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Mardi 4 juin 2013 2 04 /06 /Juin /2013 20:01

 

Dans le cadre des négociations sur un accord de libre-échange entre l'Union Européenne et les USA, la France milite pour que soit exclue la culture. L'idée étant de défendre la « diversité » culturelle, face au « rouleau compresseur » américain. Cette rhétorique est cependant totalement dénué de fondement. Les USA prédateurs de la culture française ? C'est pourtant ce pays qui a préservé la pensée économique française ! Frédéric Bastiat y est reconnu là-bas. De même que Jean-Baptiste Say. Une des tâches de l'Institut Coppet, qui a pour but de faire connaître l'école française d'économie, est la traduction de textes américains, car c'est ce pays qui a le plus étudié nos économistes.


Par ailleurs, qu'est-ce que la culture française ? Le christianisme, qui a façonné notre pays des siècles durant ? Voilà qui hérisserait plus d'un des tenants de l'exception culturelle ! Ce qui montre que chacun a son idée de la culture française. Une culture est vivante, et vit des apports des autres. Les tenants de l'exception culturelle ne veulent-ils pas en fait imposer leur idée de la culture française ? Ou leurs intérêts pécuniaires ?

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Humeur
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Mercredi 29 mai 2013 3 29 /05 /Mai /2013 21:50

 

Les cours d'économie enseignent que le monétarisme, à travers notamment sa grande figure Milton Friedman, fut un grand pourfendeur du keynésianisme. Il peut donc paraître curieux d'associer keynésianisme et monétarisme. Pourtant, la politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

 

Selon le keynésianisme, la demande est le moteur de l'économie. On devrait plutôt dire la dépense que la demande d'ailleurs. Car cette demande, ce sont des dépenses de consommation, ce qui nous vient spontanément à l'esprit, mais aussi les dépenses d'investissement. Le fait de dépenser fait augmenter les ventes des producteurs. Voyant leurs ventes augmenter, ceux-ci vont augmenter leurs prévisions de ventes pour la saison suivante. Et donc augmenter la production. Ce qui augmente le revenu, et donc la dépense. Mais pas dans les mêmes proportions : une partie du revenu est épargné. Par conséquent, l'Etat doit soutenir l'économie par la dépense publique, et celle-ci a un effet multiplicateur, engendrant de nouvelles dépenses, et donc la croissance et l'emploi.

 

Milton Friedman a remis en cause cette théorie de la demande. Selon lui, les agents économiques peuvent-être leurrés à court terme par la dépense publique, s'imaginant qu'ils auront plus de revenus à l'avenir. Mais, ils s'adaptent rapidement, considérant que cet effet est éphémère. C'est l'hypothèse des anticipations adaptatives. Les agents s'adaptent à la politique du gouvernement, en considérant que l'augmentation des revenus est temporaire. En considérant également que l'augmentation des revenus est effacée par l'inflation. D'autre part, Milton Friedman a développé le concept du revenu permanent, selon lequel l'agent économique adapte sa dépense à ses anticipations de revenus. Ce n'est donc pas ce qu'il gagne aujourd'hui qui détermine sa dépense, mais ce qu'il pense gagner sur une longue période. Ce qui annihile les effets d'une politique de relance. La dépense ne va que très peu augmenter, car les agents n'anticipent pas que la politique de dépenses durera.

 

Le monétarisme a également remis au goût du jour la théorie quantitative de la monnaie, théorisée notamment par Irving Fisher. Cette théorie considère qu'une augmentation de la masse monétaire, si la production n'augmente pas, engendre de l'inflation. En matière monétaire, Milton Friendman conseillait que la banque centrale augmente régulièrement mais légèrement la masse monétaire, de façon prévisible, mesurée par un indicateur ad hoc.

 

Cependant, ce n'est pas ce qui est retenu aujourd'hui du monétarisme. Selon Milton Friedman, la crise de 1929 a été empirée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale. Celle-ci a réduit la masse monétaire, ce qui a causé une aggravation de la crise, d'après Milton Friedman, et Anna Schwartz. En cas de crise, il faut donc que la banque centrale augmente la création monétaire.

 

Et c'est uniquement cela qui a été retenu du monétarisme. Ce qui a abouti à un pilotage de l'économie par la création monétaire. Quand l'économie donne des signes de fatigue, la banque centrale baisse ses taux pour la relancer.

 

La rhétorique mêle des arguments keynésiens au monétarisme. Que n'entend-on pas aujourd'hui qu'il faut soutenir le crédit pour relancer l'économie ! De même, avant la crise, le gouvernement américain et la Fed ont soutenu la croissance par le crédit. On parlait de « l'effet richesse ». Les prix élevés de l'immobilier permettaient aux américains propriétaires de s'endetter en prenant une hypothèque supplémentaire sur leur maison, ce qui soutenait la consommation et donc la croissance. On retrouve l'idée que la dépense crée la croissance.

 

La BCE n'a pas non plus respecté son mandat, qui est la stabilité monétaire. Elle a laissé avant la crise les taux à un niveau très bas, alors que la masse monétaire augmentait. L'augmentation de la masse monétaire est un précurseur de l'inflation. Si elle avait respecté son mandat, la BCE aurait ralenti la création monétaire. Mais elle ne l'a pas fait, car elle aurait été accusée de ralentir l'économie.

 

Ainsi, l'idée que la dépense crée la croissance est toujours la ligne directrice des politiques économiques. Elle est menée aujourd'hui à la fois par la dépense budgétaire, et par la création monétaire, réunissant le keynésianisme et le monétarisme.

Par Vladimir Vodarevski
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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 10:27

 

Selon la presse, François Hollande veut « sortir l'Europe de sa langueur ». On se demande dans quel dimension il vit pour proférer pareil propos. L'Europe n'a jamais été aussi active. Entre l'aide au pays en difficultés, et la réforme bancaire, elle n'a jamais évolué aussi rapidement.

 

Ce que veut Hollande, c'est que l'Union Européenne emprunte pour donner de l'argent à ses membres. C'est toujours l'idée d'une relance par l'endettement financée par l'Europe que veut le socialiste. Il se place ainsi dans la continuité de l'utilisation que font les politiciens français de l'Europe.

 

Quand il s'agit de voter un référendum, l'Europe est parée de tous les atouts. Ceux qui votent contre sont des europhobes. Car l'Europe doit permettre à la France d'imposer sa politique à tout le continent. Par contre, quand la France connaît des difficultés économiques, c'est la faute à l'Europe. Celle-ci libéralise les services, et tire les salaires vers le bas, où elle maintient un euro trop fort et pénalise les exportations françaises.

 

Aujourd'hui, Hollande refuse toute réforme en France et attend le salut de l'Europe. Pourtant, croire qu'un emprunt européen relancera par miracle l'économie est une totale absurdité.

 

En effet, pour emprunter, l'Union Européenne a deux solutions. Soit les Etats membres garantissent les emprunts. Ce qui fait que les emprunts dépendent de leur capacité à rembourser, finalement. C'est déjà ce qui existe aujourd'hui pour l'aide aux pays en difficultés. Et ne change rien pour la France.

 

Soit, l'Union Européenne instaure un nouvel impôt, sur les citoyens, les entreprises ou les nations, pour rembourser l'emprunt. Ce qui signifie des prélèvements supplémentaires sur la France. Et donc plus d'austérité. D'autant que la France est la deuxième économie de la zone euro. Elle supporterait une part importante d'un emprunt européen.

 

De plus, le taux d'intérêt d'un emprunt européen ne serait pas forcément très bas. Il dépendrait de la situation de l'Union dans son ensemble. Le taux pourrait dépendre du maillon le plus faible. Un problème en Espagne et le taux augmenterait. Finalement, la France devrait, indirectement, payer un taux plus élevé que pour ses propres emprunts.

 

Hollande considère sans doute que c'est l'Allemagne qui paiera. Mais l'Allemagne n'a pas une situation budgétaire si saine. Son endettement est important, du même ordre que celui de la France. D'autre part, l'Allemagne n'est pas assez grande pour financer l'Europe à elle seule. La France est la deuxième économie de la zone euro, l'Italie la troisième. L'Allemagne n'est pas à ce point puissante pour financer ces pays.

 

François Hollande propose donc un emprunt européen sans se soucier des modalités qu'il pourrait prendre. Dans la droite ligne de l'attitude des politiciens français vis-à-vis de l'Europe. Et se défausse sur l'Europe des problèmes de la France : si la France va mal, c'est la faute à l'Europe qui ne veut pas l'aider !

 

Et pourtant, la France a beaucoup profité de l'Union. Son agriculture s'est construite avec l'Europe. L'euro a maintenu des taux d'intérêt très bas pour les entreprises et les particuliers. L'euro a permis à la France d'emprunter à des taux très bas, et continue de lui permettre d'emprunter à des taux très bas. L'euro permet le déficit budgétaire, et la politique de relance que mène le pays. En effet, les établissements financiers de la zone euro ont des obligations d'investir en euro, et dans des titres d'Etat. La France, dans une Europe en crise, est un des pays les moins mal en point. Elle a une économie diversifiée. Son marché obligataire est large. Donc des capitaux affluent pour financer la France. Ils affluent d'autant plus que les difficultés d'autres pays réduisent le choix des gérants de fonds.

 

Malheureusement, la France n'a pas utilisé les facilités que lui offre l'Europe pour chercher à améliorer son économie. Elle en a profité pour ne rien faire. Et elle accuse l'Europe qui l'aide de l'obliger à des efforts, alors que l'Europe soulage les efforts que la France devrait faire sans elle. Ce faisant, elle crédibilise les extrémistes qui accusent eux aussi l'Europe.

 

L'Europe est une grande idée. Elle a permis la paix. Là est son plus grand apport. Auparavant, une crise comme celle d'aujourd'hui entraînait une guerre. Ce sont les leçons des guerres qui ont conduit à l'Europe. Malheureusement, les politiciens ne respectent rien. Ils sont prêts à gâcher une belle idée à leur intérêt personnel.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Crise et Relance
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 17:41

 

La France est en récession, c'est officiel, elle a aligné deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Modérons tout de suite le propos, pour ne pas tomber dans les excès des médias pourtant dits sérieux : la France est en stagnation, et ce n'est pas nouveau. La baisse du PIB au premier trimestre 2012 serait de 0,2% , après également une baisse de 0,2% fin 2012, selon l'INSEE. Le même institut qui calcule une croissance nulle en 2012. Le PIB est une mesure imprécise, tant elle agrège de chiffres divers et variés. L'INSEE commence par ailleurs toujours par donner une estimation, qui sera révisée par la suite. Par conséquent, titrer qu'un pays est en récession quand il est à -0,2% à la première estimation, ou en croissance quand il est à +0,2%, n'a pas grand sens.

 

Par contre, il est indéniable que le PIB stagne, depuis au moins un an. Le PIB de la France en 2012 dépasse à peine celui de 2007, d'après l'INSEE. Ce qui n'est pas conforme à la théorie économique suivie par le gouvernement français, ou, plutôt, les gouvernements français depuis 2008.

 

En effet, la France pratique une politique de dépenses publiques massives pour relancer l'économie. Le déficit budgétaire était de 2,7% en 2007, 3,3% en 2008, 7,5% en 2009, 7,1% en 2010, 5,3% en 2011, et 4,8% en 2012. La dépense publique est passée de 52,3% du PIB en 2007 à 56,6% du PIB en 2012, tandis que les recettes publiques totales, prélèvements obligatoires et hors prélèvements obligatoires, passaient de 49,9% à 51,8% du PIB.

 



Principaux agrégats de Finances Publiques en point de PIB

Intitulé

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Dépenses

53,6 %

53,0 %

52,6 %

53,3 %

56,8 %

56,6 %

55,9 %

56,6 %

Dépenses hors cotisations sociales imputées (1)

51,8 %

51,2 %

50,8 %

51,5 %

54,8 %

54,6 %

53,9 %

54,6 %

Recettes

50,6 %

50,6 %

49,9 %

49,9 %

49,2 %

49,5 %

50,6 %

51,8 %

Recettes hors cotisations sociales imputées (1)

48,8 %

48,8 %

48,1 %

48,1 %

47,3 %

47,5 %

48,6 %

49,8 %

Déficit au sens de Maastricht

- 2,9 %

- 2,3 %

- 2,7 %

- 3,3 %

- 7,5 %

- 7,1 %

- 5,3 %

- 4,8 %

Dette notifiée des administrations publiques (2)

66,8 %

64,1 %

64,2 %

68,2 %

79,2 %

82,4 %

85,8 %

90,2 %

Dette nette des administrations publiques (3)

60,6 %

59,6 %

59,6 %

62,3 %

72,0 %

76,0 %

78,7 %

82,4 %

Prélevements obligatoires (4)

43,8 %

44,1 %

43,4 %

43,2 %

42,1 %

42,5 %

43,7 %

45,0 %

dont au profit de l'Union Européenne

0,3 %

0,3 %

0,3 %

0,3 %

0,2 %

0,2 %

 

 

(1) Les dépenses/recettes hors cotisations sociales imputées peuvent permettre

d'obtenir une mesure plus comparable entre pays compte tenu du périmètre

variable des administrations publiques.

(2) Dette au sens de Maastricht.

(3) La dette nette des administrations publiques est définie comme la

différence entre la dette au sens de Mastricht et les actifs exigibles

(dépôts, crédits, titres de créance négociables) détenues par les

administrations publiques sur des agents privés.

(4) Hors cotisations sociales imputées.

Source : Comptes nationaux - Base 2005, Insee

 

L'augmentation du déficit provient de l'augmentation des dépenses. Selon la théorie de la dépense publique, ces niveaux de dépense publiques financées par le déficit devraient se traduire par une augmentation de la croissance. Et une baisse du chômage. Ce qui n'est pas le cas. Le PIB stagne, l'emploi diminue.

 

La dépense publique doit également permettre de soutenir le pouvoir d'achat. Or, celui-ci a diminué en 2012. Paradoxalement, une partie de cette baisse est imputable à la hausse des prélèvements obligatoires. Ce qui signifie que, malgré des niveaux de déficits inédits en temps de paix, les rentrées fiscales n'augmentent pas, contrairement à ce que stipule la théorie de la dépense publique. Il faut augmenter les prélèvements.

 

Le gouvernement coupe même dans des programmes sociaux. C'est ainsi que les allocations familiales vont être attribuées sous condition de revenus, et diminuées pour de nombreuses familles. C'est un abandon de la politique nataliste du pays. Les allocations ne sont plus un avantage octroyé aux couples qui font des enfants. Elles deviennent une aide sociale.

 

Enfin, la dépense publique est censée redonner la confiance à la population, ce qui entraîne un effet bénéfique sur l'économie. Or, là encore, personne ne conteste que la confiance n'est pas au rendez-vous. Une illustration en est donné par le débat sur l'exil entrepreneurial. Quel que soit les chiffres, que personne ne connaît, il est indéniable que la France apparaît de moins en moins comme un pays où entreprendre.

 

L'alternative aujourd'hui en matière de politique économique est soit une politique de dépense publique, soit une politique de réformes structurelles. La première consiste à augmenter la dépense publique, en considérant que l'économie est comme une pompe qu'il faut amorcer. Il suffit d'injecter de l'argent dans le circuit pour que tout reparte.

 

La seconde s'interroge sur la structure de l'économie : la pertinence du système fiscal, de la réglementation du travail, de la réglementation économique, de l'efficacité de la dépense publique. L'économie est considérée comme un système complexe, où, finalement, ce sont les gens qui créent de la richesse, de la croissance, et de l'emploi. Il faut donc créer des conditions favorables à ces gens.

 

En France, la balance penche en faveur de la politique de dépense publique. Elle est désignée comme une politique de relance. La politique de réforme structurelle est dénigrée. Elle est désignée comme une politique d'austérité. Il lui est reprochée de provoquer une baisse temporaire du PIB, un sacrilège quand le moindre dixième de pourcentage de ce dernier est scruté à la loupe. Il lui est reprochée de demander des efforts temporaires à la population. Elle préconiqe en effet de s'interroger sur la manière de dépenser l'argent public, et sur les mesures d'adaptation de l'économie, dont des mesures de flexibilité.

 

Les défenseurs d'une politique de réforme structurelle ne nient pas ces efforts. Ils sont nécessaires pour relancer l'économie, rétablir la confiance, et relancer l'entrepreneuriat et l'investissement.

 

Le paradoxe, en France, c'est que le pays connaît finalement l'austérité sans mener une politique de réformes structurelles. La population est confrontée à des efforts similaires. Aux réductions d'emplois, à des doutes sur la croissance, à des diminutions de programmes sociaux, à des gels de rémunération dans la fonction publiquess, des gels d'embauches.

 

On peut toujours dire que les efforts seraient plus grands avec une politique de réformes structurelles. On peut dire que la dépense publique atténue les difficultés sociales. Mais où mène-t-elle finalement, s'il s'agit uniquement de compenser les effets de la crise, sans mener des réformes pour sortir de la crise ? C'est là le principal problème. Personne ne nie que la dépense publique peut servir à aider les gens en difficultés. Mais, s'il n'y a pas de réformes, l'économie ne générera pas suffisamment de revenus pour maintenir le niveau de protection sociale.

 

L'échec de la politique de relance par la dépense publique devrait, au moins, inciter à mener une politique de réformes structurelles, et à ne considérer la dépense que comme un accompagnement, non comme un outil de relance, mais comme une aide sociale. Sachant par ailleurs que la dépense n'est pas neutre : il faut la rembourser, et si l'Etat emprunte trop, il peut y avoir un effet d'éviction à l'encontre des entrepreneurs. Il faudra donc faire des choix de dépenses publiques, pour ne pas entraver la relance que permettront les réformes structurelles par une dépense et des prélèvements excessifs. Mais, pour le moment, ce n'est pas la politique choisie par la France.

 

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Crise et Relance
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Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 22:52

 

Tout le monde parle d'économie. Tous les éditorialistes assènent leur vérité. Le citoyen lambda entend tout et son contraire, et, s'il cherche à se faire une opinion en dehors de toute idéologie, il est bien désorienté.

 

Pourquoi autant de divergences dans cette matière ? En fait, la méthode, et l'objet même de l'étude, sont sujets à débats. Et même en suivant une méthodologie identique, les économistes peuvent arriver à des conclusions opposées.

 

Cet article se propose de montrer sur quelles bases se sont construites les théories économiques. Ceci afin de mieux comprendre pourquoi il y a tant de débats. Et, aussi, de s'interroger : l'économie mérite-t-elle le qualificatif de science ?

 

L'approche choisie est historique. Voir comment se sont construites les théories est le meilleur moyen de comprendre leur fonctionnement. C'est ce qui finalement permettra de répondre à la question : qu'est-ce que l'économie ?

 

Adam Smith est considéré comme le père, ou au moins le précurseur, de la science économique. Même si cette question, comme toujours en économie, est discutée, notamment par Jesus Huerta De Soto, nous suivrons ici l'opinion dominante, par souci de simplification. Adam Smith est l'auteur de l'ouvrage intitulé Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publié en 1776, qui est donc largement considéré comme fondateur de la science économique. Adam Smith constate qu'une nation est plus prospère quand elle laisse ses citoyens suivre leurs propres intérêts. Et qu'il n'est nul besoin d'interventionnisme de la part de l'Etat (la fameuse "Main invisible", qui n'est en fait pas beaucoup citée par Smith selon Corentin de Salle). Recherchant la source de la valeur, Smith conclut que c'est le travail incorporé au produit. Ce qui est une évolution par rapport aux physiocrates français, qui considéraient que seule l'agriculture produisait. Mais ce concept de la valeur travail restait insatisfaisant, car il n'expliquait pas les différences de valeurs, indépendantes du travail.

 

Au grand dam des puristes et des connaisseurs en théorie économiques, nous passerons David Ricardoet irons directement aux marginalistes, qui constituent la rupture par rapport à la tradition héritée d'Adam Smith. Le marginalisme est découvert de manière indépendante par trois auteurs. William Stanley Jevons, en 1871, dans The theory of political economy. Léon Walras, dans Eléments d'économie politique pure, en 1874. Et Carl Menger, dans Principes d'économie politiqueen 1871.

 

Les marginalistes élaborent une nouvelle théorie de la valeur. Ce n'est plus la valeur travail. Pour Jevons et Walras, c'est la valeur utilité, pour Menger, la valeur subjective. Ces deux notions sont finalement très proches, même si, nous le verrons, elles n'ont pas conduit aux mêmes développements. Pour les marginalistes, rien n'a de valeur intrinsèque, ou valeur incorporée, aucun produit, aucun service. Il n'y a pas de valeur travail incorporée à un produit ou un service. La valeur est différente selon chacun. Chacun donne une valeur à un produit, ou un service. Pour Jevons et Walras, c'est en fonction de l'utilité. Une notion subjective selon chaque individu. Menger parle directement de subjectivité. Ce qu'on appellera le subjectivisme. C'est chaque individu qui détermine la valeur d'un produit ou d'un service. Celui-ci s'échangeant en fonction de l'offre et de la demande. C'est le principal point de la révolution marginaliste.

 

Cette révolution est qualifiée de marginaliste en raison de sa théorie de la fixation des prix. Selon ces auteurs, et bien qu'ils l'expriment de manières différentes, c'est l'utilité marginale qui fixe la valeur d'un produit ou d'un service. Par exemple, dans le désert, l'eau est rare. Donc, chaque unité d'eau est utilisée pour des besoins vitaux. Le prix de l'eau est donc très élevé. Par contre, dans un endroit où l'eau est abondante, les besoins vitaux seront servis en premier, puis des besoins moins importants, comme le nettoyage du lieu de vie, et ensuite des besoins sans grande importance, comme remplir le pistolet à eau du petit dernier. Le prix de l'eau correspondra à cette dernière utilité. Ce qu'on appelle l'utilité marginale, car c'est l'utilité de la dernière unité d'eau utilisée dans l'ordre d'importance (besoins vitaux, nettoyage, pistolet à eau). D'où le nom de marginalisme.

 

Le marginalisme marque également une rupture, et une division, dans la manière d'appréhender l'économie. Jusqu'alors, dans la lignée d'Adam Smith, l'économie était une science morale, qui suivait un raisonnement littéraire. William Jevons et Léon Walras la font entrer dans l'ère mathématique. Pour eux, l'économie traite de quantités : production, travail, offre, demande. Ce sont des chiffres. Donc, des mathématiques. Ils raisonnent en terme d'équilibre des données. Walras a ainsi créé le modèle d'équilibre général. L'adoption des mathématiques doit faire de l'économie une science dure, à l'égale de la physique.

 

A contrario, Carl Menger reste littéraire. Il est considéré comme le fondateur de ce qui sera appelé l'école autrichienne. C'est Ludwig Von Mises qui a développé les concepts de cette école. A travers le subjectivisme. Adam Smith a constaté que les nations se développaient mieux quand on laissait les gens suivre leurs intérêt. Ensuite, les marginalistes ont constaté que la valeur était subjective. L'école autrichienne en tire les conséquences. Elle considère que les individus sont libres de leurs objectifs. Selon Mises, l'économie s'inscrit dans le cadre de l'agir humain. Chacun agit en poursuivant ses propres buts. L'économie ne consiste pas à traiter des objectifs. Mais des règles d'organisation de la société qui permettent à chacun de suivre ses objectifs sans nuire à autrui. La méthode d'étude est dite axiomatico-déductive. On déduit des raisonnements à partir d'axiome. Par exemple, l'être humain agit. C'est un axiome.

 

L'opposition entre les autrichiens et les autres marginalistes, qui constituent l'école néoclassique, est souvent résumé au refus des mathématiques par les premiers. Mais ce refus des mathématiques n'est qu'une conséquence de la différence d'approche de l'économie. Les néoclassiques raisonnent en termes d'équilibre générale de quantités : quantité de travail, de produits, de consommation, etc. Les autrichiens raisonnent en termes de comportements humains : l'agir.

 

L'approche néoclassique a continué d'évoluer. Il y a eu la révolution keynésienne. John Maynard Keynes raisonnait lui aussi en termes d'équilibre général. Donc, en termes quantitatifs, comme les néoclassiques. Selon lui, l'équilibre, situation stable et durable de l'économie, pouvait être un équilibre de sous emploi. Selon Keynes, pour atteindre le plein emploi, il faut soutenir la demande. Quand la demande est soutenue, les producteurs investissent. Ils embauchent, et versent des salaires. Ce qui, à nouveau, soutient la demande. C'est le multiplicateur keynésien. (Sur la critique de l'argumentation keynésienne, voir l'article Keynésianisme et libéralisme, comparaison).

 

On remarque que Keynes s'inscrit dans le cadre de l'équilibre général, en faisant intervenir l'Etat cette fois-ci. L'équilibre de plein emploi ne pouvant être atteint sans soutient de la demande par l'Etat.

 

Les concepts keynésiens sont très vite mathématisés. Avec les néoclassiques, c'était la microéconomie qui était à l'honneur. Avec Keynes, c'est la macroéconomie, dans le sens où la mathématisation raisonne en termes d'agrégats : offre globale, demande globale, dépense publique, etc. La macroéconomie keynésienne étudie ce qui se passe si on augmente la dépense publique, par exemple. Elle a besoin pour cela de fondements microéconomiques. Par exemple, l'étude du salarié quand son revenu augmente : dans quelle mesure il dépense ou épargne le supplément de revenu.

 

Cette mathématisation du keynésianisme a été nommée la synthèse, car elle reprend les concepts keynésiens et la mathématisation néoclassique. Elle inaugure la nouvelle méthodologie de l'économie. Cette méthodologie se veut scientifique : on émet des hypothèses, qui sont ensuite vérifiées empiriquement, à partir d'études économétriques. Ou, on tire des hypothèse directement de l'observation statistique. Plus rien à voir avec Adam Smith, ni même les néoclassiques, qui se basaient sur la mathématisation de raisonnements littéraires. L'économétrie n'étant pas si développée à l'époque. William Stanley Jevons faisait par exemple explicitement référence à l'économiste français Jean-Baptiste Say.

 

Cette méthode empirique mène à des résultats opposés selon les écoles de pensées. Les keynésiens démontrent l'utilité indispensable du soutien à la demande. Leurs opposants, comme par exemple Milton Friedman, que l'intervention de l'état est inefficace. Ludwig Von Mises, de l'école autrichienne, qui elle n'adhère pas à cette méthodologie empirique, écrivait, en substance, que l'on pouvait toujours trouver une justification statistique à tout.

 

Nous avons donc une école dominante, qui est empirique. Elle valide ses hypothèses par des études économétriques. Cela concerne la macroéconomie, qui étudie les grands agrégats, comme la dépense publique, l'inflation, etc. Et la microéconomie, qui concerne aujourd'hui le comportement des acteurs de l'économie, comme les consommateurs, les entreprises (sur la signification du terme microéconomie, cf l'article Microéconomie et macroéconomie) Cette méthode empirique, basée sur des études économétriques, est utilisée par un large spectre d'économistes, des plus interventionnistes aux contempteurs de l'interventionnisme, qui, avec les mêmes méthodes, démontrent et démontent leurs théories.

 

A l'écart, se tient l'école autrichienne, qui est, il faut le reconnaître, marginale, qui est restée fidèle à une démonstration plus littéraire, et non mathématique. Elle n'étudie pas des quantités, mais l'agir humain.

 

C'est ainsi que l'on peut avoir tout et son contraire en économie. Par exemple, la théorie de l'asymétrie d'information, soutenue notamment par Joseph Stiglitz. Celle-ci met en cause le fonctionnement des marchés. Ceux-ci ne peuvent fonctionner que dans des conditions d'information parfaite. Or, l'information n'est pas parfaite, dans le sens où tous les acteurs ne disposent pas de la même information. Le vendeur d'une voiture d'occasion connaît ainsi mieux son état que l'acheteur. Le marché ne peut donc pas fonctionner correctement. Ce qui donc remet en cause l'efficacité des marchés.

 

Mais, faut-il l'intervention de l'etat ? Milton Friedman soutient, méthode empirique à l'appui, que le marché peut se tromper, mais l'Etat encore plus. De son côté, l'école autrichienne a toujours rejeté l'équilibre général, et a toujours raisonné en termes d'information imparfaite des acteurs. Ludwig Von Mises a ainsi démontré que l'Etat ne pouvait pas gérer l'économie, et que le communisme ne pouvait pas fonctionner, car il ne pouvait jamais disposer de toute l'information nécessaire. Et cela bien avant Stiglitz. Friedrich August Hayek, toujours de l'école autrichienne, a présenté une théorie d'élaboration des règles de conduite, qui tient compte de l'information imparfaite. Les règles adoptées sont celles qui se révèlent efficaces pour tout le monde à l'usage. Ce qui permet de compenser l'information imparfaite.

 

On peut ajouter l'école du choix public, que j'ai toujours du mal à situer, qui démontre que les politiciens suivent leur propre intérêt. Une régulation qui viendrait d'eux ne serait donc pas dans l'intérêt général.

 

L'économie n'est donc pas une science. Il n'y a pas de méthodologie reconnue qui mène au même résultat pour tout le monde. Il y a toujours un débat épistémologique sur ce qu'est l'économie. Au final, elle est une boîte à outil, dans laquelle puisent les politiciens pour justifier leurs programmes et leurs actes. Mais il s'agit là d'une autre histoire. Car il y a la théorie économique, et la politique économique, qui sera abordée dans un autre article.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Revue du web
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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 16:17

 

Les banques centrales sont considérées aujourd'hui comme un rempart contre la crise, et comme la clef de la reprise. L'action du président de la Fed, Ben Bernanke, est louée, comme ayant empêché la crise d'être plus grave. Nous entendons tellement parler des banques centrales que nous ne pouvons pas imaginer un monde où elles n'existeraient pas. Pourtant, la Réserve Fédérale, la banque centrale des USA, n'existe que depuis 1913. Elle fêtera son centenaire le 23 décembre 2013.

 

La Réserve Fédérale est censée apporter la stabilité monétaire et, par extension, la stabilité économique. L'opinion courante est de présenter la période qui précèdent la création de la Fed comme instable. Un article publié par l'Institut Coppet, Peut-on se passer de la Fed ?, par Thomas E. Woods, remet en cause ce postulat. Il compare les périodes avant et après la création de la Fed, et ne note pas d'action stabilisatrice de cette dernière.

 

Cet article est intéressant à plus d'un titre. D'abord, par sa documentation. Il cite à de nombreuses études et articles, qui sont autant de références pour à la fois étayer son propos et permettre au lecteur d'approfondir sa réflexion. Ensuite, par sa présentation des débats du 19ème siècle aux USA. Ceux-ci portaient sur le lien entre la création monétaire et les crises. Le fait qu'il n'y eût pas de banque centrale ne signifiait pas une absence de réglementation. Et la question était de savoir comment réglementer le secteur bancaire. L'article décrit bien les résultats de la réglementation, et montre que les débats portaient sur le lien entre la création monétaire et les crises.

 

Enfin, l'article indique que la manière de considérer la décennie des années 1870 a évolué. Cette décennie était désignée comme la longue dépression américaine. Or, il s'avère que la production et le niveau de vie ont en fait augmenté durant cette période. Les historiens avaient tiré de fausses conclusions de la baisse des prix, qui est, selon l'opinion courante, synonyme de récession. C'est ainsi que la déflation est aujourd'hui considérée comme une catastrophe, influencés que nous sommes, notamment, par les concepts keynésiens. Cet article rappelle que ce postulat n'est pas avéré.

 

Peut-on imaginer un monde sans banques centrales ? L'article Peut-on se passer de la Fed ?rappelle que le monde s'en est très bien passé, et que l'interventionnisme en matière monétaire amène des crises. Un article à lire donc, pour élargir la réflexion.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Revue du web
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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 09:53

 

     Le gouvernement français vient d'empêcher la création d'un géant français du numérique. Un géant mondial des contenus, qui aurait été basé en France. La situation semble absurde. Et pourtant c'est le cas. Et la décision est largement partagée par le personnel politique, comme Henri Gaino par exemple. Cette société qui aurait pu devenir un géant, c'est Dailymotion, bien sûr, dans lequel Yahoo voulait prendre une participation majoritaire. Cet épisode de la vie économique illustre l'aberration d'un nationalisme mal placé.

 

     Dailymotion a pour concurrent Youtube, propriété du géant Google. Google permet une présence mondiale, et des économies d'échelle en termes d'infrastructures. Yahoo est une société qui doit rattraper le retard qu'elle a pris sur Google. En particulier dans la vidéo, secteur valorisé par la publicité sur le web. Yahoo a les moyens de se développer dans ce secteur. C'est une société solide, qui a par ailleurs dégagé des moyens en vendant des participations dans des sociétés qu'elle avait accumulées au fil du temps. Yahoo est un acteur mondial. Il a les moyens de développer Dailymotion.

 

     Dailymotion aurait donc pu être le fer de lance du développement de Yahoo dans la vidéo, poussé par le géant américain, en particulier aux USA. Dailymotion est une société française, dont l'intérêt pour Yahoo est la marque, mais surtout le savoir-faire. On ne délocalise pas comme ça le savoir-faire. C'est dangereux. La France serait donc restée la base de Dailymotion. La société se serait développée à l'étranger, bien sûr. Les USA doivent devenir un centre important pour elle, qu'elle soit rachetée ou non, car c'est là le plus grand marché. Mais ce développement international aurait profité à la France. Qui sait, notre pays serait peut-être devenu une base de Yahoo, moyennant quelques changements dans sa fiscalité bien sûr.

 

     On peut évidemment penser que Yahoo est dépassé, et que ce n'est pas le bon partenaire pour Dailymotion. Je peux me tromper en décrivant l'alliance avec Yahoo comme une opportunité de développement. Ce serait une critique justifiée à ce projet. Mais ce n'est pas cette critique qui a été développée. Le projet industriel n'a pas été évoqué. C'est simplement le rachat d'une entreprise française par des américains qui a été présenté comme néfaste. Alors même qu'apparemment, Orange gardait une participation. Ce n'était pas une fusion. Ceci est vraiment absurde.

 

     Nos politiciens prétendent favoriser les projets industriels, le développement du pays. Il y avait là un projet. Il y avait même là une chance pour la diffusion du contenu francophone. La nationalité d'une société, ce n'est pas celle de ses capitaux. Combien de grands groupes français sont-ils majoritairement détenus ou contrôlés par des capitaux français ? Qu'est-ce qui détermine la nationalité d'un investisseur d'ailleurs, quand c'est une société de fonds qui a des filiales partout dans le monde, comme Colony par exemple ?

 

     D'autre part, les capitaux vont là où il y a des opportunités. Peugeot investit massivement des capitaux français en Chine, car c'est là que se joue sa survie. Le Royaume Uni n'a plus de constructeurs automobiles et pourtant sa production se développe, grâce à des capitaux étrangers. Yahoo voulait investir en France, sur un marché en développement. Imagine-t-on l'effet d'entraînement que cela aurait pu avoir ?

 

     Nos politiciens connaissent-ils si mal l'économie ? En fait, comme l'explique l'Ecole du Choix Public, ils n'agissent pas dans l'intérêt collectif, mais dans leur propre intérêt. Il est facile de se donner l'image de défenseur d'une entreprise française face aux méchants américains qui veulent piller notre pays. A court terme, électoralement, ça rapporte. Après, on trouvera autre chose. Et ainsi de suite. Alors même que par ailleurs la politique économique et fiscale handicape les start-up française.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : éco actu
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Lundi 22 avril 2013 1 22 /04 /Avr /2013 15:27

 

    Après le mouvement des pigeons, et face à la grogne du monde de l'entreprise, le gouvernement a lancé les Assises de l'entrepreneuriat, dont sont sorties en avril 44 propositions. C'est là un inventaire à la Prévert, comme ce qui sort généralement de ces grandes opérations médiatiques, avec des thèmes comme « Mobiliser les talents », « valoriser l'entrepreneuriat responsable », etc. Refaisons ici l'exercice et réfléchissons à ce qui pourrait favoriser l'entrepreneuriat en France.

 

    Tout d'abord, commençons par l'essentiel : favoriser l'entrepreneuriat nécessite de favoriser l'entreprise, tout simplement. Il n'y a pas, d'un côté, les entreprises existantes, et les créateurs d'entreprises. Favoriser l'entrepreneuriat signifie donc de considérer que les entreprises sont importantes pour la société, et qu'elles doivent bénéficier d'un cadre favorable. En France, cela signifie diminuer la réglementation qui pèse sur elles, y compris dans le domaine du droit du travail. Exemple pourrait être pris sur l'Allemagne dans ce domaine, qui n'est pas une référence anti-sociale, au contraire. Cela signifie favoriser les bénéfices des entreprises, car une entreprise qui fait des bénéfices peut se développer.

 

     Or, en France, les entreprises sont considérées comme un mal nécessaire, et comme une vache à lait pour financer le social. Une phrase des 44 propositions des assises de l'entrepreneuriat est typique de cet état d'esprit : «  - créer les conditions sociales permettant la flexibilité et le partage de valeur ajoutée ». Tout y est : « social » et « partage de la valeur ajoutée ». Alors que le problème des entreprises françaises est que leur marge est insuffisante.

 

    Ensuite, favoriser l'entrepreneuriat, c'est laisser de la liberté aux entrepreneurs, ne pas chercher à les orienter vers un secteur particulier. En effet, il faut laisser libre cours à la créativité, car nul se sait ce qui marchera finalement. Ou, si on veut vraiment favoriser un secteur, en choisir un qui a le vent en poupe, compte tenu des atouts du pays, comme le tourisme et tout ce qui peut graviter autour en France. Mais il s'agirait là plus d'une politique sectorielle que d'une politique en faveur de l'entrepreneuriat en général.

 

    Or, les 44 propositions veulent favoriser « l'économie sociale » :

 

5/ Promouvoir et valoriser l'entrepreneuriat responsable

- Développer et diversifier les sources de financement pour les entreprises sociales (création d'un fonds spécifique de financement de l'innovation sociale; adaptation des outils de la BPI pour le financement d'entreprises sociales...)

-Lancer une mission associant une personnalité issue de l'entreprise et une personnalité du monde associatif afin de de proposer des solutions visant à lever les obstacles au développement d'initiatives hybrides associant un projet d'entreprise et la réponse à un besoin social.

-Structurer une offre adaptée d'accompagnement à la création et au développement d'entreprises sociales.

 

    Nous sommes là à l'opposé de l'entrepreneuriat. Le principe de l'entrepreneuriat est de laisser libre court à l'imagination des citoyens. Le principe est de laisser les idées les plus folles s'exprimer, car on ne sait pas d'où peuvent venir les idées qui boosteront la croissance. Ce n'est pas d'instituer un carcan.

 

    D'autre part, qu'est-ce que l'économie sociale ? Facebook, le réseau social par excellence, entre-t-il dans la définition ? Et Free, qui offre un abonnement mobile pour 2€ par mois ? Qui décide de ce qui est social ou non ? Cela ne devrait-il pas être le citoyen, en adhérant à un nouveau service ? En décidant de favoriser un concept aussi flou que l'économie sociale, c'est en le fait du prince qui est favorisé, le prince décidant de ce qui est juste ou non, selon son idéologie. Nous sommes à des années lumières de l'entrepreneuriat, qui consiste à favoriser à la fois l'initiative individuelle, et de laisser le choix à la population, qui, en quelque sorte, vote en adhérant ou non à la nouvelle offre proposée.

 

    Pour favoriser l'entrepreneuriat, il faut laisser un maximum d'argent aux citoyens. Et aux riches également. Le problème récurrent de l'entrepreneuriat est le financement. D'où vient le financement ? Il s'agit de l'épargne de la personne, ou des personnes, qui fondent une entreprise. Des relations peuvent les aider, ainsi que des business angels. Il s'agit donc d'un côté de l'épargne qu'ont pu accumuler les fondateurs, de l'autre de l'épargne d'autres personnes, qui sont prêtes à l'investir dans un projet très risqué. Le crédit n'intervient pas à ce stade. Sauf en cas de rachat d'entreprise, de commerce, s'il y a de quoi garantir le crédit, au niveau de l'entreprise elle même. Ou sauf si les fondateurs ont suffisamment de biens pour garantir le crédit. Les banques sont prudentes, et heureusement, car elles détiennent notre argent, ne l'oublions pas.

 

    Il faut donc que les fondateurs d'une entreprise aient pu épargner, et donc qu'ils n'aient pas été trop imposés. Il faut donc que d'autres personnes aient de l'argent en surplus qu'elles peuvent se permettre d'investir presque à perte, avec un espoir minime de retour. Aux USA, ces business angels peuvent être ceux qui ont fait fortune avec une start up.

 

    La dépense publique doit ainsi être limitée pour laisser suffisamment d'argent à l'investissement. Il ne faut pas matraquer fiscalement les plus riches car ce sont eux qui ont les moyens d'investir dans des entreprises risquées, et non le détenteur d'un livret A, qui recherche avant tout la sécurité. U organisme public ne peut pas non plus être aussi efficace que les multiples initiatives d'une multitude d'investisseurs. Rappelons qu'on ne sait pas ce qui marchera. Il vaut donc mieux favoriser la multiplication des initiatives, plutôt que de laisser l'initiative à un ou plusieurs organismes privés, qui raisonneront en fonction de leurs propres préjugés, et donc limiteront les domaine d'investissement et les idées.

 

      Notons qu'il faut aussi favoriser fiscalement les revenus du capital, pour encourager le risque. Et ce sans conditions, comme la durée de détention d'action, car il faut laisser toutes possibilités de fusion, de rachat, aux jeunes entreprises. Nul ne peut prévoir ce qu'il va se passer au début de l'aventure entrepreneuriale. Notons également qu'une fiscalité qui favoriserait les bénéfices réinvestis n'est pas pertinente. Il faut au contraire que les bénéfices soient redistribués aux actionnaires pour multiplier les possibilités de financement de nouvelles entreprises.

 

     Favoriser l'entrepreneuriat, c'est aussi, non seulement accepter, mais également féliciter la réussite. C'est considérer que les entrepreneurs qui réussissent ont rendu service à la société. Que, par conséquent, ils peuvent faire ce qu'ils veulent de leur argent, par exemple, le transmettre à leurs héritiers. Si nous avions travaillé dur pour créer quelque chose, que penserions nous si plus de la moitié de nos gains passaient dans les mains de l'Etat ? Ne pas bénéficier du fruit de son travail, de la majorité du fruit de son travail, alors qu'on a créé des emplois, généré des revenus sociaux et fiscaux, à travers les cotisations sociales, l'impôt sur le revenu, sur les sociétés, et la TVA, est-ce que c'est juste ? Par conséquent, favoriser l'entrepreneuriat nécessite de considérer que celui qui réussit le mérite et rend service à la société, et à le droit de léguer sa fortune à ses héritiers, en étant imposé raisonnablement, c'est-à-dire, à tout le moins, largement moins que la moitié de ce qu'il à gagné (en considérant la TVA, et les cotisations sociales obligatoires).

 

     Ajoutons que favoriser l'entrepreneuriat est contraire aux politiques keynésiennes de relance par la dépense. L'entrepreneuriat suppose de favoriser l'épargne qui peut ensuite être investi dans l'entrepreneuriat. C'est également le contraire d'une politique monétaire accommodante pour favoriser le crédit. Ce n'est pas le crédit qui favorise la création de nouvelles entreprises. Enfin, l'entrepreneuriat, c'est un état d'esprit, qui favorise la maîtrise de son destin. Entreprendre, c'est aussi choisir une formation, pour faire carrière dans un domaine, pour son plaisir, par calcul. L'entrepreneuriat signifie encourager chacun à prendre en main sa vie, à être responsable de ses choix, de ses actes. Ce n'est pas seulement créer une entreprise. Être une référence dans son domaine de compétence, parce qu'on l'a voulu, qu'on a tout fait pour, qu'on a mis en œuvre une stratégie pour, c'est de l'entrepreneuriat. Nous sommes là à des années lumières de l'idée d'avoir un diplôme, pour avoir un poste, qui nous mènera tranquillement vers la retraite, dans une entreprise destinée à pourvoir ou à financer tous nos besoins. L'entrepreneuriat, c'est le développement humain, le contraire du socialisme.

 

     En conclusion, favoriser l'entrepreneuriat, ce n'est pas un inventaire de quelques mesurettes. C'est une politique, un choix de mettre l'humain en avant, de considérer que c'est chacun d'entre nous qui construisons l'économie, qui construisons le monde, et qu'il faut encourager ce mouvement pour le bien de la société dans son ensemble.

 

 

Par Vladimir Vodarevski
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Jeudi 18 avril 2013 4 18 /04 /Avr /2013 18:13

 

     Le quotidien Les Echos présentait dans son édition du 17 avril 2013 une comparaison des actions de la Fed et de la BCE. La Fed est présentée comme étant plus efficace, car la croissance est repartie aux USA, tandis que la zone euro stagne. Pour faire bonne mesure, ce dossier dénonçait également les risques de ces politiques basées sur la création de monnaie, tant par la Fed que par la BCE. La création monétaire a provoqué une ruée sur différents actifs financiers, comme les obligations, les matières premières, les devises (le real brésilien par exemple). Ce qui fait craindre la formation de bulles financières, qui causeront des crises en se dégonflant.

 

     Cependant, ce dossier n'explique pas en quoi la politique de la Fed serait plus efficace que celle de la BCE, et serait la responsable de la croissance aux USA. La principale différence entre les banques centrales réside dans le fait que la Fed intervient plus directement sur les marchés financiers. Elle rachète directement des titres d'Etat, des titres hypothécaires. La politique de la BCE consiste plus à prêter des liquidités aux banques. Notons que les banques apportent en échange des titres, comme des titres d'Etat par exemple. Ce qui réduit un peu la différence.

 

    L'explication des différences entre les deux politiques tient aux différences entre les modes de financement des entreprises de part et d'autre de l'Atlantique. L'économie des USA se finance plus sur les marchés financiers. La stratégie de la Fed est donc de faire baisser les taux sur ces marchés. En achetant des obligations d'Etat, elle fait baisser les taux des obligations, entraînant les taux des obligations privées. En rachetant des titres hypothécaires, elle fait baisser les taux de ces titres, encourageant les prêts hypothécaires (et les restructurations de crédits hypothécaires).

 

     En Europe, l'économie est plus financée par les banques. Logiquement, la BCE fournit à ces dernières des liquidités, pour, toujours, éviter que les taux de crédits n'augmentent, et pour éviter un crédit crunch, c'est-à-dire une pénurie de crédit.

 

     Les politiques des deux banques centrales semblent avoir les mêmes effets. Des deux côtés de l'Atlantique, les taux d'intérêt, de crédit ou de financement obligataire sont très bas. En Europe, le financement par les marchés financiers est en croissance, profitant de taux bas. Par exemple, le groupe Auchan, qui ne passe pas pour aimer s'endetter, a effectué un emprunt obligataire pour se financer. Des deux côtés de l'Atlantique, les entreprises sont attentives à leur trésorerie, et quand elles en ont, en gardent une bonne partie plutôt que d'investir.

 

     Il est donc difficile d'expliquer la croissance économique des USA par les différences entre les politiques de la Fed et de la BCE. Les objectifs des deux banques sont largement les mêmes, les moyens diffèrent car les économies sont différentes.

 

      Il faut donc regarder les autres différences entre la zone euro et les USA pour expliquer la croissance. Serait-ce la plus forte flexibilité de l'économie ? Les entreprises peuvent se restructurer plus rapidement, les salaires baisser, tandis que dans le même temps la productivité par tête augmente. Serait-ce le marché financier, plus développé, qui finance plus facilement de nouvelles entreprises ? Serait-ce les impôts sur les plus values, plus faibles qu'en France, même s'ils ont été augmentés début 2013, qui expliquent l'investissement dans de nouvelles entreprises ? Serait-ce le gaz de schiste, qui crée des emplois pour son exploitation, et permet un développement industriel grâce à la baisse des coûts de l'énergie qu'il induit ?

 

    Mais ce sont là des sujets autrement plus polémiques que de disserter sur les politiques des banques centrales !

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Crise et Relance
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Vendredi 29 mars 2013 5 29 /03 /Mars /2013 22:00

 

La politique qualifiée "d'austérité"est accusée aujourd'hui de favoriser la montée des populismes en Europe. François Hollande lui même a déclaré, selon la presse :

 

« Aujourd’hui, prolonger l’austérité, c’est le risque de ne pas aboutir à réduire les déficits et la certitude d’avoir des gouvernements impopulaires dont les populistes feront une bouchée le moment venu » (Ouest France)

 

C'est de même "l'austérité"qui a été accusée du résultat des élections en Italie, aujourd'hui en situation de blocage.

 

La lutte contre le populisme pour défendre les politiques de dépenses publiques et de création monétaire, tel est le nouveau leitmotiv. Alors même que ce sont justement les discours de lutte contre l'austérité qui reprennent la rhétorique populiste.

 

D'abord, le fait de qualifier "d'austérité"toute politique qui demande des efforts, et de relance une politique de dépenses publiques et de création monétaire, sans qu'aucun effort ne soit évoqué. N'est-ce pas la marque du populisme de présenter des politiques miracle, sans effort pour la majorité de la population ?

 

Ensuite, la désignation de boucs émissaires caractérise le discours de la relance. C'est l'Europe, bien entendu, qui aurait le pouvoir de faire des miracles, mais qui impose, par plaisir, des efforts aux populations. Alors même que l'Europe apporte une aide précieuse, qui atténue les efforts. Jamais n'est mise en cause la politique menée par les pays, comme la folie immobilière financée par les caisses d''épargne régionales espagnoles, organismes sans but lucratif contrôlés par les potentats locaux, ou les maquillages des comptes grecs, ou les déficits excessifs en période de croissance. Le pompier, qui intervient en urgence, est accusé du mal.

 

Le bouc émissaire désigné est aussi la finance, internationale de préférence, un classique du populisme. Oubliées les politiques de crédit et de bulles organisées par les USA. Alors même que la crise s'est déclenchée sur le secteur le plus contrôlé et le plus manipulé de l'économie, le crédit et la politique monétaire, les autorités étatiques et monétaire sont innocentées, tandis que la finance est accusée. (Voir sur ce sujet les articles La politique économique avant et après la crise, Les véritables objectifs de la régulation financière, et Crise, mensonges et oublis.)

 

Il n'y a pas de populisme sans dénonciation de l'étranger. En France, la Corée a été accusée des maux de notre industrie automobile, au moment même où ce pays développe sa production en Europe, et ouvre ses frontières à l'automobile européenne. La pénétration des voitures européennes y progresse d'ailleurs. La Chine est également critiquée, alors que ses touristes soutiennent le tourisme hexagonal. L'Allemagne, est accusée de ne pas soutenir les pays en difficultés, alors que c'est bien grâce à sa crédibilité que les mécanismes d'aide européens peuvent exister.

 

Cette rhétorique est débitée continuellement dans les médias, par des gens dits "sérieux"et "modérés". Comment s'étonner alors que, quand des populistes proposent des solutions de facilité, accusent l'Europe et l'étranger de tous les maux, et qu'ils promettent de passer aux actes, accusant les partis traditionnels de frilosité, ils soient pris au sérieux et s'attirent les votes des citoyens ? Qui soutient leurs discours ?

 

Cette rhétorique illustre le problème de la politique aujourd'hui. Nous considérons que l'Etat doit avoir tous les pouvoirs. Et nous confions notre destinée aux politiciens. Ne sommes nous pas un peu naïf de croire qu'ils veulent notre bien ? L'école des choix publics enseigne que les politiciens suivent leur propre intérêt. Ce qui rejoint ce que disait Ludwig von Mises également. Pour se faire élire et réélire, ils recherchent des boucs émissaires pour les crises, et promettent des solutions de facilité. Ils reprennent ainsi la rhétorique populiste, tellement efficace en ce domaine. Gerhard Schroder, le chancelier allemand qui a lancé la rénovation de l'Allemagne, aurait déclaré que pour lancer un tel plan, il ne fallait pas penser à se faire réélire.

 

Les libéraux et les libertariens n'ont pas cette vision angélique des politiciens. C'est pourquoi ils prônent une limitation de leur pouvoir, ou même, pour les libertariens, la disparition de l'Etat. Car les politiciens ne peuvent pas, selon les libéraux, faire les miracles qu'ils promettent.

 

 

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Crise et Relance
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