Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Analyse Libérale

Articles récents

Remarque sur l'Etat libéral

17 Mai 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'entrepreneur Pierre Chappaz a commenté le livre de Gaspard Koenig, Le Révolutionnaire, l'Expert et le Geek. D'après ce commentaire, Gaspard Koenig semble considérer un Etat puissant comme indispensable pour protéger la liberté, un Etat allant jusqu'à interdire l'éducation privée. Pierre Chappaz écrit :

Le philosophe réclame l’interdiction de l’enseignement privé. Pour lui, la mission première de l’État est de libérer l’individu en l’arrachant à son milieu d’origine, sa famille ou sa religion. Ainsi il propose « une réforme (de l’enseignement) brutale, (qui) entraînera des résistances, que l’État jacobin devra briser sans état d’âme ».

Je n'ai pas lu le livre de Gaspard Koenig, qui est, je le reconnais, un fin lettré. Cette réaction est basée donc sur le compte rendu de Pierre Chappaz. Il s'agit ici de faire une remarque, une simple remarque et non une réflexion, sur le rôle de l'Etat dans la pensée libérale.

Ludwig von Mises décrit l'Etat comme un organe de coercition. Et comme le seul à pouvoir avoir ce pouvoir de coercition. Il faut bien se souvenir que la coercition est antinomique au libéralisme : nul n'a le droit de contraindre autrui. C'est le principe de non agression du libéralisme. Mais, pour la plupart des libéraux, il faut un organisme pour faire respecter ce principe. Et c'est l'Etat. C'est à la fois le rôle de l'Etat, et la source de sa légitimité.

Cette conception de l'Etat se rapproche donc de celle de Gaspard Koenig, selon le commentaire de Pierre Chappaz. L'Etat est nécessaire pour garantir la liberté à chaque individu. Tous les courants libéraux sont d'accord sur cette base, à l'exception des anarcho-capitalistes, qui ont une vision que je qualifierais, et je précise bien que le terme est de mon fait, de puriste. Puisque le principe premier du libéralisme est la liberté, et sa conséquence première le principe de non agression, alors nul ne peut se voir accorder un pouvoir de coercition. L'Etat est donc inutile. Soulignons qu'une société sans Etat n'est pas une société sans règles. Les règles découlent du principe de liberté, et don de la non agression, et sont reconnues par la population.

Cependant, l'Etat n'est pas tout puissant, et n'a certainement pas un rôle éducatif, par exemple. C'est ainsi que le rôle d'une constitution, originellement, c'est de limiter le pouvoir de l'Etat. C'est avant tout la lutte contre le pouvoir absolutiste. John Locke s'opposait à l'absolutisme. Benjamin Constant soulignait la différence entre la liberté des modernes et celle des anciens, ainsi que le rôle d'une constitution pour protéger le peuple contre l'Etat dans ses Principes de politique. Locke, comme l'indique Corentin de Salle dans le tome 1 de La tradition de la Liberté, soulignait que le peuple peut toujours se délier des autorités qu'il a mises sur pied, y compris le pouvoir suprême. Enfin, Friedrich August Hayek a dénoncé dans La route de la servitude le processus qui même à une dictature, et a tenté de définir une constitution respectueuse de le liberté dans Droit, Législation et Liberté.

L'Etat est en quelque sorte un mal nécessaire, dont il faut limiter le pouvoir pour ne pas tomber dans la dictature d'une faction, ou des hommes de pouvoir tout simplement. La constitution doit être conçue pour éviter cela. On remarquera qu'il ne s'agit pas d'une question de décentralisation, comme le considèrent de nombreux libéraux. Le libéralisme consiste à laisser ce qu'on appelle aujourd'hui la société civile s'organiser comme bon lui semble pour la majeure partie des nécessités collectives. Ce n'est pas à une constitution de décider si les décisions se prennent au niveau communal ou régional, et le centre de décision peut changer selon les desiderata des populations. Il n'y a pas de dogme. Mais, à tout niveau, le pouvoir politique est limité, pour ne pas entraver la liberté.

En conclusion, dans la pensée libérale, l'Etat est la plupart du temps considéré comme le garant de la liberté. Mais c'est aussi un organisme qui doit lui aussi être régulé, pour éviter le totalitarisme. D'où l'idée d'une constitution, qui limite le pouvoir de l'Etat. Le meilleur exemple étant la Constitution des Etats Unis d'Amérique, accompagnée de la Déclaration des Droits, qui institue un équilibre de contre pouvoirs, censés (et seulement censés), limiter le pouvoir de l'Etat. Le libéralisme est réaliste. Les individus sont faillibles. Un Etat tout puissant, et donc des politiciens tout puissants, est source de danger.

Voir les commentaires

L'augmentation des salaires aux USA

5 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

Les magasins Wal-Mart, Target, et la chaîne de fast food Mac-Donald's ont annoncé aux USA des augmentations des salaires minima de leurs salariés. Ce mouvement est significatif de l'évolution de l'économie, ainsi que des effets des politiques économiques.

Il est d'usage en France de regretter le bon temps de l'industrie, et du travail à la chaîne, période de croissance, de plein emploi, et de bons salaires. La vision est idyllique. Il y avait de petites manufactures, sans les avantages des grandes entreprises, le travail à la chaîne était pénible, et critiqué. Cependant, la croissance économique permettait le plein emploi et des salaires corrects. Il en est né un mythe de l'industrie, alors qu'à leur apparition les usines étaient surnommées des moulins de Satan (satanic mills) en Angleterre. Et l'on considérait que la vraie valeur et la prospérité venait de l'agriculture. Mais la prospérité engendrée par la révolution capitaliste, dont l'industrie était le vecteur, a permis l'augmentation des salaires, et du niveau de vie.

Les services ont suivi le même chemin. Avant même la révolution industrielle, le service était essentiellement la domesticité. Puis il est devenu une activité très variée, jusqu'à devenir majoritaire auprès de la population active. Et les supermarchés tels que Wal-Mart, Target, ou les entreprises de fast food telles que Mac-Donald's, remplacent les grandes industries de la précédente époque. Comme les grandes industries, elles proposent de meilleures conditions de travail pour attirer de bons salariés, à un moment où une part importante de la population active des USA s'est retirée du marché du travail. Même si le taux de chômage paraît faible, il y a un taux d'inactivité important.

Du point de vue de la politique économique, l'augmentation des salaires est un camouflet à la politique keynésienne de relance de l'économie. Depuis les années 1990, la politique économique consiste à utiliser la monnaie pour relancer la dépense. La Fed baisse les taux d'intérêt pour relancer la croissance. Le summum a été atteint après l'éclatement de la bulle ineternet en 2001. En 2002, les USA décident de créer une bulle immobilière, en baissant les taux d'intérêt, et en favorisant les prêts immobiliers. La réglementation bancaire, via les critères de Bâle, favorise également l'immobilier, comme le montre l'évolution du crédit depuis 1973. L'objectif est dans un premier temps de favoriser le marché immobilier. Ce qui provoque la croissance du secteur de la construction, et l'augmentation de la valeur des maisons. Cette augmentation de la valeur des maisons crée un effet richesse. C'est-à-dire que les propriétaires empruntent, en hypothéquant leur maison, au besoin en prenant une deuxième hypothèque, pour consommer. Toutes ces dépenses, selon la logique keynésienne, doivent favoriser la croissance, l'augmentation des revenus, ce qui devrait favoriser à nouveau la dépense, et ainsi de suite, dans un cercle vertueux. Cette politique était notamment encouragée par le Prix Nobel Paul Krugman, chantre du keynésianisme.

Cette politique a débouché sur la crise actuelle. Les emprunteurs ne pouvaient plus rembourser. Et s'ils ne pouvaient plus rembourser, c'est notamment parce qu'il n'y a pas eu d'augmentation des revenus réels. La politique de dépense n'a pas provoqué de hausse de salaires. Or, des hausses se produisent aujourd'hui, alors même que l'effet richesse, et tout le mécanisme de soutient de la demande, a cessé. Certes, la Fed a repris sa politique de taux bas, elle a provoqué une hausse des marchés financiers, et a injecté beaucoup de liquidités dans l'économie. Mais le marché immobilier s'est effondré. Les banques ne prêtent plus aussi facilement. Il y a un phénomène logique de rémanence dans l'économie, qui se souvient des enchaînements qui ont mené à la crise. L'effet richesse ne profite qu'aux plus riches, qui ont un patrimoine financier important. Par contre, l'économie US s'est restructurée, et a gagnée en productivité. Comme par hasard, les hausses de salaires apparaissent après la hausse de la productivité. Il s'agit d'une hausse de productivité globale, qui finit par tirer à la hausse des salaires d'emplois qui ne sont pas forcément les plus productifs.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. L'économie repose sur plusieurs leviers. Il est trop tôt pour y voir un enchaînement vertueux de la croissance. L'Etat doit notamment se désintoxiquer de la dette. Ce qu'il faut retenir, c'est que la politique en faveur de la dépense n'a pas produit de hausses de salaires, et que celles-ci apparaissent quand l'économie américaine se restructure et gagne en productivité. C'est une défaite de la macroéconomie keynésienne. Et une victoire des théories classiques et néoclassiques de l'échange.

Voir les commentaires

La politique économique aujourd'hui

1 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

Je reprends ici l'écriture de mon petit manuel d'économie. Manuel qui a l'ambition de s'adresser à des néophytes complets en économie. Le langage utilisé se veut très simple, très accessible. Alors que je cherche à être simple dans mon blog, on m'a cependant déjà dit que ce que j'écrivais était compliqué. C'est le piège habituel de ceux qui sont tellement habitués à leur microcosme : on croit être simple, mais on ne l'est pas. Je vais donc faire un effort. Par contre, cela pourra apparaître trop simpliste à ceux qui s'y connaissent un peu.

Nous avons vu dans le chapitre précédent le triomphe de la macroéconomie, accompagné du développement de la microéconomie. La science économique s'est mathématisée. Elle scrute les agrégats tels que la demande globale, la masse monétaire. Certains économistes considèrent que la macroéconomie prouve qu'il faut agir sur ces agrégats pour créer de la croissance. D'autres disent le contraire. Tandis que la microéconomie étudie le comportement des entreprises, et, plus largement, des agents économiques, jusqu'aux individus. Là encore, il s'agit, soit, de les contrôler, pour favoriser la croissance ; soit, de démontrer qu'il faut, pour favoriser la croissance, les laisser agir à leur guise.

Nous verrons ici un exemple d'application de la théorie à la politique économique. Nous nous intéresserons à la politique monétaire, qui est devenue un axe principal de la politique économique. En faisant d'abord un rapide historique.

Pendant longtemps, la monnaie a été un métal, notamment l'or. Puis, les billets sont apparus, mais toujours en liaison avec un métal. Les billets correspondaient, plus ou moins, au stock d'or de la banque nationale qui les émettait. Ainsi la France a connu le franc germinal, ou franc-or, une monnaie des plus stables de 1803 à 1914.

Historique de la monnaie

La première guerre mondiale a fait voler en éclats le franc germinal. Elle a en effet été financée par la planche à billets, c'est-à-dire que l'argent était imprimé sans correspondance avec le stock d'or.

L'entre-deux guerres n'a pas vraiment permis de retrouver la stabilité du franc germinal. Il est difficile de rétablir un système monétaire. De plus, la crise des années trente est arrivée. Les pays ont dévalué leurs monnaies, ce qu'on appelle une dévaluation compétitive, en plus de pratiquer le protectionnisme. Le résultat a été catastrophique, aggravant fortement la crise au lieu de la faire cesser. Les circuits commerciaux étaient perturbés. Donc, les producteurs ne trouvaient plus de débouchés pour leurs marchandises. Par conséquent, ils faisaient faillite. Ce qui aggravait la crise.

Les dévaluations compétitives, et l'instabilité monétaire, ont été considérées par ceux qui ont vécu la crise des années trente comme un facteur aggravant de celle-ci. Par conséquent, les pays ont cherché après la deuxième guerre mondiale à retrouver une stabilité monétaire. C'était l'objectif des accords de Bretton Woods, qui ont institué un nouvel ordre monétaire. Dans ce système, le dollar est lié à l'or, et les autres monnaies sont liées au dollar. Les pays doivent donc avoir des dollars pour créer de la monnaie. Le système de Bretton Woods volera lui aussi en éclats, les Etats-Unis ne respectant pas le contrat : ils ont fait marcher la planche à billets. Et, en 1973, les changes deviennent flottants.

Le pilotage macroéconomique de l'économie par la politique monétaire.

Le changement est majeur. Jusqu'à présent, la monnaie d'un pays était liée à l'or. Le lien étant indirect dans le système de Bretton Woods. Les banques centrales ne pouvaient pas émettre de la monnaie comme elles le voulaient. Il fallait qu'augmente la quantité d'or qu'elles détenaient. Par conséquent, la monnaie n'était pas un agrégat sur lequel la macroéconomie pouvait agir. Nous avons vu en effet précédemment que la macroéconomie étudie sur quel agrégat agir pour stimuler l'économie. Et que dans le modèle keynésien l'injection de monnaie permet de stimuler l'économie. Dans le cadre d'une monnaie liée à l'or, l'injection monétaire est limitée.

Les pays ont néanmoins cherché à utiliser la planche à billets. C'est ce qui a fait exploser le système du franc-or, et celui de Bretton Woods. A partir de 1973, après quelques tâtonnements, c'est un système basé sur la stimulation de l'économie par la création monétaire qui se met en place.

Au niveau macroéconomique, comme la monnaie n'est pas liée à l'or, la banque centrale peut librement piloter sa création. La création monétaire est devenue le levier macroéconomique officiel pour stimuler l'économie. Le mode principal de création monétaire est la fixation des taux d'intérêt, qui est contrôlée par les banques centrales. Celles-ci diminuent les taux d'intérêt, pour encourager le crédit. Le crédit étant en effet de la création monétaire. Même si le particulier ne fait pas la différence, il y en a une différence entre un crédit bancaire, et, par exemple, un emprunt que fait une entreprise sur un marché financier. Dans le cas du crédit, la banque crée de la monnaie. Dans le cas d'un emprunt sur un marché financier, c'est de l'argent épargné qui est prêté à l'entreprise.

En baissant les taux d'intérêt, les banques centrales veulent stimuler le crédit. L'idée étant que la stimulation du crédit va entraîner plus de dépenses, des dépenses d'investissement notamment. Nous sommes donc en plein dans la macroéconomie keynésienne, selon laquelle les dépenses créent la croissance, et en particulier les dépenses d'investissement.

La baisse des taux d'intérêt a aussi pour objectif de faire monter les marchés financiers. Cette augmentation passe par différents mécanismes. Par exemple, si les taux d'intérêt des crédits baissent, une entreprise pourra préférer demander un crédit auprès d'une banque plutôt que d'emprunter sur les marchés financiers. Mécaniquement, cette concurrence des crédits bancaires fait baisser les taux des emprunts sur les marchés financiers. Une entreprise peut emprunter à taux réduit. Elle n'a donc plus besoin de demander d'argent à ses actionnaires. Elle peut même leur en redonner.

Les entreprises cotées en bourse ont à choisir entre différentes sources de financement : les actionnaires, les banques, les emprunts sur les marchés financiers. Toutes les sources de financement ont un coût. Un épargnant va prendre le risque d'investir dans des actions si le rendement est intéressant. C'est-à-dire si les dividendes sont élevés. Ou, si la probabilité de voir l'action augmenter est forte.

Si une entreprise peut se financer par emprunt ou par le crédit à taux réduit, cela peut avoir trois conséquences. Le coût financier d'un nouveau projet financé par le crédit ou l'emprunt diminue. Ce qui, mécaniquement, augmente les perspectives de profits. Ce qui fait monter l'action.

Ou, l'entreprise peut financer par l'emprunt ou le crédit un projet pour lequel elle aurait normalement dû demander de l'argent à ses actionnaires. A nouveau, les perspectives de profits, sans avoir à remettre au pot, font augmenter la valeur des actions.

Enfin, une entreprise peut avoir suffisamment d'argent pour investir dans de nouveaux projets. Mais si un crédit ou un emprunt ne coûte quasiment rien, son intérêt est de reverser son argent aux actionnaires, et d'emprunter ou de souscrire un crédit pour investir. Le fait de reverser de l'argent aux actionnaires, qui sont les propriétaires de l'entreprise, fait augmenter le cours de l'action.

L'augmentation des marchés financiers est un objectif macroéconomique. Si les placements financiers non risqués augmentent, c'est que leur rentabilité baisse. Donc, les économistes pensent que les investisseurs vont s'orienter vers d'autres placements, par exemple des actions de jeunes entreprises, plus risquées mais plus rémunératrices. Si les investisseurs s'orientent vers ces jeunes entreprises, on suppose que la croissance économique va s'accélérer. Le but de la baisse des taux d'intérêt est donc aussi la hausse des marchés financiers.

Enfin, la hausse des marchés financiers a aussi pour objectif de créer un effet richesse. L'idée est que la hausse des marchés financiers entraîne une hausse de la valeur du patrimoine des gens. Ceux-ci, se sentant plus riches, vont consommer plus. D'autre part, une hausse du patrimoine des gens augmente les possibilités de crédit bancaire. En effet, les gros crédits sont garantis par le patrimoine. Si vous demandez un crédit important à votre banquier, il va demander des garanties : une hypothèque sur votre maison, des actions en garantie. On ne prête qu'aux riches. Par conséquent, l'augmentation du patrimoine augmente les possibilités de crédit, et donc favorise la demande. Cela forme un cercle, que les keynésiens estiment vertueux : la baisse des taux d'intérêt augmente les possibilités de crédit de deux manières, en rendant le crédit moins cher, et en augmentant la valeur du patrimoine. Le crédit est dépensé, créant de la demande. Ce qui crée de la croissance, des revenus, une nouvelle augmentation de la demande, de l'optimisme, ce qui renforce les dépenses, l'investissement, et crée à nouveau de la croissance.

Un exemple de relance monétaire : la bulle immobilière des années 2000.

Une bonne illustration de cette politique économique est la bulle immobilière des années 2000. En 2002, les USA connaissaient une crise économique, suite à l'éclatement de la bulle internet. Voici quelle politique préconisait le prix Nobel d'économie Paul Krugman, en 2002, dans le New-York Times :

Pour combattre cette récession la Fed a besoin d’une hausse importante des dépenses des foyers pour compenser la défaillance de l’investissement privé. [Ainsi] Alan Greenspan [ le président de la Fed, la banque centrale US, en 2002] a besoin de créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq.

Dans une interview accordée en 2001, il déclarait :

Entre-temps, la politique économique devrait encourager d’autres dépenses pour compenser la chute des investissements dans le monde des affaires. Des taux d’intérêt bas, qui favorisent les dépenses dans l’immobilier et d’autres biens durables, sont la principale réponse.

La politique préconisée est ainsi de faire monter les prix de l'immobilier. Une baisse des taux d'intérêt, accompagnée d'une politique favorable aux prêts immobiliers, va permettre, d'abord, de faciliter l'achat et la construction de maisons. En effet, les taux d'intérêt bas rendent les crédits immobiliers moins chers. Cette baisse du coût des crédits entraîne en demande d'achats et de constructions de maisons. Cette hausse de la demande fait augmenter les prix des maisons. Ce qui favorise les crédits hypothécaires. Les banquiers vont accorder plus facilement un crédit hypothécaire car ils pensent qu'ils ne perdront pas d'argent : les prix augmentent, donc les acheteurs pourront toujours revendre la maison avec un bénéfice s'ils ne peuvent pas rembourser leur crédit.

On note que Krugman indique que les taux d'intérêt bas doivent aussi favoriser les achats de biens durables. Le schéma est le suivant. Les gens contractent d'abord un crédit hypothécaire, garanti par la maison qu'ils achètent, pour devenir propriétaire. Puis, la valeur de la maison augmentant, il contracte un deuxième crédit hypothécaire, garanti par la même maison, pour consommer. Ce qui, dans la logique keynésienne, crée de la croissance, puisque la consommation augmente. Comme il y a de la croissance, il y a de l'emploi, et donc des revenus pour rembourser les crédits. C'est cette politique qui a été appliquée par la banque centrale des USA, encouragée par les pouvoirs publics.

Application de la microéconomie à la politique économique.

La politique monétaire macroéconomique est complétée par des mesures microéconomiques. Le comportement des acteurs du monde de la finance est étroitement contrôlé. Les banques doivent ainsi respecter les critères de Bâle. Concrètement, ce ne sont pas les banques qui décident de ce qui est risqué ou non, ce ne sont pas les banques qui, par exemple, décident si accorder un crédit à une entreprise est risqué ou non. Elles ont une marge de manœuvre, bien sûr. Mais elle doivent d'abord respecter les critères de Bâle.

Ces critères portent le nom de la ville qui accueille le siège de la Banque des Règlements internationaux. Ils ont été énoncés à cet endroit, par un comité composé des gouverneurs de banques centrales des principaux pays de l'OCDE. Il s'agit d'éviter que les banques ne prennent trop de risques. En contrepartie, ces mêmes banques sont assurées d'être secourues par la banque centrale de leur zone monétaire en cas de problèmes.

Schématiquement, les critères de Bâle désignent plusieurs types de crédits et de placements que peuvent faire les banques. En fonction du risque, les banques doivent avoir plus ou moins de capitaux propres. Concrètement, immobiliser plus de capitaux propres réduits la rentabilité pour les actionnaires. Les critères de Bâle considère que les emprunts d'Etat ne sont pas risqués, puis vient l'immobilier, et ensuite les emprunts des entreprises. Les critères de Bâle se sont imposés au-delà des banques. Et ce sont les agences de notations qui décident de ce qui est risqué ou non.

En pratique, différents organismes, des Etats, des entreprises, viennent emprunter sur les marchés financiers. Ils émettent pour cela des titres financiers, des obligations. En face, des banques, des compagnies d'assurances, des fonds de pension, etc. Tous ces organismes qui achètent des obligations obéissent aux critères de Bâle pour gérer les risques. Par conséquent, ceux qui veulent emprunter sur les marchés financiers se font noter par des agences de notation. Ils peuvent emprunter sans se faire noter, mais, dans ce cas, ils seront classés comme des emprunts risqués. La notation détermine si un emprunt est risqué ou non. Les Etats aussi sont notés. Mais une banque peut acheter des obligations de son pays même si elles sont mal notées.

Nous avons donc un système qui favorise les emprunts d'Etat, et l'immobilier. Ce n'est donc pas un hasard si Paul Krugman appelait à une bulle immobilière. L'argent injecté dans l'économie par les banques centrales se retrouve dans les emprunts d'Etat et l'immobilier. On remarque également que les acteurs de la finances sont très contrôlés. Les critères de Bâle sont entrés en vigueur en 1988, et n'ont cessé d'évoluer depuis.

Les multiples sources de la politique économique.

Nous avons ici simplifié la politique économique en la décrivant comme obéissant aux principes keynésiens, à savoir que l'argent crée la croissance. La réalité est plus complexe. Nous avons vu que la macroéconomie justifiait tout aussi bien une politique keynésienne de dépenses, pour stimuler l'économie, que son contraire. La politique économique fait son marché entre ces théories.

Ainsi, pour justifier la politique de créations monétaire, c'est aussi Milton Friedman qui est invoqué. Milton Friedman est le chef de file du courant monétariste, anti-keynésien. Mais il a écrit une histoire de la monnaie aux USA avec Anna Schwartz, dans laquelle il est stipulé que la crise des années 1930 a été aggravée par le fait que la Fed, la banque centrale US, a diminué la masse monétaire. Il en a été conclu qu'il fallait augmenter la masse monétaire, c'est-à-dire injecter de l'argent dans l'économie, pour résoudre les crises. Cependant, telles ne sont pas les préconisations de Milton Friedman et du monétarisme. Il n'a jamais approuvé cette politique. La politique économique ne s'embarrasse pas de certains raccourcis.

Une autre illustration du mélange des théories économiques par la politique économique survient quand la théorie dominante ne donne pas les résultats escomptés. Ainsi, dans les années 1970, quand les recettes keynésienne n'ont pas permis de sortir de la crise (le Royaume Uni ayant été carrément sous assistance du FMI), il a été décrété qu'il y avait des crises keynésiennes, et des crises non keynésiennes, pour lesquelles la relance par la dépense ne fonctionnait pas. Sans que personne ne mentionne l'incohérence sur le plan théorique de cette affirmation.

Aujourd'hui, face à la crise, la théorie keynésienne de dépense est appliquée. Mais, après quelques années de crise, on commence à insister sur les réformes structurelles. En effet, les pays qui s'en sortent le mieux sont ceux qui ont une économie qui s'adapte, comme le Royaume Uni, l'Allemagne, les USA, ou ceux qui ont fait des réformes pour que leur économie soit réactive, comme l'Espagne. A contrario, la France stagne. Alors les préconisations de politique économique mettent l'accent sur les réformes structurelles, dans le sens de la macroéconomie classique, en accompagnement de la politique d'injection de monnaie. C'est là une juxtaposition de deux politiques différentes, sans rapport théorique entre elles. La politique économique fait son marché dans les théories économiques.

Voir les commentaires

Keynes et le triomphe de la macroéconomie.

2 Janvier 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Ceci est un nouveau chapitre de mon petit manuel d'économie. L'avènement du keynésianisme et de la macroéconomie.

 

Keynes

John Maynard Keynes est sans doute le plus célèbre des économistes en France. Et les plus néophytes en économie connaissent généralement de nom le keynésianisme. C'est d'ailleurs le seul courant en économie qui est désigné du nom d'un individu. Les puristes déclareront que ce qu'on appelle keynésianisme ne correspond pas à la pensée du maître. Cependant, nous nous en tiendrons ici à l'acception courante du terme.

 

C'est en 1936 que paraît l'ouvrage majeur de Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. Keynes se place dans le cadre de l'équilibre général. Il considère que l'économie peut connaître un équilibre de sous emploi. Dans ce cas, il faut soutenir l'économie par la dépense, et notamment l'investissement public. Selon Keynes, l'injection de monnaie dans l'économie a un effet multiplicateur. Par exemple, l'Etat décide d'investissements publics. Les entreprises voient augmenter la demande. Elles livrent plus de produits, doivent embaucher pour produire. Ce qui entraîne des dépenses de consommation. L'augmentation de la demande provoque des anticipations positives. C'est-à-dire que les entreprises investissent, anticipant une hausse de la demande, ce qui provoque une distribution d'argent, et donc des achats, qui provoquent des anticipations positives, et ainsi de suite. Un cercle vertueux s'enclenche. L'effet de la dépense de départ est multiplié. D'où le concept du multiplicateur keynésien.

 

Keynes place son raisonnement explicitement dans le contexte de la loi de Say. Il considère que cette loi empêche les économistes classiques et néoclassiques (Keynes englobe les deux courants dans le terme classique) d'envisager l'éventualité même d'une crise de sous-emploi. Keynes a une interprétation très particulière de la loi de Say. Selon lui, la loi de Say postule que l'offre crée sa propre demande. Or, comme le souligne Steven Kates, la loi de Say ne dit rien de tel. Elle constate que des produits et des services s'échangent contre des produits et des services. De même, Steven Kates1 montre que non seulement la loi de Say n'empêchait pas les classiques et les néoclassiques d'envisager une récession et le chômage, mais que c'était justement la loi de Say qui envisageait les fluctuations de la conjoncture. L'interprétation de la loi de Say par Keynes est donc totalement fallacieuse. Pourtant, comme le souligne également Steven Kates, cette interprétation s'impose. Même parmi les opposants au keynésianisme. Steven Kates n'apporte pas d'explication à cette évolution. Pour ma part, j'incriminerais la notion d'équilibre mathématique, à laquelle Keynes a été nourri à l'école de Cambridge. Mathématiquement, les dépenses d'investissement doivent se retrouver quelque part.

 

Keynes a donc imposé l'idée que la dépense créait la croissance. Sa démonstration est bancale. Cependant, cela n'a pas d'importance méthodologiquement, car ses hypothèses ont été mathématisées, avec l'avènement, ou plutôt le triomphe, de la macroéconomie.

 

Le triomphe de la macroéconomie

La théorie keynésienne a très vite été mathématisée, même si Keynes n'y était pas favorable. Cette mathématisation reprend des outils développés par les néoclassiques, comme les courbes d'offre et de demande. Mais son approche est totalement différente.

 

La macroéconomie ne mathématise pas le comportement de l'individu. Elle traite directement des grandeurs globales : l'offre globale, la demande globale, etc. Elle va étudier l'effet d'une hausse des dépenses publiques sur la demande globale par exemple. L'individu n'étant pris en considération qu'à travers les anticipations.

 

La macroéconomie reprend les thèses keynésiennes et des outils néoclassiques. C'est pourquoi on l'a appelée aussi économie de la synthèse. Synthèse keynésienne ou synthèse néoclassique, cela désigne la même chose.

 

Le raisonnement littéraire n'est plus du tout pris en compte. C'est la réalité qui doit valider la théorie, à travers les statistiques. Peu importe donc que le raisonnement de Keynes prenne autant de liberté avec la loi de Say. Nous sommes dans une approche mathématique : un travail à partir d'une hypothèse. C'est la confrontation avec le réalité qui doit valider l'hypothèse.

 

Même la majorité des non-keynésiens reprend l'approche macroéconomique. Il en est ainsi par exemple du monétarisme, dont un des chefs de file est le célèbre Milton Friedman. Ce courant reprend la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle la création monétaire est un facteur inflationniste, en la développant. Il est donc à l'opposé du keynésianisme. Mais l'approche est la même : la macroéconomie, validée par la réalité, et l'individu pris en compte à travers les anticipations. Les anticipations sont juste différentes. En cas de hausse de la dépense publique, c'est ici une hausse de l'inflation qui est anticipée.

 

La théorie économique a donc profondément changé depuis Adam Smith, cette évolution étant parachevée par le triomphe de la macroéconomie. Auparavant, le raisonnement était littéraire. Aujourd'hui, il est mathématique et statistique. Avec toujours les deux pôles, l'un considérant que la dépense permet de relancer l'économie, l'autre non. Et avec toutes les variantes entre ces deux pôles. Ainsi, face aux échecs des politiques de dépenses publiques durant à la crise des années 1970-80, on a pu dire que certaines crises sont des crises de la demande, nécessitant un soutient à la demande, et d'autres des crises de l'offre, nécessitant de soutenir le processus de l'offre.

 

Il n'y a plus de référence à la loi de Say, et à la notion d'échange. C'est une conséquence de la disparition du raisonnement littéraire. La loi de Say n'est évoquée que dans son interprétation keynésienne, même pour ceux qui la soutiennent. C'est-à-dire que les dépenses d'investissement des entrepreneurs sont diffusées dans l'économie, à travers les achats, et la distribution de salaires, et qu'elles soutiennent ainsi l'économie.

 

Le vocabulaire keynésien s'impose.

On remarquera à quel point le vocabulaire keynésien s'est imposé. Ainsi on distingue théorie de l'offre et de la demande, sans plus aucune mention de l'échange volontaire source de richesse. De même, les statistiques sont keynésiennes. Par exemple, les médias s'en font largement l'écho, on surveille les composantes de la demande : la consommation, les exportations.

 

L'idée d'anticipation positive s'est imposée également. Quand la croissance faiblit, on l'attribue à la morosité. Et on considère qu'il faut envoyer des signaux positifs pour relancer l'économie.

 

Enfin, quand on parle de relancer l'économie, ou d'une politique de croissance, c'est à la théorie keynésienne qu'il est fait référence : une relance de l'économie par la dépense publique. A contrario, une politique de l'offre, ou basée sur l'échange, qui impose des réforme structurelles, est appelée politique d'austérité. Ce qui est absurde : la politique de l'offre (si on reprend les termes keynésiens), est aussi une politique de relance. Les mots que nous entendons, que nous employons, qui nous sont assénés comme des vérités, sont ainsi connotés. Il faut s'en souvenir à chaque fois qu'il est question d'économie.

 

La microéconomie.

En même temps que la macroéconomie s'est développée la microéconomie. Au contraire de la macroéconomie, la microéconomie n'aborde pas l'économie de façon globale. Elle traite d'une multitude d'aspect de l'économie. Par exemple, elle étudie l'asymétrie de l'information dans un échange, une situation dans laquelle un des acteurs a plus d'informations que l'autre, ce qui le met en position favorable. Elle va étudier la capacité d'une entreprise à imposer ses prix au marché (dont les travaux du prix Nobel Jean Tirole). Elle va tester l'hypothèse d'efficience des marché financiers ( ce que fait le prix Nobel Eugène Fama). Elle va s'intéresser à la réglementation financière. Une multitude de sujets, utilisant essentiellement des méthodes statistiques, mais aussi d'autres, la théorie des jeux par exemple (qui modélise de façon mathématique des processus de décision), des théories comportementales, etc. La théorie néoclassique, comme elle part de l'individu, est aussi classée dans la microéconomie.

 

On a pu dire que macroéconomie et microéconomie formait un ensemble unifié, car utilisant toutes deux des méthodes mathématiques. Mais la microéconomie s'est tellement diversifiée, qu'on peut avoir une opinion contraire.

 

En conclusion de ce chapitre, on soulignera que l'économie est passée définitivement à la mathématisation, abandonnant le raisonnement littéraire. Le but est d'asseoir son caractère scientifique. Cependant, le débat est toujours le même : faut-il soutenir l'économie par la dépense ? De son côté, la microéconomie veut modéliser les détails de l'économie, avec la même scientificité, mais là aussi il y n'y a pas d'unanimité, mais toujours des débats.

 

1Say's law and the keynesian revolution

Voir les commentaires

Une nouvelle librairie libérale.

11 Novembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Le web est une mine pour qui veut s'instruire et se cultiver. Tous les livres que l'on pourrait souhaiter y sont disponibles. Néanmoins, il faut savoir quel titre on recherche. Faire découvrir des titres, des auteurs, des thématiques, c'est là le rôle du libraire.

 

En matière de libéralisme, il est difficile de trouver une librairie qui permette de faire des découvertes. Une fois encore, internet vient à la rescousse.

 

C'est ainsi que l'Institut Coppet a ouvert sa librairie... sur Amazon. Vous y trouverez des livres sur le libéralisme, sur l'école française, avec des textes contemporains, ainsi que d'autres historiques, de Jean-Baptistes Say, Frédéric Bastiat, Frédéric Passy par exelmple, qui permettent de découvrir les origines françaises du libéralisme, et la richesse de cette école française.

 

Parmi les livres à découvrir, citons celui d'Eugen Richter, Où mène le socialisme ? Journal d'un ouvrier. Ecrit en 1891, ce livre avait prévu ce que serait le socialisme, tel qu'il s'est révélé plus tard au sein des républiques socialistes, en URSS et ailleurs.

 

Ou encore Jacques Bohomme, l'éphémère journal de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari, avec des textes donc de Bastiat, Molinari et d'autres.

 

Citons aussi Rand Paul ou le réveil de l'Amérique, de Benoît Malbranque, ou encore Etat qu'as tu fait de notre monnaie, de Murray N. Rothbard. Et, bien sûr, le mensuel de l'Institut Coppet, Laissons Faire.

 

Il y a bien d'autre ouvrage à découvrir dans la librairie de l'Institut Coppet. Pour s'instruire et se cultiver.

 

Notons également que l'Institut Coppet a lancé la nouvelle version de son site, que je vous invite à découvrir, avec des ebooksà télécharger gratuitement.

 

Bonne lecture.

 

Voir les commentaires

Les néoclassiques: la première mathématisation de l'économie

26 Octobre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Les classiques envisageaient l'économie comme une science humaine. Les néoclassiques vont en faire une science mathématique. Il n'y aura pas ici d'équations, ni de graphiques. Il ne s'agit pas d'expliquer en long et en large la théorie néoclassique. Mais de décrire son approche, et son influence dans le débat économique.

 

Ce sont William Stanley Jevons, en 1871, et Léon Walras en 1874, indépendamment l'un de l'autre, qui ont mené cette première mathématisation de l'économie. Le premier à Cambridge, le second à Lausanne, d'où les appellations d'Ecole de Cambridge et d'Ecole de Lausanne pour désigner leurs successeurs. Pour l'école de Cambridge, la principale figure après Jevons fut Alfred Marshal, et pour celle de Lausanne Vilfredo Pareto. Cependant, le précurseur de l'approche mathématique, bien qu'il n'ait pas donné naissance à un courant en économie, est le mathématicien français Augustin Cournot, notamment dans ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, en 1838.

 

Comme cela a été vu précédemment, les néoclassiques ont établi que la valeur venait de l'échange. Mais ils ne sont pas les seuls, puisque Carl Menger et le courant autrichien l'ont également établi, et n'appliquent pas la mathématisation de l'économie. Ce qui caractérise les néoclassiques, c'est l'idée que l'économie est constituée de données chiffrées, de variables, est qu'elle est donc mathématisable. A contrario, par contraste, l'école autrichienne, issue du marginaliste Carl Menger, contemporain de Léon Walras et Willam Stanley Jevons, considérera que l'économie fait partie de l'étude de l'action humaine, du comportement donc.

 

Cependant, les néoclassiques ne créent pas une si grande rupture avec les classiques. En effet, ils partent toujours de l'individu. Ils déterminent le concept abstrait d'homo œconomicus, qui a pour objectif de maximiser son utilité, et cela sous contrainte. Ce qui signifie que chaque individu a des goûts et des préférences. Les néoclassiques tracent des courbes de préférences. Chaque individu cherche à maximiser son utilité, d'où une équation d'utilité à maximiser. Cette maximisation se fait sous contrainte de l'environnement, notamment des prix. Les prix étant déterminés par l'offre et la demande. Léon Walras parle d'un processus de tâtonnement pour déterminer les prix.

 

Le fait de partir de l'individu est appelé individualisme méthodologique. Le principe est de considérer la plus petite entité de la société. Cette méthode est opposée au holisme, qui consiste à étudier la société comme étant composée de groupes. L'individualisme méthodologique ne s'oppose pas au fait que les individus puissent être influencés de différentes manières, culturelles, sociales. L'école autrichienne, avec notamment Ludwig von Mises, applique également l'individualisme méthodologique (cependant, ce n'est pas universel dans cette école, et Friedrich August Hayek, de l'école autrichienne également, est parfois considéré comme n'appliquant pas cette méthode). Les adversaires des néoclassiques entretiennent quelque fois une confusion entre individualisme méthodologique et égoïsme. Les deux notions n'ont rien en commun. L'individualisme méthodologique est une méthode d'étude de la société, pas une recommandation de comportement.

 

Les néoclassiques sont aussi appelés utilitaristesdu fait de leur concept de maximisation de l'utilité.

 

Ce que les néoclassiques ont apporté à l'économie, outre le concept de valeur marginale, qu'ils partagent avec Carl Menger, ce sont des outils mathématiques. Des courbes d'offre et de demande par exemple. Des équations. C'est l'idée de la mathématisation de l'économie, et des outils qui vont avec.

 

Les néoclassiques ont également apporté l'idée d'équilibre. Equilibre, ou égalité stable entre plusieurs variables. Léon Walras a théorisé l'idée d'équilibre général. C'est un état dans lequel l'économie est stable, il n'y a pas de chômage, car l'offre est égale à la demande sur tous les marchés, et chaque individu maximise son utilité en fonction des contraintes. Chaque variation des contraintes, des variables, entraîne un ajustement du système économique qui le ramène à l'équilibre.

 

On parle aussi d'équilibre partiel, quand on veut étudier les effets d'une mesure économique sur un secteur. Par exemple, on va étudier les effets d'une hausse de la TVA sur la demande. Les effets du commerce extérieur. En considérant que rien ne change sur les autres marchés. Toutes choses égales par ailleurs, ou, en latin, ceteris paribus. Ce sont les expressions qui sont employées. La notion d'équilibre partielle venant plutôt de l'Ecole de Cambridge.

 

L'école néoclassique est parfois critiquée comme étant trop abstraite. C'est une critique non fondée selon moi. Car la mathématisation est volontairement abstraite. Les néoclassiques savent bien que l'individu n'est pas un homo œconomicus. Ce qu'ils veulent, c'est isoler et théoriser les aspects économiques de son comportement.

 

En résumé, les néoclassiques ont voulu mathématiser l'économie car celle-ci comporte des variables chiffrées. Mais ils considèrent toujours le comportement de l'individu. Ils ont développé des outils mathématiques, dont des courbes d'offre et de demande. Ainsi que le concept d'équilibre : équilibre entre l'offre et la demande, sur tous les marchés, de biens et services, du travail, etc.

Voir les commentaires

Tirole Prix Nobel

13 Octobre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, dit prix Nobel d'économie, a été décerné en 2014 à Jean Tirole. J'avais lu quelques papiers de ce chercheur sur web. Je n'imaginais pas qu'il puisse être nobélisable.

 

Tirole m'a paru être un économiste big brother, de ceux qui veulent contraindre les agents économiques, en leur imposant un comportement. Il est récompensé pour ses travaux sur la régulation. Mais j'ai plutôt trouvé qu'il était dirigiste, et non régulateur.

 

Il y aune différence entre dirigisme et régulation. Le dirigisme, c'est imposer un comportement aux agents économiques, les banques par exemple. La régulation, c'est établir des règles, qui permettent de limiter les excès, en créant une sorte d'effet de rappel, ou de cliquet.

 

Par exemple, le dirigisme peut précipiter l'économie dans une crise systémique, en imposant le même comportement aux banques. Et, en fait, c'est ce qui s'est produit (voir ici).

 

La crise financière provient en effet à la fois de ce qui est appelé régulation, et de la politique économique des USA, mais aussi de certains pays, comme l'Espagne ou la Grèce. L'idée de la "régulation" et de la politique économique est de stimuler l'économie par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit. C'est ainsi qu'après 2001, la Réserve Fédérale, a maintenu les taux d’intérêt bas, pour relancer l'économie. Le gouvernement US a encouragé l'accession à crédit à la propriété par les agences Fannie Mae et Freddy Mac. Il a également encouragé, ou imposé, le crédit aux ménages moins solvables par le Community Reinvestment Act. Tandis que les critères de Bâle, qui régulent les banques, ont encouragé les prêts immobiliers. Tous ces éléments ont conduit à la crise.

 

Il y a également une certaine schizophrénie chez les dirigistes. Aujourd'hui, ils critiquent les banques car elles ne prêtent pas assez au secteur productif, et de l'autre ils multiplient les contraintes à l'encontre des banques qui prêtent au secteur productif.

 

Pourtant, il est assez facile de réguler le secteur financier. Jesus Huerta de Soto, dans son livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, souligne que le dépôt dans une banque est un contrat. Les déposants pourraient donc choisir où leur argent est investi, ainsi que réclamer des garanties de leur banque. En clair, les "régulateurs" pourraient obliger les banques à avoir un contrat type de placement sans risque des dépôts, un contrat transparent, dont la liquidité serait garantie par un dépôt auprès de la banque centrale. Les banques qui ne respecteraient pas la réglementation verraient leurs dirigeants punis pénalement. Les banques pourraient par ailleurs accorder tous les crédits qu’elles voudraient, mais elles ne seraient plus protégées par une banque centrale en cas de faillite. C'est le principe de responsabilité, le meilleur régulateur.

 

Mais, ce schéma pose problème. Parce que le crédit esst considéré clmme l'alpha et l’oméga de la croissance. Et, surtout, car la régulation favorise l'endettement des Etats. En effet, selon les critères de Bâle, les obligations d'Etat sont sans risque.

 

La fondation Nobel vient donc de récompenser le courant économique responsable de la crise. Cependant, il faut reconnaître que le Nobel récompense indifféremment tous les courants en économie. La problématique est de savoir si l'économie va enfin adopter une démarche scientifique. C'est-à-dire mettre à l'épreuve ses hypothèses,et accepter de les changer si la réalité les contredit, comme c'est le cas aujourd'hui.

Voir les commentaires

Mauvaise nouvelle: le taux de pauvreté diminue!

22 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

L'actualité illustre malheureusement l'absurdité de ce qui est considéré comme le taux de pauvreté en France et en Europe. En effet, comme le montre l'INSEE, le taux de pauvreté a baissé en 2012 par rapport à 2011, mais c'est une mauvaise nouvelle. Car, en fait, les français sont plus pauvres !

 

Ce paradoxe est directement lié au concept choisi comme taux de pauvreté. Dans un premier temps, on calcule le revenu médian. C'est le revenu qui sépare en deux la population : 50% gagne plus, 50% gagne moins. Ensuite, on considère que ceux qui gagnent moins de 60% du revenu médian sont pauvres. Le taux de pauvreté est donc le pourcentage de personnes qui gagnent moins de 60% du revenu médian.

 

Avec une conséquence mécanique : quand le revenu médian diminue, et que par conséquent la population s'appauvrit, le taux de pauvreté diminue. Et, quand le revenu médian augmente, et que la population s'enrichit donc, le taux de pauvreté augmente. En 2012, le revenu médian a baissé, et donc le taux de pauvreté a diminué.

 

Pourquoi mesurer le taux de pauvreté de cette façon ? Il s'agit bien sûr plutôt d'un taux d'inégalité. Ce qui est mesuré, c'est l'inégalité des revenus. Le taux diminue si l'inégalité diminue, et inversement. Mais quel lien avec la pauvreté ? Même si on considère que la pauvreté vient de l'inégalité, la construction de ce taux de pauvreté est aberrante. Un égalitariste forcené ne considérerait quand même me pas qu'un taux de pauvreté qui diminue quand la pauvreté globale augmente est une bonne mesure ! Ou alors, nous sommes dans une situation où l'égalitarisme mène à l'aveuglement idéologique.

 

Aux USA, la pauvreté est mesurée différemment. On considère le prix de ce qui est nécessaire pour subsister. La mesure n'est sans doute pas parfaite, mais plus logique.

 

Le taux de pauvreté tel qu'il existe doit donc être abandonné, pour une mesure meilleure. En se basant sur les conditions de vie par exemple.

Voir les commentaires

Où va la politique monétaire?

20 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Où va la politique monétaire ? Quelle est sa logique ? Quel est le raisonnement de ceux qui la mènent ? La question se pose, tant elle apparaît déconnectée de la réalité, et incohérente.

 

Déconnexion de la réalité

Ainsi, tout le monde se félicite du nouveau programme de quantitative easing, c'est-à-dire d'injection de monnaie dans l'économie, décidé dernièrement par la BCE. Ce programme de création monétaire est censé relancer l'économie européenne. Cependant, au même moment, le bilan de la même politique, menée au Japon, s'avère être un échec. Curieusement, personne ne tient compte de cet échec. Alors même que le Japon est l'exemple contemporain de multiples politiques de dépenses publiques, de déficits, et de création monétaire, qui n'ont mené à rien. Mais cela ne fait pas la une de l'actualité.

 

Pour justifier la politique de création monétaire, les politiques de la Fed, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique, et de la Bank of England, sont mises en avant pour expliquer la reprise économique dans ces pays. Mais on oublie que la politique de la BCE est elle aussi très accommodante. Il y a peu de différences entre la BCE et la Fed et la Bank of England. La BCE avait d'ailleurs déjà lancé un grand programme de crédit aux banques européennes, comme elle veut le refaire aujourd'hui. Par contre, les économies qui connaissent une reprise sont celles qualifiées de plus flexibles. Elles se restructurent après une crise. De plus, c'est justement ce qui manque au Japon, la fameuse troisième flèche des abenomics : des réformes structurelles. Les faits montrent donc que la politique de création monétaire ne relance pas l'économie. Mais personne n'en tirent les conclusions qui s'imposent.

 

Incohérences

La politique monétaire fait aussi preuve d'une grande incohérence. Officiellement, il s'agit d'encourager le crédit aux entreprises. Sauf que, d'un autre côté, la réglementation monétaire fait tout pour rendre désavantageux pour les banques le crédit aux entreprises.

 

En effet, depuis 1988, les banques doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères décrètent ce qui est risqué ou pas pour les banques. Celles-ci ne sont donc pas libres dans leur activité. Si elles mènent une activité considérée comme risquée par les critères de Bâle, elles doivent respecter plus de contraintes, elles sont désavantagées. Les critères de Bâle favorisent l'investissement et le prêt aux entités publiques, et à l'immobilier. Et défavorisent l'investissement et le crédit aux entreprises ! L'instauration de ces critères a fait chuter la part du crédit aux entreprises (voir le graphique sur Contrepoints). Et ces critères viennent d'être durcis, pénalisant d'autant plus le crédit aux entreprises. D'un côté les autorités veulent donc encourager le crédit aux entreprises, de l'autre, elles le considèrent comme trop risqué !

 

Il n'y a ainsi aucune logique à la politique monétaire. Elle ne tient pas compte des retours d'expérience, et elle est incohérente.

Voir les commentaires

Chapitre 2: l'échange, source de la prospérité

15 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

A la suite d'Adam Smith s'est développé le courant économique dit classique. Puis, vers 1870, ont débuté les courants néoclassique et autrichien. Les néoclassiques se distinguent des classiques par la méthode. Ils sont à l'origine de la première mathématisation de la théorie économique. Mais tout en gardant des points communs avec les classiques, d'où le nom de courant néoclassique. Le courant autrichien, lui, continue d'étudier l'économie comme une science humaine, comme les classiques. Jorg Guido Hulsmann considère que le courant autrichien se place dans la continuité du courant classique tandis que Jesus Huerta de Soto insiste sur les différences entre les deux écoles.

 

Ces trois courants, malgré des différences théoriques et de méthodes, ont en commun de répondre de la même façon à la question de base : d'où provient la prospérité ? La réponse : l'échange, librement consenti.

 

Chacun des courants a ses théories, du capital, du travail, etc. Mais tout aboutit à l'échange. Des moyens sont mis en œuvre, du capital et du travail par exemple, pour produire quelque chose, produit ou service, qui a pour finalité d'être échangé. Et c'est ce qu'il faut retenir pour comprendre les débats en économie. A tel point que le courant autrichien nomme l'économie catallaxie, la science des échanges.

 

Mais, surtout, ce qui justifie de se focalier sur l'échange, et non de développer en long et en large les théorie de Smith et Ricardo par exemple, comme cela est fait la plupart du temps, c'est que c'est sur ce point que se concentreront les critiques et les débats en économie. Et, encore aujourd'hui. Ce qui montre bien que c'est là le point essentiel de ces trois courants. Plus précisément, les critiques porteront sur ce que les anglais nomment la loi de Say

 

 

 

La loi de Say.

 

Adam Smith a d'abord constaté que la division du travail permettait d'être plus efficace. Chacun se spécialisant dans ce qu'il sait le mieux faire. La spécialisation implique par ailleurs l'échange. Il a également constaté que quand on laissait les gens échanger, sans intervention de l'Etat, l'économie fonctionnait bien, comme si elle était dirigée par une main invisible. Cette expression est souvent répétée et mal comprise. Selon Corentin de Salle, dans le tome 2 de La Tradition de la Liberté, Smith ne l'emploi que très peu. Elle ne signifie pas qu'il n'y a pas de règles à respecter. Elle signifie qu'il faut laisser les gens produire et échanger.

 

Mais c'est ce que les britanniques ont nommé la loi de Say qui établit le rôle central de l'échange. Cette loi de Say tient son appellation du chapitre Des Débouchésdu Traité d'économie politiquede l'économiste français Jean-Baptiste Say.

 

Celui-ci a a écrit et réécrit son traité durant la première moitié du 19ème siècle. Dans le chapitre Des Débouchés, il a constaté que le produits s'échangeaient contre des produits. L'idée étant que ce n'est pas la monnaie qui est le moteur de l'économie. Quand ils font de mauvaises affaires, les marchands disent que l'argent manque. Or, Say souligne que ce qui manque, ce sont des produits à échanger. La monnaie n'est qu'un intermédiaire. Chacun produit, et met ses produits, ou ses services, car Say, précurseur, parlait aussi des services, sur le marché. L'abondance de produits offre des occasions d'échanges, chacun échangeant ce qu'il a produit contre ce dont il a besoin, ou ce qu'il désire tout simplement. Say en veut pour preuve que les endroits les plus prospères sont ceux où sont rassemblés le plus de producteur, comme les villes.

 

James Mill, à la même époque, écrit que les marchandises s'échangent contre des marchandises. Cette idée s'impose donc en économie que ce sont des produits qui s'échangent, par l'intermédiaire de la monnaie. Et que la monnaie n'est qu'un intermédiaire. Et, aussi, que stimuler l'économie par injection de monnaie n'est d'aucune utilité.

 

Cette idée ce sont des produits qui s'échangent prend le nom de loi de Say chez les économistes anglais au 19ème siècle. Même si Say n'a pas énoncé une loi, ses propos étant écrits dans le chapitres Des débouchés de son traité, d'où l'appellation française de loi des débouchés. En fait, ce qui est appelée loi de Say par les anglais résulte d'un débat sur la possibilité d'une surproduction générale, tout au long du 19ème siècle, en Angleterrre. La question était de savoir s'il était possible que se produise une surproduction généralisée. Et donc, s'il était nécessaire de stimuler les ventes. C'est l'idée que c'est l'échange qui crée l'activité qui s'est imposée.

 

Il est bien difficile, selon Steven Kates, auteur de l'ouvrage Say's law and the keynesian révolution, de distinguer les apports de Say et de Mill dans la loi de Say. L'appellation montre le prestige de l'économiste français. Ce débat montre aussi le rôle centrale de l'idée que l'échange est le moteur de l'économie.

 

Illustration de la loi de Say.

 

Nous sommes habitués à penser que l'activité provient de la monnaie. D'autre part, l'idée que les produits s'échangent contre des produits fait penser à du troc, ce qui paraît irréaliste. Voici donc un exemple que j'ai coutume de donner pour expliquer la loi de Say.

 

Pour schématiser le fonctionnement de l'économie, imaginons un échange entre trois personnages, A, B, et C. Le personnage A, madame Alphonsine, par exemple, rend un service au personnage B, madame Berthe. En échange, madame Berthe signe une déclaration de dette à madame Alphonsine : moi soussignée madame Berthe doit un service à madame Alphonsine.

 

Madame Alphonsine, qui a besoin d'un service, fait appel au personnage C, madame Colette. En échange, madame Alphonsine remet à madame Colette la reconnaissance de dette de madame Berthe. Nous sommes dans une communauté où tous se font confiance. Madame Alphonsine ne doit donc rien à madame Colette.

 

Enfin, madame Colette a besoin d'un service que peut lui rendre madame Berthe. Elle va donc voir celle-ci, qui lui rend ce service. En échange, madame Colette lui remet sa propre reconnaissance de dette. Reconnaissance de dette qui donc est annulée.

 

Il y na donc eu production, puisque trois services ont été réalisés. Il y a eu échange, il y a eu paiement. Au final, il n'y a pas de monnaie. Pourtant, la production est réelle : trois services. La monnaie n'est pas non plus à l'origine de la production.

 

Introduisons maintenant la monnaie. Tout le monde ne se connaît pas dans la communauté, qui est par ailleurs très nombreuse. Un organisme va certifier les reconnaissances de dette. Ainsi, madame Alphonsine va porter la reconnaissance de dette de madame Berthe à cet organisme. Elle reçoit en échange l'équivalent en... monnaie! Elle échange avec madame Colette cette monnaie contre un service. Madame Colette fait de même avec madame Berthe. Qui va ensuite rembourser sa dette à l'organisme de certification.

 

Ce processus n'est pas théorique. C'est l'escompte. Les comptoirs d'escompte ont compté parmi les premières grandes banques. Les entreprises venaient escompter les traites reçues de leurs clients, et recevaient en échange de la monnaie. Aujourd'hui existe l'affacturage : des sociétés rachètent des factures contre de la monnaie. La méthode de l'escompte s'est aussi simplifiée : une banque va accorder directement un crédit à une entreprise au vu de son volume de factures en attente d'être payées.

 

Nous voyons là le rôle de la monnaie crédit (par opposition à la monnaie marchandise, comme l'est par exemple une pièce d'or) : à la fois étalon de mesure de la valeur, et instrument d'échange. Et nous voyons aussi qu'au final, la monnaie disparaît, au terme de son parcours. C'est là ce que devrait vraiment être la monnaie crédit.

 

Le rôle de la monnaie

Si les produits s'échangent contre des produits, cela ne signifie pas que la monnaie est neutre. Pour les classiques, néoclassiques et autrichiens, la monnaie est avant tout un intermédiaire d'échange. Ils ne raisonnent pas en économie de troc. Ce qu'ils écrivent, c'est que ce n'est pas de la monnaie que vient la prospérité. Comme l'écrit Jean-Baptiste Say, ce n'est pas le manque de monnaie qui explique les mauvaises affaires du marchand. Mais la monnaie a quand même une influence sur l'économie. Plus précisément, i'excès de création monétaire perturbe l'économie.

 

C'est l'économiste classique David Ricardo, au 19ème siècle, a ainsi établi qu'une création monétaire excessive pouvait créer des crises économiques. Notons qu'avant les classiques, Richar Cantillon avait déjà étudié les effets de l'afflux d'or d'Amérique du Sud en Espagne.

 

Au début du 20ème siècle, Irving Fisher a finalisé la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle une augmentation de l'offre de monnaie sans augmentation de la production entraîne de l'inflation.

 

Il ne faut donc pas réduire les classiques, néoclassiques, et las autrichiens au troc. Ils ont conscience de l'effet de la monnaie. Ils observent que la création monétaire ne crée pas de l'activité, mais de l'inflation.

 

L'échange, source de la valeur.

 

C'est aussi de l'échange que vient la valeur. C'est ce qu'ont établi les pères du courant néoclassiques, Willam Stanley Jevons et Léon Walras, ainsi que celui du courant autrichien, Carl Menger. Ces trois personnages sont appelés les marginalistes, car ils ont défini la théorie marginale de la valeur. Chacun l'ayant théorisée indépendamment des autres,sans aucune relation entre eux avant la publication de leurs livres, ce qui fait d'eux les cofondateurs de la théorie marginale. Jevons et Menger ont publié chacun sa théorie marginale en 1871, Walras en 1874. Jevons et Walras ont mathématisé la théorie économique, indépendamment l'un de l'autre, mais s'appuyant l'un et l'autre sur les travaux d'Augustin Cournot. Ils ont donc débuté le courant néoclassique. Tandis que Carl Menger restait fidèle à l'approche de l'économie comme une science sociale, et que lui et ses successeurs sont considérés comme ayant fondé le courant autrichien en économie.

 

Au début du 18ème siècle, avant que Smith ne publie La Richesse des Nations, Les physiocrates français voyaient la source de la valeur dans l'agriculture. Ce qui était logique, puisqu'ils vivaient dans une société agricole. L'agriculture semblait créer quelque chose, puisqu'en semant des graines on récoltait une moisson. Puis, les classiques, dont Adam Smith, ont vu la valeur dans le travail. C'est l'économie de la valeur travail. La valeur d'un produit ou d'un service dépendant à la quantité de travail qui y est incorporée. Toujours logique, cette idée correspondant à la révolution industrielle.

 

Mais le concept de valeur travail n'était pas satisfaisant. Il n'expliquait pas les différences de valeur entre deux produits nécessitant la même quantité de travail. De même, il n'apportait pas de réponse au paradoxe de la valeur : pourquoi des produits vitaux, comme l'eau, sont-ils moins chers qu'un produit comme le diamant. C'est à ce paradoxe que vont répondre les marginalistes.

 

Selon les marginalistes, la valeur dépend de l'usage marginal du produit ou du service. Chaque individu classe les usages d'un produit. Ainsi, l'eau sert à la survie, à l'hygiène, à l'irrigation, et, éventuellement, pour le pistolet à eau du petit dernier. Si seul le premier usage, vital, peut être rempli, en raison d'une pénurie d'eau, alors celle-ci vaut cher. Si l'eau est tellement abondante que le dernier usage, le pistolet à eau du petit dernier, peut être rempli, alors l'eau est bon marché. C'est en fait l'usage marginal qui détermine la valeur d'un produit ou d'un service. D'où le terme de marginalisme.

 

Il y a des différences entre les marginalistes. Ainsi, pour Léon Walras, un prix de marché est défini par tâtonnement. Il y a comme un phénomène d'enchère, qui définit un prix de marché pour chaque produit ou service. Pour Carl Menger, chaque transaction peut avoir un prix différent, pour un même produit ou service. Car la valeur est purement subjective. Cependant, dans un cas comme dans l'autre, la valeur résulte de l'échange.

 

L'aboutissement de la théorie économique, avec les les néoclassiques, successeurs des classiques, et le courant autrichien, est donc que la valeur résulte de l'échange.

 

Par conséquent, la recommandation des classiques, des néoclassiques, et des autrichiens, est de laisser chacun entreprendre. Car la prospérité découle de l'échange. Chacun met en œuvre des moyens, pour produire, dans le but d'échanger. L'Etat ne peut pas savoir ce qui est utile, ni décréter une valeur pour les produits ou services, puisque c'est de l'échange que l'utilité et la valeur dépendent. Et les stimulations monétaires créent de l'inflation et des crises. La création monétaire n'est pas le moteur de l'économie.

 

 

 

Voir les commentaires
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>