’autres sont des faussaires ?

 

Pour lutter contre les fake news, le mieux est donc d’encourager l’exploration du net. Et il ne faut pas s’effrayer si le citoyen se fait une opinion. C’est le monde d’aujourd’hui : l’opinion est moins contrôlable. Est-ce cela qui fait peur ? Je n’ose le croire. La disponibilité de tant d’information sur internet, vraies ou fausse, ou entre les deux, représente un tel progrès pour la démocratie !

 

Le combat contre les fake news peut déboucher sur des interdits officiels. Il en existe déjà. Par exemple, l’interdiction, sur internet notamment, de certains propos sur l’avortement.

 

Pourquoi ce combat contre les fake news ? La question reste posée. L’internet permet un enrichissement de chacun extraordinaire. Chacun peut recouper les informations. Et remettre en cause les grands médias, le pouvoir. C’est un progrès extraordinaire. Il n’y a aucun besoin de lutter contre les fake news : la décantation se fera d’elle-même. Le simple accès à une multitude d’information est un progrès extraordinaire pour lutter contre les fake news.

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LREM : La République Est Mat

23 Juin 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La République est mat. Aux échecs, comme l’indique Wikipedia, "c’est une une situation dans laquelle un roi est menacé de capture au prochain coup et pour laquelle aucune parade n'est possible". L’encyclopédie en ligne précise que "certains pensent que l'expression est issue du persan sāh māta, c'est-à-dire « le roi est étonné »". Aujourd’hui, la République est mat, et toute étonnée, même si elle fuit la réalité.

 

La République est en échec. Les dernières élections ont acté le rejet des politiques, dont le président élu lui-même, ainsi que la montée des extrêmes. Le débat est inexistant pour ne pas dire interdit. La France est divisée, entre la base et une élite auto-proclamée. Et cette situation est le fruit de la République, telle que nous la pratiquons.

 

Les politiques rejetés.

Macron est très mal élu. Marine Le Pen, diabolisée, qui de l’avis général a mené une mauvaise campagne au second tour, réalise un score de 33,9 % des suffrages exprimés. Macron ne rassemble que 43,61 % des inscrits. C’est à la fois un score historique pour le FN, qui n’a jamais rassemblé autant de suffrage à une élection présidentielle, et pour Macron, le candidat élu n’ayant jamais récolté aussi peu de suffrage. L’abstention a culminé à 25,44 % des inscrits. Un score historique également. Et, au premier tour, Marine Le Pen et Mélenchon rassemblent 40,88 % des suffrages exprimés. Un score là aussi historique pour les extrêmes. Le vote d’adhésion à Macron étant de plus très faible : une partie de l’électorat a voté contre Marine Le Pen, et non pour Macron. La présidentielle, dans la Cinquième République, se veut la rencontre d’un homme et du peuple. C’est raté.

 

Les législativesont confirmé la tendance. Une abstention qui bat des records : 57,36 % des inscrits. Cette abstention provient en partie d’électeurs de Mélenchon et du FN à la présidentielle, qui avaient déjà perdu tout espoir. Cependant, cela n’a pas empêché un score comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour l’extrême gauche, qui récolte 27 sièges (10 pour le Parti Communiste, 17 pour Mélenchon), et un nombre historique de députés FN pour un scrutin uninominal : 8 députés. Cette faible participation, cette montée des extrêmes à un scrutin qui ne leur est pas favorable, c’est le symptôme d’un profond rejet de toute la classe politique, Macron y compris.

 

La démocratie sans débat.

La démocratie est censée être le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Le peuple est censé se prononcer au vu des débats d’idées. Il n’y a rien eu de cela, ni à la présidentielle, ni aux législatives. Les sujets qui fâchent ont soigneusement été évités. L’Islam, par exemple. Ceux qu’on appelle les migrants. La laïcité. La GPA. L’insécurité. L’immigration. L’Europe. La culture française. Tout a été éclipsé.

 

De plus, un nouveau phénomène vient entraver le débat : la chasse aux fake news. Ces fausses informations sont accusées de manipuler les esprits. Elles auraient favorisé l’élection de Trump aux USA. Mais qu’est-ce qu’une fake news ? Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? Une info peut commencer par une rumeur, qui masque une vérité. L’engouement pour une fake news peut révéler des inquiétudes populaires. Des fake news peuvent être des demi vérités. Surtout, sur des sujets controversés, comment déterminer le vrai du faux ? Quelle est la frontière entre chasse aux fake news et limitation du débat ? Entre chasse aux fake news et limitation de la démocratie ?

 

Un peuple divisé.

Le peuple français est profondément divisé. Les sondages montrent une classe aisée qui a voté Macron. Et une classe moins aisée, qui comprend une partie de la classe moyenne, qui vote extrême ou qui s’abstient. La bourgeoisie des centres villes opposées à la plèbe des faubourg et de la campagne. On souligne que les diplômés ont voté Macron, et que les non diplômés ont voté extrême ou se sont abstenu. L’élite éclairée a bien voté.

 

Mais déjà, qu’est-ce qu’un diplômé ? Diplômé dans la restauration, ça compte ? Je crois que non. Nous voyons là un mépris pour qui ne sort pas d’études dites supérieures. Surtout, cette division souligne que chacun vit dans son monde. Confronté à des mondes différents, chacun a des références différentes. Les fake news ne sont pas en cause dans ces différences d’opinions. Le peuple s’informe en regardant la télévision, en lisant la presse régionale. Mais il interprète différemment les informations, en fonction de ce qu’il vit. La République, qui prétend rassembler, a abouti à des divisions historiques.

 

La légitimité

Quelques articles se sont vaguement interrogés sur la légitimité du nouveau pouvoir, si mal élu. Il n’y a pas d’ambiguïté : le pouvoir est légitime. Il a été élu dans les règles. C’est tout ce qui compte pour la légitimité. Qu’il ne se préoccupe pas d’une grande partie de l’électorat n’a pas d’incidence sur sa légitimité.

 

Le problème n’est pas la légitimité du pouvoir. C’est la légitimité du système. Le système aboutit à la prise de pouvoir d’un groupe pas forcément en phase avec le peuple. Par exemple, Macron est ce qu’on peut qualifier un ultra européaniste. Et il ne semble pas vouloir infléchir cette politique. Le peuple français semble moins européaniste. 40 % des inscrits ont voté pour Mélenchon et Le Pen, des eurosceptiques. Comment vont-ils réagir ? Ne risque-t-on pas une radicalisation ? Le pouvoir est légitime. Le système pose problème.

 

Conclusion

La République est Mat. La République a produit la situation actuelle. Le rejet du politique, la montée des extrêmes. L’absence du débat indispensable à la démocratie, et même potentiellement l’interdiction du débat. Le rejet d’une élite qui gouverne quand même sans souci du peuple. Les aspirations républicaines sont bien mortes.

 

Ce n’est pas un problème de légitimité. C’est un problème de système. C’est la République qui a produit cette situation. Aujourd’hui, la République consiste à donner les pleins pouvoirs aux élus. Le résultat est un rejet des politiques. Un rejet d’une élite aussi . Mais en même temps cette élite cherche à imposer ses décisions. Au vu des crispations et des oppositions, l’avenir s’annonce sombre.

 

La réponse libérale est la limitation du pouvoir. Les anarcho-capitalistes refusent même tout pouvoir (sur ce sujet, je vous conseille ce blog). L’évolution de la société doit partir des actions de chacun d’entre nous, pas de Big Broher.

 

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Climat et démocratie

11 Juin 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Au nom du réchauffement climatique, des politiques anti-écologiques sont appliquées. Un exemple parmi d’autres des dysfonctionnements de la démocratie. Qui incite à donner moins de pouvoir aux politiciens.

 

 

Le climat est un thème qui s’est imposé dans la politique aujourd’hui. La décision de Donald Trump de retirer les USA des accords de Paris a eu un retentissement planétaire. C’est aussi malheureusement un exemple des dysfonctionnements de la démocratie. Il n’y a en effet aucun débat ou presque sur le climat. On nous demande de croire, et d’apostasier les mécréants. Cela parce que ce thème sert des intérêts politiques. Le pire, c’est qu’au nom du climat on mène des politiques qui n’ont rien d’écologique.

 

Le débat interdit.

Le débat sur le climat n’existe pas, et les enjeux sont totalement occultés. De quoi s’agit-il ? Notre planète a connu un réchauffement global au siècle dernier. Comme elle a connu diverses périodes de réchauffement et de refroidissement au cours de sa très longue histoire. Ce réchauffement est donc naturel. Cette dernière phrase va déjà provoquer un tollé. Pourtant, même le GIEC ne dit pas le contraire. Le GIEC suppose que l’activité humaine, en dégageant du CO2, augmente le réchauffement. La question est de savoir dans quelle proportion. Le GIEC établit des hypothèses et des probabilités quant à cette influence humaine sur le réchauffement climatique.

 

La première question est donc de savoir si l’activité humaine augmente le réchauffement. Si oui, dans quelle proportion ? Cette deuxième question n’est pas anodine. En effet, On nous présente le réchauffement climatique comme porteur de catastrophes. Mais, est-ce que ces catastrophes ne se produiraient pas même sans l’influence humaine ?

 

On peut s’interroger aussi sur les effets du réchauffement. On ne nous présente que des effets néfastes. Mais parallèlement, la végétation s’accroît sur la planète. Socialement, les efforts demandés au nom du réchauffement climatique ont un coût énorme. Il serait bon de mettre en balance les avantages et les inconvénients, pour évaluer l’utilité de payer aussi cher.

 

Toutes ces questions sont éludées. Il n’y a aucun débat. Pourtant, le débat n’est-il pas essentiel à la démocratie ? N’est-il pas essentiel pour se faire une opinion ? Pire, en France, on ne souligne jamais les erreurs de prévisions de la modélisation du GIEC. Il paraîtrait même que selon les données compilées par le GIEC, il n’y a plus de réchauffement depuis une vingtaine d’années. Ce serait la raison pour laquelle on est passé du thème du réchauffement climatique à celui du dérèglement climatique. Face au refus du débat, qui croire ?

 

A qui profite le crime ?

Mais puisque que toutes les institutions internationales soutiennent la thèse de la responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement climatique, pourquoi ne pas y croire ? Il y a une schizophrénie étonnante à propos des politiciens. D’un côté on les critique, de l’autre on croit ce qu’ils disent. Or, ce sont des politiciens qui soutiennent cette thèse de la responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement climatique. Et le but d’un politicien est clair : le pouvoir !

 

Que des officiels, des médias, des politiciens serinent une antienne ne signifie pas qu’elle soit vraie. Par exemple, en économie, on nous raconte que durant la crise de 1929, le président des USA Herbert Hoover n’a rien fait pour relancer l’économie. Puis, Franklin Roosevelt et arrivé, et sa politique de relance keynésienne a rétabli l’économie. Tout le monde a entendu cette « vérité ». Elle est fausse. (Pour une histoire plus véridique, voir par exemple La grande dépression démystifiée.)

 

Mais les politiciens aiment à faire croire qu’ils peuvent faire des miracles en économie. En matière de climat, certains ont intérêt au catastrophisme climatique.

 

A la pointe de la thèse de l’influence humaine sur le réchauffement climatique, nous avons l’ONU. Comme toute organisation, l’ONU doit justifier son existence. Et toute organisation a tendance à élargir le champ de ses compétences. Pour l’ONU, le réchauffement climatique est une aubaine : c’est un phénomène planétaire. Il est donc naturellement de sa compétence. L’ONU a monté une structure chargée de conforter la thèse de l’influence humaine sur le réchauffement, le GIEC, qui est la source officielle d’information sur le sujet. Est-ce un hasard ? Est-ce par intérêt, pour conforter le pouvoir des politiciens de l’ONU ?

 

Les politiciens de chaque pays ont aussi un intérêt à soutenir la thèse de l’influence humaine sur le réchauffement climatique. Cela leur donne un rôle. Ils peuvent se poser en sauveur de la planète. Le réchauffement climatique devient une excuse pour agir sur la vie de chacun.

 

Dans son livre, Climat Investigation, Philippe Verdier, (qui adhère à la thèse de l’influence humaine sur le réchauffement climatique contrairement à ce qu’on a pu écrire parfois), souligne l’intérêt des organisations qui ont l’écologie pour thème. Le catastrophisme sur le réchauffement climatique est mobilisateur. Ce qui favorise aussi les dons. Philippe Verdier indique aussi que de nombreuses entreprises ont un intérêt à soutenir la thèse de l’influence humaine. Car la politique de transition énergétique engendre de grosses commandes et de juteux bénéfices. Et tant pis si cela se fait au détriment du pouvoir d’achat et d’autres activités qui vont décliner du fait, par exemple, du renchérissement de l’énergie. La transition énergétique est un jeu à somme négative.

 

C’est le problème de la politique : elle est guidée par la course au pouvoir. D’autre part, chacun cherche à imposer son opinion, ce qui est ou ce qu’il croit être son intérêt. On peut sincèrement penser contribuer à sauver la planète. Le problème survient quand on cherche à imposer son opinion à autrui. Quand on refuse le débat. Cela devient de l’idéologie.

 

Des politiques anti-écologiques !

Ce qui montre à quelle point la thèse de l’influence humaine dans le réchauffement climatique est devenue une idéologie, c’est que les politiques menées en son nom… polluent !

 

Prenons par exemple la politique en faveur des éoliennes et du solaire. Ce sont des énergies intermittentes qui nécessitent une source capable de prendre le relais rapidement. Cette source, dans les limites technologiques actuelles, ne peut être que thermique, c’est-à-dire qu’elle dégage du CO2. Donc, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, réchauffement officiellement dû au CO2, on remplace une énergie, le nucléaire, qui ne dégage pas de CO2, par des énergies, l’éolien et le solaire, qui nécessitent une production d’appoint qui dégage du CO2 ! Cherchez l’erreur. Je comprends que le nucléaire puisse inquiéter. Mais soyons logique : si le réchauffement climatique anthropique est la plus grande menace, pourquoi l’aggraver ?

 

Par ailleurs, les éoliennes nécessitent l’occupation de surfaces immenses pour la production d’énergie. C’est un étalement de constructions sans précédent. Mais, alors qu’on critique l’étalement urbain, personne ne s’y oppose. On veut mettre les éoliennes en mer pour qu’on ne les voit pas, mais le problème est le même. Sans compter la pollution maritime pour les besoins d’entretien.

 

Parlons de la pollution automobile. L’Europe a établi des normes de diminution des émissions de CO2. Le tout certifié par des tests. Au final… plus de pollution !

 

D’abord, les tests n’ont jamais été réalistes, selon les magazines automobiles. On peut les supprimer et laisser les médias spécialistes de l’automobile prendre les mesures, pour que les clients puissent comparer, ce serait plus efficace. Pire, on sait aussi aujourd’hui que les moteur sont optimisés pour passer les tests. Ceux-ci ne semblent plus avoir une grande utilité pour la vie réelle. Mais il y a pire.

 

Les moteurs qui émettent moins de CO2 sont… plus polluants ! En effet, le CO2 n’est pas un polluant dans le sens où il n’est pas néfaste pour l’être humain : nous en respirons sans crainte, et en fabriquons. Par contre, la technologie utilisée pour émettre moins de CO2 produit plus de polluant. Ces moteurs produisent plus de particules fines et d’oxyde d’azote (Nox, les gaz au cœur du dieselgate), qui sont deux polluants nocifs pour l’être humain.

 

D’autre part, pour diminuer la consommation, les constructeurs automobiles pratiquent le downsizing. Au lieu d’avoir quatre cylindres, ce qui était courant, les moteurs ont trois cylindres. Cela limite la consommation. Mais le rendement n’est pas le même. Selon les spécialistes, et même les simples conducteurs, il faut plus solliciter le moteur. Rétrograder plus souvent par exemple pour accélérer. Au final, est-ce que la consommation est vraiment inférieure ? Il faudrait pouvoir comparer un quatre cylindre et un trois cylindre de même génération, dans un usage normal, par des conducteurs normaux, pour le savoir. Je me souviens d’un comparatif entre une hybride et une diesel qui concluait que sur route l’hybride consommait plus.

 

Un autre axe pour limiter les émissions de CO2 est la voiture électrique. Déjà, tout dépend de la production d’électricité. Si celle-ci provient du thermique, il y a production de CO2. Mais aussi, quelle est l’empreinte écologique globale ? Pour les batteries, il faut du lithium. On développe des mines pour ce matériaux, ce qui est polluant. Quid du recyclage ?

 

On peut aussi, dans le même ordre d’idée, citer l’exemple des ampoules à faible consommation d’énergie. Une petite ampoule coûte très cher, et contient… du mercure ! Qui va se retrouver dans la nature après usage (quelle proportion d’entre nous pense à prendre l’ampoule usagée pour la jeter dans le collecteur du supermarché par exemple?).

 

La politique menée au nom du réchauffement climatique n’est donc pas forcément écologique. Elle est irrationnelle.

 

Et si les politiciens ne faisaient rien ?

Face à autant d’aberration, la question se pose : et si les politiciens ne faisaient rien, n’atteindrait-on pas de meilleurs résultats ? Imaginons que l’on supprime le GIEC, et qu’aucun gouvernement n’établisse de politique sur la base d’une influence humaine sur le réchauffement climatique. Que se passerait-il ?

 

Déjà, il y a le mouvement humain vers moins de nuisance, associé au progrès technique qui permet de produire plus avec moins. Si la Chine soutien les politiques contre l’influence humaine sur le réchauffement climatique, c’est parce que sa population en a marre de la pollution. Réchauffement ou pas, il y a une demande pour moins de pollution, donc moins d’émissions de gaz divers, et donc de CO2, que l’on croit ou non à son influence dans le réchauffement.

 

D’autre part, le progrès permet des économies d’énergie, et donc de coût pour se chauffer, s’éclairer. C’est un puissant moteur pour diminuer les émissions, en dehors de toute ingérence étatique.

 

Les organisations qui soutiennent la thèse de l’influence humaine dans le réchauffement existeraient toujours. Au lieu d’influencer les Etat, elles devraient convaincre chacun. Sans la machinerie étatique et super étatique. Nous serions dans une vraie démocratie, chacun étant à égalité pour exprimer son opinion et convaincre les autres. L’État et les institutions super étatiques n’imposeraient pas leur puissance à l’opinion. Ensuite, ceux qui adhèrent adapterons leur comportement, sans forcer ceux qui n’adhèrent pas à le faire. Une vraie démocratie. Au final, serons confondus qui adapterons leur comportement par conviction, et ceux qui l’adapterons pour faire des économies.

 

En plus de se faire une opinion librement, chacun pourrait décider librement de la manière de moins polluer, ou de rejeter moins de CO2. Les technologies seraient mises en concurrence, scrutées et contrôlées par des organismes et des gens aux profils divers, et non plus imposées par l’État ou des organisme super étatiques. Ce serait un débat permanent, une remise en cause permanente, plutôt qu’un dogme. Ce ne serait pas infaillible, mais plus efficace.

 

L’État est-il le problème ou la solution ? L’expérience montre que trop d’État est un problème. Car le pouvoir est aux mains des politiciens, dont le but est le pouvoir. L’absence de débat au sujet du réchauffement climatique, et les politiques irrationnelles menées au nom de ce réchauffement en sont un exemple parmi d’autres. Il est peut-être temps de redonner du pouvoir à chacun. Ce qu’on appelle libéralisme. Mais, c’est s’attaquer au pouvoir des politiciens. Le libéralisme rend le pouvoir au peuple. C’est le problème, en fait.

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Royaume-Uni : les leçons du brexit et des élections

9 Juin 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La faillite de la démocratie

Le brexit et les dernières élections au Royaume-Uni montrent qu’en démocratie le destin d’un pays se joue à peu de chose. Ce qui devrait nous inciter à une réflexion sur le pouvoir de ces politiciens qui nous gouvernent.

 

Theresa May a perdu les élections britanniques. Bien sûr, le parti conservateur reste le premier parti du Parlement. Mais il a perdu sa majorité absolue. Theresa May ne peut s’en prendre qu’à elle même : elle a mené une mauvaise campagne. Elle a pris quasiment le contrepoint de David Cameron, qui avait réussi à obtenir cette majorité absolue. Les événements électoraux de ces derniers temps au Royaume-Uni montrent aussi qu’en démocratie, la destinée d’un pays ne tient qu’à un fil, et se joue à peu de chose. Ce qui est inquiétant.

 

Les leçons du scrutin.

Theresa May a provoqué des élections car elle croyait que c’était gagné d’avance. Le personnage ne semble vouloir prendre aucun risque. Elle pensait que les électeurs de l’UKIP de Nigel Farage, qui militait pour le brexit, voteraient naturellement pour les conservateurs, maintenant que le Brexit était engagé. Que les électeurs du parti travailliste qui avaient voté pour le brexit se tourneraient vers elle. Elle a explicitement gauchisé son programme, dans le but de capter cet électorat. Curieusement, elle a abandonné l’électorat traditionnel du parti conservateur, les personnes âgés, en proposant une réforme du financement de la dépendance, sur laquelle elle a dû faire machine arrière.

 

Mais les électeurs de l’UKIP ne se sont pas forcément tournés vers les conservateurs. Les travaillistes qui avaient voté pour le brexit non plus. L’analyse de Theresa May était mauvaise.

 

Sa tactique électorale était à l’opposé de celle victorieuse de David Cameron. Rappelons que Cameron n’avait pas de majorité au Parlement. Il gouvernait avec le Lib Dem. Tout en menant un programme économique résolument en faveur de l’économie de marché, qualifié d’austérité par ses opposants, il a gagné une majorité aux élections. Cameron n’a pas cherché à gauchir son programme. Il s’est présenté en bon gestionnaire, face à un parti travailliste présenté comme laxiste, et pouvant entraîner le Royaume-Uni dans une catastrophe économique et sociale. Mais il a aussi pris soin, durant la campagne et son mandat, de ne pas se couper de l’électorat âgé. Enfin, durant la campagne, il s’est focalisé sur les circonscriptions qui pouvaient basculer, en y concentrant les moyens financiers du parti conservateur. Il n’a pas mené le combat là où l’élection était perdue d’avance, ou gagnée d’avance. L’on reconnaît là une bête politique, ce que Theresa May n’est peut-être pas.

 

La leçon est que les conservateurs doivent se présenter en bon gestionnaires. Là est leur crédibilité. On peut remarquer que les conservateurs ont gagné des sièges là où leur discours était clair et sans consensualisme : en Ecosse. En se présentant résolument contre un nouveau référendum au sujet de l’indépendance, ils ont bénéficié du vote de ceux qui étaient fatigués de ce débat sur l’indépendance, et qui voulaient tourner la page après la victoire du non à l’indépendance.

 

La démocratie sur un coup de dé

Les derniers événements politiques au Royaume-Uni se sont joués à peu de chose. Que ce soit le brexit, la nomination de Theresa May comme Premier Ministre, ou encore les dernières élections. En démocratie, le sort d’un peuple ne tient ainsi qu’à un fil.

 

Theresa May est devenue Premier Ministre suite au vote en faveur du brexit. C’est le vote des électeurs travaillistes qui a fait pencher la balance en faveur du leave, alors que le parti travailliste militait pour le remain. Mais le leader travailliste, Jeremy Corbyn, n’a apporté qu’un timide soutien au remain. Que se serait-il passé si le parti travailliste avait été mené par un véritable partisan de l’Europe ? On peut se poser la question. Un seul homme a peut-être précipité le Royaume-Uni vers le brexit.

 

A la suite du brexit, Theresa May est devenue Premier Ministre presque par hasard. Quasiment par défaut. Boris Johnson partait favori dans la succession de David Cameron. Le jeu de Michael Gove, qui s’est présenté en dénigrant Johnson, l’a rendue favorite, provoquant le désistement de sa seule adversaire. Nous avons donc un Premier Ministre qui est presque là par hasard, par un concours de circonstances. Nous sommes loin du grand vote d’adhésion.

 

Les dernières élections ont aussi pu être influencées par les attentats, en plus de la mauvaise tactique de May. En effet, elle était ministre de l’Intérieur sous Cameron, donc sous le feu des critiques après les attentats. Corbyn s’est engouffré dans la brèche.

 

Conclusion : réfléchir au pouvoir des politiciens.

La démocratie est le pire des systèmes politiques, à l’exception de tous les autres. La boutade de sir Winston Churchill est terriblement d’actualité. On peut aussi citer l’exemple français, avec une présidentielle sans débat, un président mal élu, sans aucune adhésion pour sa personne, et qui focalise les extrêmes.

 

Que faire alors ? Le libéralisme préconise de limiter le pouvoir de ces politiciens qui veulent nous gouverner. Il faut limiter leur rôle, pour qu’au maximum ce soient les actions de chacun qui dessinent la société, et non des technocrates qui imposent leur vision. Car la démocratie n’est que le pouvoir de la plus forte minorité, le vote dépend des circonstances et pas forcément de la raison, et ce peut être un vote par défaut et non un vote d’adhésion. Trop d’aléas pour le sort de millions de gens.

 

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L'effet Cantillon, inflation et inégalités

25 Mai 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Un nouvel article sur le bolg L'école autrichienne d'économie: L'effet Cantillon, inflation et inégalité. A lire ici.

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