Analyse Libérale

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Le Brexit a gagné, le continent est isolé.

25 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le Royaume Uni a choisi le brexit. Ce qui augure des temps difficiles pour l'Europe. Les politiciens européens avaient dressé un tableau noir des conséquences du brexit pour le Royaume Uni. Parce qu"ils craignaient surtout les conséquences sur l'Europe. Aujourd'hui, c'est l'Europe qui est ébranlée, plus que le Royaume Uni. Car c'est son existence qui est mise en doute. Car c'est son inéluctabilité, qu'on nous ressassait, qui est remise en cause.

Pour survivre, l'Europe doit se remettre en question. Et analyser froidement les raisons des tendances séparatistes à l'intérieur des pays membres.

La centralisation européenne.

J'avais voté oui à Maastricht, car ce traité comportait le principe de subsidiarité. Mais les dirigeants européens bafouent continuellement ce principe et sont lancés dans une course à la réglementation, dans des domaines qui ne relèvent pas de la politique commune. Sur Contrepoints, Vincent Benard décrit ainsi les tribulations ridicules de la réglementation sur... la taille du paquet de spaghetti ! Louis Rouanet, sur le site du Mises Institute, décrit lui toutes les réglementations sur... les couettes et les oreillers !

Un pays de l'UE ne peut même pas changer un taux de TVA sans l'aval de Bruxelles, comme la France l'a expérimenté concernant les taux de TVA dans la restauration, ou encore le livre électronique. Fiscalement, les pays membres de l'UE ont finalement moins de latitude que les états membres des USA.

Si elle veut survivre, l'Europe doit appliquer le principe de subsidiarité. En laissant la liberté fiscale, et économique aux Etats membres. Avec bien sûr en contrepartie la possibilité pour un Etat de faire faillite. Ce serait le meilleur des gardes fous aux dérives des Etats, sans que les populations n'accusent l'Europe de leurs déboires. Et l'Europe pourra se concentrer sur l'Union douanière, et peut-être enfin sur ses frontières, dont on s'aperçoit avec la crise des migrants que la gestion est assez peu coordonnée.

L'Europe sans les peuples.

L'Europe doit reconnaître qu'elle est devenue un Leviathan technocratique, qui veut décider de la vie des gens malgré eux. Qui considère que les européens doivent être guidés, même contre leur propre avis. La rupture a été consommée par le référendum sur la constitution européenne. Ecartant l'avis des européens qui l'avaient refusée, les technocrates européens ont mis en œuvre le traité de Lisbonne, prenant bien soin cette fois de ne pas consulter les européens. Comment s'étonner de la réaction de ces derniers ?

De même, les peuples auraient-ils voté pour l'élargissement rapide à l'Est de l'Europe, dont les conséquences, en matière de migrations, mais aussi d'accusation de dumping social, causent aujourd'hui des protestations ? Là encore, on s'est bien gardé de les consulter. Il faut dire que la raison de cet élargissement n'était peut-être pas tant l'idéal européen, qu'une attitude défensive face à la Russie après la guerre froide. Un calcul géostratégique, qui a échoué avec l'Ukraine, et qui a occulté les débats nécessaires sur l'intégration de pays qui n'étaient pas forcément prêts. Intégration dont les conséquences suscite donc des protestations aujourd'hui.

Le populisme démocratique.

L'Europe est aussi victime du populisme de ceux là mêmes qui prétendent la promouvoir. On nous survend l'Europe en nous promettant des lendemains chantants, où tout effort serait aboli. Quand des réformes dites "difficiles" sont faites, on nous dit alors que c'est l'Europe qui les réclame. Quand la crise arrive, on réclame de l'Europe une aide. L'Europe, notamment en France, est présentée comme un super état, doté de super pouvoirs, qui pourrait nous amener la prospérité sans effort, et qui pourtant nous la refuse. Et ce sont les partis dits "républicains" qui utilisent cette rhétorique. Comment s'étonner alors de la popularité de ceux qui nous promettent la croissance sans effort par le simple fait de quitter l'Europe ?

Un pays comme la France a une relation curieuse avec l'Europe. Officiellement, elle refuse le fédéralisme, vu comme un abandon de souveraineté. Alors que justement, le fédéralisme respecte la souveraineté des Etats. A contrario, elle a la vision d'une Europe centralisée, française ! Elle veut que l'Europe applique la politique voulue par les français ! Ce qui n'est pas possible. Et entraîne un rejet.

Le Royaume Uni a ouvert la boîte de Pandore. Quitter l'Europe, pour un grand pays, n'est plus une vue de l'Esprit. L'Europe doit justifier de son utilité, et se rapprocher des peuples. C'est en respectant ces derniers qu'elle survivra, en appliquant le principe de subsidiarité, déjà prévu par les traités, et celui de responsabilité, c'est-à-dire que les Etats sont responsables de leur politique, et peuvent faire faillite. L'Europe doit en outre se concentrer sur les domaines dans lesquelles elle a une légitimité, comme les relations extérieures.

Mais le problème est aussi le fonctionnement de la démocratie. Les politiciens deviennent souvent des populistes distributeurs de promesses, qui cherchent à manipuler le peuple une fois au pouvoir. Et à refuser leurs responsabilités. Le principe libéral d'une constitution qui limite les pouvoirs se montre plus que jamais pertinent.

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Brexit : danger pour l'Europe et la France

16 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le vote sur le Brexit approche. Les partisans du maintien du Royaume Uni dressent un tableau apocalyptique du Brexit, ainsi que les institutions européennes. En fait, le Brexit serait catastrophique pour l'Europe, et notamment pour la France. C'est pourquoi, s'il se réalise, l'Europe et la France ont intérêt à passer très vite des accords avec le Royaume Uni qui permettront de commercer comme si ce dernier était encore dans le marché commun.

Le Royaume Uni peut perdre beaucoup si les frontières de l'Europe se ferment à ses produits et services. Mais l’Europe peut perdre beaucoup si le Royaume Uni ferme ses frontières également. Et notamment la France. En effet, le Royaume Uni importe énormément en provenance de l'Europe. Et en particulier de la France, pays avec lequel son commerce extérieur est déficitaire. Une fermeture des frontière signifierait une crise en Europe, et particulièrement chez un des membres les plus fragiles de l'Union : la France.

Le Royaume Uni est par ailleurs un pays actuellement très dynamique. Du point de vue de la croissance, et du point de vue de la création et du développement d'entreprises. C'est LE pays européen des start up. Ce dynamisme signifie des importations de biens et services en provenance de l'Union Européenne. Mais aussi un atout pour l'Europe. Le Royaume Uni est tourné vers le futur et vers les pays émergents. Il est impératif de tout faire pour rester lié à cette dynamique. L'Europe a tout intérêt à garder ce pays dans une zone de libre échange.

Un pays a beaucoup à perdre avec le Brexit, et c'est la France. Car le commerce extérieur français avec le Royaume Uni est bénéficiaire. Car le Royaume Uni est un partenaire majeur de la France, après l'Allemagne. La France a intérêt à maintenir le libre échange avec le Royaume Uni, surtout compte tenu de son atonie actuelle. Le Royaume Uni est un facteur de croissance pour la France.

D'autre part, le dynamisme du Royaume Uni équilibre celui de l'Allemagne. Et la France a peu de chance de récupérer des activités financières importantes. Elle ne récoltera que des miettes, du fait de sa fiscalité et de sa réglementation anti-entreprises. Afin de faire contrepoids à l'Allemagne, la France a intérêt que Londres reste une place financière importante en euros. Sinon, c'est l'Allemagne qui récoltera la mise.

En conclusion, les prédictions apocalyptiques en cas de brexit sont absurdes. A moins que les partenaires du Royaume Uni ne se tirent une balle dans le pied, provoquant eux-mêmes une crise. Plutôt que de jouer les oiseaux de mauvais augures, mieux vaudrait s'intéresser aux raisons qui motivent le brexit.

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Brexit : mais qui gouverne le monde?

16 Mai 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'hypothèse du brexit suscite l'effroi de bien des pays. Oser vouloir quitter l'Europe, quelle idée. Cela ne peut venir que du Royaume-Uni. Pourtant, les britanniques posent de bonnes questions, largement ignorées par le reste de l'Europe et tous ceux qui veulent les inciter à considérer leur initiative comme une aberration. Ce qui est en débat, c'est la gouvernance de l'Europe, et, plus encore, l'humanisme.

Les raisons du brexit.

Pourquoi ce référendum sur la sortie du Royaume Uni de l'Europe ? Il y a la question de l'immigration, certes. Le Royaume Uni, quand les travaillistes étaient au pouvoir, a ouvert sans restriction les frontières aux ressortissant des pays de l'Est, nouvellement intégrés à l'Union. Ce qui a causé un afflux massif. Cependant, ce référendum ne se résume pas cette question.

Les britanniques protestent aussi contre l'excès de réglementation européenne. Les petites entreprises estiment que ces réglementations favorisent les grosses, comme la multiplication des normes environnementales par exemple. Ou encore, quand l'Europe fixe des normes de tailles pour certains récipients. Est-ce vraiment son rôle ?

Et ce n'est pas seulement l'Union Européenne qui est critiquée pour son excès de normes. La Cour Européenne des Droits de l'Homme est elle aussi critiquée. Sa décision d'invalider la déchéance du droit de vote des prisonniers au Royaume-Uni a été mal vécue par les britanniques. Tout comme sa décision d'invalider l'expulsion d'un demandeur d'asile qui avait renversé en voiture et laissé mourir une adolescente de 12 ans. Les britanniques estiment que ce genre de décision ne relève pas des Droits de l'Homme mais d'un jury.

La concentration des pouvoirs.

Les griefs britanniques illustrent la concentration des pouvoirs en Europe. Finalement, comme tous les aspects de la vie tendent à être normés (c'est-à-dire qu'une norme est définie, et nom une règle générale comme par exemple le principe de non coercition), un groupe assez réduit de personnes décide de nos vies. La démocratie ne règle pas le problème. Un parlement ne représente que la plus forte minorité. Ensuite, un gouvernement dispose d'un appareil d'Etat capable d'influencer le peuple. Ne serait-ce que par le monopole de l'éducation. Les lobbys, tels que les ONG, ou des corporatismes, n'ont à influencer qu'un nombre réduit de personnes, pour qu'ensuite leurs vues soient imposées au peuple. Dans le cas de l'Union Européenne, le pouvoir apparaît encore plus lointain, addition des pouvoirs des gouvernements de chaque pays, à tel point que les technocrates de la Commission, qui assurent la permanence de la gouvernance, semblent avoir le pouvoir réel.

Il n'y a pas que les institutions issues de la démocratie. Il y a les Cours de Justice comme le montre l'exemple anglais : certaines décisions ne vont-elles pas au-delà de la justice, et ne tendent-elles pas à empiéter sur le domaine du législateur ? Il y a aussi les organismes supra-nationaux. Comme le Comité de Bâle. Celui-ci définit les critères prudentiels des banques, et par extension de nombreux fonds d'investissement, et déterminent au final l'orientation du financement de l'économie (voir par exemple l'article de Guillaume Nicoulaud : Bâle les défaillances du marché. ) Richard North nous rappelle par ailleurs que de nombreux autres organismes supra-nationaux édictent des règles, que l'Union Européenne ne fait elle-même que répercuter (voir ici ).

L'Europe et le monde semblent s'orienter vers une société big brother, dans laquelle finalement un petit groupe organise la vie de chacun. Ce sont des démocraties où finalement de petits groupes se disputent le pouvoir sur la population, des organismes supra-nationaux, ou même des juges qui peuvent dépasser leurs prérogatives. Au final, cela pose la question du contrôle, du débat (si ces organismes supra-nationaux se trompent, tout le monde est mal embarqué). Mais c'est aussi la question de l'humanisme, de cet idéal d'un être humain libre de sa vie et responsable. L'être humain devient de plus en plus aliéné de nos jours.

Finalement, le brexit effleure des questions très importantes, sur la gouvernance de l'Europe, du monde, et de la place de l'être humain dans la société. Mais ces questions sont largement ignorées.

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Quand la BCE crée des inégalités

29 Avril 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La politique de la BCE produirait des inégalités, selon un article publié dans le rapport trimestriel de mars de la Banque des Règlements Internationaux. Ce qui au demeurant est logique : la politique qui consiste à inonder l'économie de liquidité est dans son principe inégalitaire. Plus encore, au cours d'une conférence à l'université d'automne en économie autrichienne, en 2014, le professeur Guido Hülsmann, fait le lien entre la montée des inégalités depuis la fin des années1960 et la politique monétaire des banques centrales à compter de cette époque.

La Banque des Règlements Internationaux a donc publié une étude, menée par trois économistes, qui conclut à une augmentation des inégalités depuis la crise financière. La politique de taux bas aurait sa part de responsabilité. En effet, cette politique a poussé les cours des actions à la hausse, favorisant les patrimoines financiers, tandis que le patrimoine immobilier, mieux réparti au sein de la population, voyait sa valeur moins augmenter. Les auteurs de l'étude parlent d'une possibilité plus que d'une certitude. Ils se sont basés sur des études statistiques élaborées.

Cependant, on se demande pourquoi il apparaît comme une découverte que la politique de la banque centrale européenne accroît les inégalités. Je l'avais moi-même souligné dans un article sur les inégalités (voir ici). Le but de la banque centrale est de relancer l'investissement. En baissant le taux des crédits. Et aussi en abaissant le rendement des placements peu risqués pour que les investisseurs s'orientent vers des placements plus risqués. Les investisseurs voient le rendement des obligations baisser. Ils se reportent sur les actions. D'abord les actions peu risquées, qui voient leur valeur augmenter. Ce qui augmente le patrimoine de ceux qui possèdent des actions. Les entreprises, voyant les taux de crédit baisser, ont intérêt à emprunter pour se financer. Et elles rachètent leurs propres actions. Car, économiquement, il est plus rentable de se financer par l'emprunt et de rendre de l'argent aux actionnaires. Ce qui fait augmenter le cours des actions. Et ce qui favorise les riches, qui sont ceux qui proportionnellement possèdent plus d'actions.

Ce mécanisme de hausse des actifs financiers est voulu. Il a déjà été mis en œuvre à partir de 2002, pour les actifs immobiliers. On considérait à l'époque que l'éclatement de la bulle internet devait être compensé par une bulle immobilière (voir ici ce qu'en disait Paul Krugman). C'est une constante depuis la fin du système de Bretton Woods : on considère que l'injection de monnaie dans l'économie, et donc le création de bulles, relance la croissance. On n'obtient que des inégalités, comme le montre le professeur Guido Hülsmann.

Le professeur Hülsmann constate que les inégalités augmentent depuis la fin des années 1960, tant les inégalités de revenus que de patrimoines. Cela coïncide avec la fin des accords de Bretton Woods. Le système monétaire issu des accords de Bretton Woods en 1944 lié la valeur du dollar à l'or, et la valeur des autres monnaies mondiales au dollar. C'était une sorte d'étalon or indirect. L'émission de dollars dépendait des réserves en or de la banque centrale des USA, et l'émission des autres monnaies dépendait des réserves en dollars dans les banques centrales hors USA. Officiellement, c'est en 1971 que la convertibilité du dollar en or est abandonnée. Mais, dans les faits, la guerre du Viet-Nam avait entraîné un relâchement monétaire bien auparavant.

La fin des accords de Bretton Woods signifie une augmentation de la création monétaire. Le professeur Hülsmann souligne que le secteur de la finance voit ses revenus croître plus vite de puis la fin des années 1960 que d'autres secteurs. Les patrimoines financiers augmentent plus vite aussi. Dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, dont le professeur Hülsmann est un éminent représentant, ces inégalités s'expliquent aisément : c'est l'effet Cantillon. Quand il y a création monétaire, les premiers, et généralement les seuls, à en profiter, sont ceux qui sont placés au début de la chaîne monétaire. La monnaie est injectée sur les marchés financiers. Donc,ceux qui en profitent, sont ceux qui ont des placements financiers, c'est-à-dire des gens aisés, et ceux qui travaillent dans la finance, salariés et sociétés. La lecture du professeur Hülsmann est très enrichissante pour qui s'intéresse aux inégalités. Les conclusions sont cependant dérangeantes.

En conclusion, un des facteurs d'inégalités dans les pays développés apparaît être la politique de création monétaire des banques centrales. Officiellement, cette politique doit créer de la croissance. En réalité, elle provoque des crises, et des inégalités.

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Le projet de loi sur l'évolution du droit du travail

31 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le projet de modification du droit du travail fait l’actualité. Il est l’objet de vives critiques. Celles-ci témoignent d’une certaine conception de l’être humain et de la société. Nous ferons ici une analyse libérale de ces critiques. Le libéralisme est d’abord un humanisme, qui s’oppose à l’aliénation de l’être humain. Le libéralisme peut aussi être vu comme un utilitarisme, qui défend le bien être social.

Humanisme

Les opposants à la loi travail défendent une conception du salarié qui dépend totalement de l’entreprise. Celle-ci doit lui assurer l’emploi, une rémunération élevée, financer la protection sociale et la prévoyance. L’être humain est pris en charge par l’entreprise. Il faut que l’Etat force l’entreprise à remplir cette fonction.

C'est une vision de l’être humain non autonome. Aliéné pour reprendre le vocabulaire marxiste. Même si c’est par l’intermédiaire de l’action de l’Etat à l’encontre de l’entreprise.

Au contraire, l’idéal humaniste prône une société où chacun est autonome et responsable. Ce qui n’exclut pas les mécanismes de prévoyance et d’assurance d’ailleurs. Mais chacun peut être à même de faire des choix, d’évoluer au cours de sa carrière, sans dépendre d’une entreprise.

C’est un idéal qui peut faire peur aujourd’hui, et les anti-humanismes jouent sur cette peur. En effet, nous sommes généralement assez peu préparés à être autonomes. L’école ne nous insère pas dans la vie active. Et tout dépend de l’éducation que nos parents ont pu nous donner, qui dépend à nouveau de leur propre parcours et de leurs réflexions. Cependant, n’est-ce pas un idéal à atteindre ?

Utilitarisme

Les opposants à la loi travail défendent un cadre figé. Or, c’est la liberté qui a permis le progrès social. En effet, la révolution industrielle, le salariat, l’assurance maladie, la prévoyance, ne sont pas le fruit d’un plan établi ex-nihilo par un Etat. Ils se sont développés avant d’être repris par les Etats.

Or, la société évolue. L’histoire montre que c’est la condition du progrès social. Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, des questions se posent sur l’évolution du travail par exemple, avec l’ubérisation, l’économie du partage (voir ici).

Nous sommes dans une période pleine de promesses, mais personne ne connaît la forme que prendra l’économie, les modes de relations économiques qui en découleront. La seule solution pour profiter du progrès est de laisser les acteurs construire cette nouvelle économie. Il a fallu abolir les corporations pour développer l’industrie.

Conclusion : le progrès nécessite le changement.

L’évolution vers une société humaniste, où l’être humain peut décider de sa vie et s’accomplir, et vers le progrès social, nécessite donc la réforme. Un changement qui fait peur, car nous n’y sommes pas préparés. Mais nous devons plutôt laisser foisonner les initiatives, pour qu’apparaisse le nouveau cadre contractuel, afin de profiter du progrès.

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comparaison entre la crise de 1929 et aujourd'hui.

13 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'économie se pique d'être scientifique. Pourtant, elle ne tient aucun compte des faits. Elle s'enferme dans l'idéologie. Une comparaison entre la crise de 1929 et celle de 2007 - 2008 l'illustre. L'origine des deux crises est monétaire. Les banques centrales usurpent un mérite abusif dans le fait que la crise de 2007 - 2008 n'a pas eu l'ampleur de celle de .1929, alors qu'elles ont répété les mêmes erreurs. Par contre, les véritables raisons de cette différence d'ampleur sont ignorées. Pourtant, il suffit de regarder les faits. De tirer les leçons de l'expérience.

L'origine des deux crises.

La crise de 1929.

Comme le montre Lionel Robbins, dans le livre La Grande dépression, la crise de 1929 a été précédée d'une période d'expansion monétaire, à partir de 1925, provoquée par la banque centrale des USA. L'objectif était de soutenir la Banque d'Angleterre, qui souhaitait rétablir un étalon or, mais avec une parité entre la livre et l'or trop optimiste. Robbins constate que la politique monétaire a provoqué une surproduction dans le secteur des biens de production. Il aurait pu citer également l'envolée de la bourse, boostée par les achats à découvert.

Dans l'article Echoes of 1937 in the current economic cycle, Brendan Brown décrit la politique monétaire pendant la crise de 1929. C'était à nouveau une politique d'expansion monétaire, que nous nommons aujourd'hui quantitative easing. En 1937, la fin brusque de cette politique a provoqué une rechute de l'économie.

La crise actuelle.

La crise de 2007 - 2008 a également été précédée d'une période d'expansion monétaire. Celle-ci a débuté vers 2002, suite au ralentissement de 2001. Cette politique a provoqué un bulle immobilière, qui a boosté l'économie. Cette bulle permettait de compenser la chute de celle des valeurs internet, comme l'expliquait le prix Nobel Paul Krugman en 2002. Ajoutons les facilités accordé au crédit, avec les agences Fannie Mae et Freddie Mac, qui rachetaient des crédits subprime, c'est-à-dire à risque. Ou encore, le Community Reinvestment Act, destiné à accroître le crédit aux personnes peu solvables. Toute l'économie était basée sur le crédit, et tout le monde s'en félicitait. Un cercle vertueux keynésien devait s'engager, les dépenses entraînant la croissance. C'était l'époque où le ministre de l'économie français, Nicolas Sarkozy, voulait importer en France l'hypothèque inversée, qui permet de prendre un crédit à la consommation gagé par la valeur de son habitation.

Face à la crise, comme dans les années 1930, c'est à nouveau la politique monétaire qui est mise en œuvre. Avec notamment des politiques dites non conventionnelles. Avec le quantitative easing. Et avec le même dilemme qu'en 1937: est-ce que la remontée des taux, et la fin du quantitative easing, ne vont pas provoquer une contraction de l'économie?

Les différences entre les années 30 et aujourd'hui.

Durant la crise de 1929, différentes mesures ont été mises en oeuvre en dehors de la politique monétaire. Aux USA, contrairement à la légende, le président Hoover a été très interventionniste. Il a pris des mesures protectionnistes, mené une politique de déficit budgétaire, et incité les patrons à ne pas baisser les salaires. Il a fait l'exact contraire de la politique de son prédécesseur face à la crise des années 20. Roosevelt a mené une politique semblable. Les pays ont aussi dévalué leurs monnaies.

Aujourd'hui, globalement, la crise n'a pas entraîné un fort protectionnisme. Même s'il y a eu des mesures de ce type, recensées par l'OMC, elles n'ont pas eu l'ampleur de celles des années 1930. D'autre part, de nombreux pays, dont les USA, ont laissé le tissu économique s'adapter. Ce sont ces pays qui s'en sortent le mieux. L'Allemagne a même une situation budgétaire saine.

Les leçons de la crise des années 30.

Après la deuxième guerre mondiale, deux accords phares tiraient les leçons de la crise: Bretton Woods, et les accords du GATT. Bretton Woods rétablissait la discipline monétaire. L'émission de dollars US dépendait du stock d'or des USA. Les autres monnaies étaient liées au dollar par une parité fixe, et donc indirectement à l'or. Les désordres monétaires ont été considérés comme une cause de la crise. Les accords de Bretton Woods ont volé en éclats, les crises sont revenues.

Les accords du GATT visaient à promouvoir le libre commerce entre les pays. Le protectionnisme ayant été identifié comme une cause d'aggravation de la crise. Cahin caha, ils se sont développés. Et nous ont protégés d'une aggravation de la crise de 2007 – 2008.

Conclusion

La politique de relance monétaire nous est présentée comme le Saint Graal de la politique économique. Les banquiers centraux s'enorgueillissent d'avoir évité une aggravation de la crise de 2007 - 2008. Pourtant, ils ont causé cette crise. Et leur politique monétaire a la même inefficacité que dans les années 30. Certains réclament des mesures protectionnistes pour sortir de la crise. Pourtant, c'est ce qui a aggravé la crise des années 30.

Ce sont là des faits. pourtant, la théorie les ignore. A l'exception de l'école autrichienne. Pourtant, l'économie se prétend scientifique.

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L'appel des quatre vingt

20 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le quotidien Les Echos du jeudi 11 février 2016 a consacré un pleine colonne à une tribune de quatre vingts économistes, en faveur d'une politique dite alternative, publiée par Le Monde. En une seule colonne, on ne relève que des contradictions : contradiction avec les faits, ou contradiction interne. Ce qui m'a dissuadé de lire leur tribune.

Ces "économistes" critiquent l'austérité en France. Mais on se demande quelle austérité ? La dépense publique a augmenté (quand on parle de diminution, c'est en fait une diminution de l'augmentation). Le déficit public reste abyssal. D'ailleurs, dans le même numéro des Echos, un article montre les déficits budgétaires en pourcentage du PIB : 7,2% en 2009, 6,8% en 2010, 5,1 en 2011%, 4,8% en 2012, 4,1% en 2013, 3,9% en 2014, 3,8% en 2015. Où est l'austérité ?

La vérité est que le gouvernement français mène une politique keynéso-socialiste. C'est-à-dire basée sur le déficit public, de fortes contraintes sur les entreprises, et une volonté de transformation sociale, comme le montre le soutien à ce qu'il appelle l'économie solidaire et responsable (ce qu'elle n'est pas malgré son appellation). Cette politique ne donne pas les résultats escomptés. Alors, contre toute vraisemblance, dans un jusqu'au boutisme idéologique, on demande encore plus de déficit.

D'autre part, Les Echos citent Christophe Ramaux,maître de conférences à l’université Paris-I, un des coordinateurs de la tribune, qui accuse l'Allemagne d'étrangler l'Europe :

« Il ne faut pas hésiter à risquer d’aboutir à une rupture avec l’Allemagne. L’euro lui bénéficie en lui permettant de dégager des excédents commerciaux en étranglant les pays du sud de l’Europe, dont la France fait partie. »

On remarquera trois choses dans cet extrait. D'abord, une politique mercantiliste tombée en désuétude depuis des siècles. Ensuite, que la France fait partie de l'Europe du sud, cette Europe du chômage, de la crise. Enfin, la désignation d'un bouc émissaire, l'Allemagne, qui pomperait les revenus de l'Europe de Sud. Mais cette affirmation est contredite par les faits, une nouvelle fois.

En effet, comme le montre l'IFRAP, les importations en provenance de l'Union Européenne en Allemagne augmentent. Tandis que la part de ces exportations hors UE augmente. Comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler ses partenaires européens. Il ne tient qu'à la France d'en profiter.

Enfin, Les Echos citent Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE :

« nous faisons l’analyse que le risque d’éclatement de la zone euro est réel. Certains d’entre nous le voient d’un bon œil, d’autres pas. Mais il faut rappeler à l’Allemagne qu’elle a beaucoup à perdre en cas de disparition de l’euro, notamment en ce qui concerne son épargne investie dans d’autres pays européens ».

On remarque dans cette citation une menace envers l'Allemagne. Celle-ci est clairement désignée comme bouc émissaire. En même temps, cette citation est contradictoire : elle accuse l'Allemagne des maux de la France, mais reconnaît qu'elle finance l'Europe. Ce financement, compte tenu des règles de Bâle, concerne aussi la dette d'Etat. Sans le vouloir, cet économiste souligne le rôle de l'Allemagne dans le financement de l'Europe. Par quoi veut-il remplacer ce financement ? La planche à billets et ses conséquences néfastes ?

Cet article n'incite pas à lire la tribune en question. Tout est contredit par les faits, ou se contredit. Cependant, c'est la pensée dominante en France. Il suffit d'augmenter encore plus les déficits, pour que tout aille pour le mieux, sans efforts. Ou de faire payer l'Allemagne. Un bouc émissaire, pour expliquer les problèmes du pays. Mais se remettre en question, se demander si le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste doit être remis en cause, c'est hors de question.

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La peur de l'automatisation.

14 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'automatisation apparaît de manière surprenante comme le grand danger du 21éme siècle. Le conseil national du numérique écrit ainsi :

«S’il est impossible de prédire l’avenir de l’emploi face à l’automatisation, les acteurs publics doivent anticiper l’éventualité d’un chômage structurel persistant et d’une montée des inégalités du fait de l’automatisation.»

J'ai aussi vu passer dans le quotidien Les Echos un éditorial sur l'automatisation. Serait-ce donc le grand danger du siècle ? Grâce au progrès de l'informatique, les humains deviendront-ils inutiles ?

Pour quiconque connaît vaguement l'histoire économique, cette peur de l'automatisation paraît sans aucun fondement.

L'automatisation conquiert aujourd'hui de nouveaux territoires grâce à l'informatique. Ainsi, des articles d'informations peuvent être écrit par des robots informatiques. La recherche sur internet est depuis longtemps automatique, sans intervention humaine. Ces progrès de l'informatique, qui tendent vers l'intelligence artificielle, permettent à certains de cultiver la crainte d'un remplacement de l'être humain par la machine. Le Conseil National du Numérique y voit un danger pour l'emploi, allant jusqu'à prôner un revenu universel pour remédier à la vague de chômage et de déclassement qu'une telle évolution ne peut manquer de produire.

Cette peur de l'automatisation est aussi ancienne que cette dernière. C'est peur de l'évolution, du progrès. Les corporations protégeaient de l'évolution. Je me souviens d'un passage du roman de Gilbert Cesbron, Notre prison est un royaume, qui décrit la visite de lycéens dans une usine Citroën (qui a longtemps été installée quai de Javel à Paris). Il y est question d'une nouvelle presse qui permet de remplacer un certain nombre d'ouvriers. Un lycéen s'inquiète du sort de ceux-ci, qui paraît bien sombre. Je me souviens d'un cours d'histoire-géo au collège, où nous devions débattre des dangers de l'automatisation.

Pourtant, les conséquences de l'automatisation au cours de l'histoire sont claires et évidentes : croissance et emploi. Nous vivons depuis la révolution industrielle une automatisation de l'économie, et cela nous a permis la croissance et l'emploi, ainsi qu'un niveau de vie tel que nos ancêtres ne pouvaient l'imaginer. C'est un fait. C'est la réalité. Ce n'est pas une théorie. La théorie n'est venue qu'après, pour comprendre ce fait évident et avéré.

L'automatisation, et le progrès technique en général, agit de deux manières. La baisse des coûts engendrés par l'automatisation développe le marché, et donc la croissance, et donc l'emploi et les revenus. La révolution industrielle a ainsi provoqué une grosse baisse des prix, qui a développé la consommation, et permis un développement économique et social sans précédent. (On remarque au passage que c'est la baisse des prix qui a engendré la croissance, contrairement à la théorie keynésienne qui prétend qu'il faut que les prix augmentent.) L'automatisation, en baissant les coûts, ouvre également de nouveaux débouchés économiques. Prenons l'exemple des télécoms. Il n'y a pas si longtemps, les communications passaient par un opérateur humain. Aujourd'hui, tout est automatisé. Même la vente d'abonnement et de services, qui se fait largement via les sites internet des fournisseurs. Cette automatisation a provoqué une baisse des coûts, le développement de l'accès à l'internet et à l'internet mobile, et toute une nouvelle industrie de biens et services. Et justement dans le domaine qui concerne le Conseil National du Numérique, qui craint tant l'automatisation.

On peut noter que le progrès technique, dont fait partie l'automatisation, ne crée pas que des emplois qualifiés. Par exemple, Amazon, entreprise emblématique de l'ère numérique, qui automatise l'acte d'achat, embauche des manutentionnaires et des employés pour confectionner les colis des internautes. Une enquête d'Accenture publiée sur consultancy.uk montre que la création d'emplois qualifiés arrive en tête au Royaume Uni, mais qu'ensuite viennent des emplois dans le stockage, la manutention, la restauration, accessibles à plus de monde.

Les économistes expliquent ces créations d'emplois par la hausse de la productivité. Celle-ci permet la baisse des prix d'un produit, et la hausse de sa consommation. Elle permet aussi une hausse du pouvoir d'achat qui se reporte sur d'autres produits. Par exemple, la baisse des prix des produits alimentaires a permis l'explosion du secteur des loisirs.

Ou encore, on fait appel à Joseph Alois Schumpeter, et sa théorie de la destruction créatrice. L'innovation est selon cette théorie la mise en œuvre d'une nouvelle technique, un nouveau produit, ou un nouveau débouché pour un produit existant. L'automatisation s'inscrit donc dans la mise en œuvre d'une nouvelle technique. Les innovations lancent un nouveau cycle économique, en remplaçant d'anciennes techniques, d'anciens produits. Les innovations sont mises en œuvre par les entrepreneurs, et tirent la croissance économique.

Ainsi, il n'y a pas de raisons de craindre l'automatisation. C'est l'histoire économique qui le prouve. Là n'est pas le problème pour l'emploi. Au contraire, elle fait partie d'un flux d'innovations à même de provoquer des créations d'emplois, toutes sortes d'emplois, même peu qualifiés. Mais, pour qu'un pays en profite, il faut qu'il soit favorable à l'évolution, que les lois n'entravent pas le développement des nouvelles entreprises, leur financement. Qu'il ne protège pas la vieille économie. La France se cherche un peu des excuses pour expliquer avec fatalisme le chômage, pour éviter de remettre en cause le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste qui bloque le pays, et refuser les réformes qui créeraient de l'emploi.

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Marx et Keynes: héritiers du matérialisme anglais.

31 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Il est de coutume d'établir une similitude entre la pensée de Rousseau et Karl Marx. Ce qui rattache tacitement en partie le marxisme à une tradition française. Et, au contraire, de fustiger le libéralisme comme un avatar de l'individualisme anglo-saxon. Cependant, le marxisme se rattache plutôt à un matérialisme anglais, tout comme le keynésianisme.

Rousseau et le libéralisme français.

J'opposerai ici Rousseau et Constant, en reprenant des extraits du livre Un chemin de Liberté, de Damien Theillier et Augustin Celier. C'est un livre remarquable de concision et de clarté. Je le recommande aux lycéens, aux étudiants, à ceux qui passent concours, et à ceux qui ont des connaissances éparses et autodidactes en philosophie, et qui souhaitent organiser leur pensée.

Rousseau

Rousseau considère que l'homme est naturellement bon. La vie en société l'a perverti. Ce qui amène Rousseau à imaginer un contrat social, par lequel chacun serait lié à la société.

Comme chez Hobbes, tous les hommes passent un contrat fondant l'état de société, mais celui-ci est radicalement différent. Il instaure une démocratie égalitaire,où tous s'incarnent dans le peuple souverain. Chacun se donne entièrement à la communauté, abandonne toute son autonomie pour 'incarner avec tous les autres dans le peuple souverain, devenant alors citoyen. Et ainsi, le peuple souverain agit en vue de l'intérêt général. Tout le peuple est à l'origine de la loi, ce qui préserve des dérives de l'intérêt particulier.

Le pacte social de Rousseau se résume ainsi : chacun s'associe en renonçant à ses droits, l'association devient le peuple, qui est alors souverain et agit selon la volonté générale.

On peut alors noter les deux citations suivantes :
«Les clauses [du pacte social] se réduisent toutes à une seule : l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté.»
«Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.»

Un chemin de liberté, p. 62.

Benjamin Constant

Benjamin Constant distingue la liberté des modernes et des anciens. Il s'oppose ainsi à Rousseau en choisissant la liberté des modernes. Le texte de son discours De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes est un véritable manifeste libéral :

- La liberté des Anciens réside dans la participation active à l'exercice du pouvoir politique. C'est une liberté collective et positive : le citoyen est libre à partir du moment où il appartient au corps politique. Pour le reste, il est entièrement soumis à la tradition et aux coutumes en usage, sinon il est exclu.
La liberté des Modernes réside « dans la jouissance possible de l'indépendance privée et les garanties accordées par les institutions à cette jouissance». C'est une liberté individuelle et négative dans le sens où elle consiste à ne pas être empêché de faire ou de penser quelque chose. La liberté des Modernes c'est rechercher pour soi-même son bonheur, c'est la non ingérence du pouvoir politique dans les activités sociales dans la vie privée et dans les choix individuels.
En voici une citation qui résume l'idée :
«Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans la vie privée et ils nomment libertés les garanties accordées par les institutions à cette vie privée.»

Un chemin de Liberté, p.66

Nous voyons donc une différence entre Rousseau, qui est plutôt du côté de la liberté des anciens, et les humanistes, du côté de la liberté des modernes. Le marxisme pourrait être du côté de la liberté des anciens par le collectivisme, et donc de Rousseau, sauf que ce n'est pas le cas. Ce serait négliger la dimension matérialiste du marxisme.

Le matérialisme

Une caractéristique du marxisme, et du socialisme en général, est souvent passée sous silence : le matérialisme. Le marxisme, comme toute doctrine socialiste, promet le bonheur matériel. Tout le monde aura ce à quoi il aspire, grâce à la transformation sociale de la société. C'est notamment la doctrine de l'homme nouveau. Il ne défend pas la démocratie, la parole de la collectivité, mais le dirigisme, la prise de pouvoir d'un groupe, qu'il appelle classe sociale, par la force. C'est le concept de révolution. Et le formatage de l'être humain. Nous sommes donc loin de Rousseau, et de ses réflexions sur l'organisation de la Cité.

Ce qu'il est intéressant de remarquer, c'est que ce matérialisme correspond à un état d'esprit au Royaume Uni, au moins du 19ème au 20ème siècle. On peut ainsi rattacher John Meynard Keynes à ce matérialisme. Ainsi, Gilles Dostaler, dans Keynes et ses combats, écrit :

Le programme du nouveau libéralisme était ce qu'on appelle en d'autres lieux un programme de transition vers un avenir plus lointain, qu'on espère radieux. Keynes s'exprime là-dessus dans un texte au style lyrique, publié au cœur de la grande crise, et intitulé «Perspectives économiques pour nos petits enfants ?». La crise en cours provoque «un grave accès de pessimisme économique»(1930-17, 2002-1, p. 106). Il ne s'agit toutefois pas des rhumatismes de la vieillesse, mais des troubles de la croissance. L'aveuglement sur les causes profondes de la crise explique le pessimisme des réactionnaires et des révolutionnaires. Ce qui est vécu en 1930, c'est l'interruption momentanée d'un processus de perfectionnement technique extrêmement rapide : «A long terme tout cela signifie que l'humanité est en train de résoudre le problème économique» (ibid, p.111). Ce long terme correspond à un siècle dans l'esprit de Keynes. On pourra alors envisager un monde où les besoins essentiels seront satisfaits et où les énergies pourront être employées à des buts non économiques.

Keynes et ses combats, p. 203

Les gens ne seront plus obligés que de travailler une poignée d'heures par semaine. Libérés de la contingence du travail, ils pourront se consacrer à l'art de vivre.

Dostaler rattache ce concept de Keynes à John Stuart Mill. Ce dernier «appelait de ses vœux, au contraire, cet état de société dans lequel on cesserait de courir après l'argent pour se consacrer aux choses de l'âme et de l'esprit.» (Keynes et ses combats, p.39).

Conclusion : le matérialisme victorieux.

Il est intéressant de voir le point commun entre les deux doctrines les plus populaires de notre temps, le marxisme et le keynésianisme. Toutes deux sont matérialistes. Elles promettent un monde délivré des contingences matérielles. En cela, elles s'opposent à la bourgeoisie, qui représente justement la valeur travail. Elles s'opposent au libéralisme, qui est un humanisme, et s'intéresse au développement humain. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir trouver du Rousseau dans Marx, qui prône le dirigisme. Rousseau peut être considéré comme un des pères de la démocratie totale, qui s'immisce dans tous les aspects de la vie privée. Mais le marxisme n'est pas démocratique.

Au final, il est aussi intéressant de rappeler à quel point la pensée de Marx est anglaise. On a coutume au contraire d'opposer le marxisme, qui serait proche de la pensée française, au libéralisme qui serait anglo-saxon.

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Lutte contre les inégalités et paradis fiscaux.

19 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'organisme OXFAM a sorti un communiqué annonçant que 62 personnes possèdaient la moitié de la planète. Passons ici sur les modalités de calcul. Sachant que les richesses naturelles sont possédées par les Etats, ainsi que de nombreux bâtiments et terrains, ce chiffre ne me paraît pas réaliste. C'est surtout la conséquence qu'en tire OXFAM qui paraît illogique : pour lutter contre les inégalités, il faut combattre les paradis fiscaux. OXFAM fait un lien entre paradis fiscaux et inégalités, qui n'a rien d'évident. Sachant que les médias sont adeptes parfois des raccourcis, j'ai été vérifier sur le site de l'organisme. Et j'ai pu constater qu'OXFAM recommandait effectivement la lutte contre les paradis fiscaux pour lutter contre les inégalités. L'idée étant que les paradis fiscaux soustraient des ressources à d'autres Etats.

OXFAM a donc une proposition surprenante pour lutter contre les inégalités, et qui ne semble pas très rationnelle au regard des faits. Par ailleurs, on peut s'étonner qu'elle fasse autant confiance aux Etats pour lutter contre ces inégalités.

Dans un article du Mises Institute, déjà signalé par ailleurs, Daniel Fernández Méndez étudie l'évolution des inégalités de revenus. Concept un peu différent des inégalités de patrimoine mis en avant par OXFAM, mais lié. En effet, il faut gagner des revenus pour avoir un patrimoine. Par ailleurs, la valorisation du patrimoine est plus élevée dans les pays dont les citoyens disposent d'un revenu plus élevé.

Daniel Fernández Méndez montre ainsi que les inégalité de revenus ont augmenté entre 1850 et 1980, pour diminuer depuis. Il souligne également qu'au 19ème siècle, les inégalités étaient fortes au sein même des pays. Aujourd'hui, les inégalités sont plus fortes entre les pays. En clair, il y a les pays développés, grâce à l'économie de marché, où les gens gagnent plus, et ceux hors économie de marché. D'autre part, la baisse des inégalités de revenus coïncide avec le développement de l'économie de marché en Chine, qui a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté.

Le remède aux inégalités paraît donc tout trouvé : l'économie de marché. Le développement de l'Etat de droit, de la propriété privée, des échanges. Ce qui permet le développement de l'activité, de l'emploi, des revenus, et finalement d'une classe moyenne. La dénonciation des paradis fiscaux apparaît dans ce contexte comme un cheveu sur la soupe.

Par ailleurs, dans de nombreux pays les richesses naturelles sont accaparées par une oligarchie liée à l'Etat. En Chine, la plaie du pays est la corruption, permise là encore par le pouvoir de l'Etat sur l'économie. Et ne parlons pas de Cuba, ou du Venezuela, dont les richesses vont à la classe dirigeante. Cet accaparement des richesses par l'Etat est souvent la principale cause des inégalités, et retarde le développement économique et social.

En conclusion, la recommandation d'OXFAM pour lutter contre les inégalités est très surprenante, et paraît peu logique. Elle semble faire la part trop belle à l'Etat. La meilleure arme contre les inégalités est l'économie de marché, qui soutient l'Etat de droit, la propriété privée, la liberté des échanges. Et la limitation du pouvoir de l'Etat, pour éviter l'accaparement des richesses.

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