Analyse Libérale

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Marx et Keynes: héritiers du matérialisme anglais.

31 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Il est de coutume d'établir une similitude entre la pensée de Rousseau et Karl Marx. Ce qui rattache tacitement en partie le marxisme à une tradition française. Et, au contraire, de fustiger le libéralisme comme un avatar de l'individualisme anglo-saxon. Cependant, le marxisme se rattache plutôt à un matérialisme anglais, tout comme le keynésianisme.

Rousseau et le libéralisme français.

J'opposerai ici Rousseau et Constant, en reprenant des extraits du livre Un chemin de Liberté, de Damien Theillier et Augustin Celier. C'est un livre remarquable de concision et de clarté. Je le recommande aux lycéens, aux étudiants, à ceux qui passent concours, et à ceux qui ont des connaissances éparses et autodidactes en philosophie, et qui souhaitent organiser leur pensée.

Rousseau

Rousseau considère que l'homme est naturellement bon. La vie en société l'a perverti. Ce qui amène Rousseau à imaginer un contrat social, par lequel chacun serait lié à la société.

Comme chez Hobbes, tous les hommes passent un contrat fondant l'état de société, mais celui-ci est radicalement différent. Il instaure une démocratie égalitaire,où tous s'incarnent dans le peuple souverain. Chacun se donne entièrement à la communauté, abandonne toute son autonomie pour 'incarner avec tous les autres dans le peuple souverain, devenant alors citoyen. Et ainsi, le peuple souverain agit en vue de l'intérêt général. Tout le peuple est à l'origine de la loi, ce qui préserve des dérives de l'intérêt particulier.

Le pacte social de Rousseau se résume ainsi : chacun s'associe en renonçant à ses droits, l'association devient le peuple, qui est alors souverain et agit selon la volonté générale.

On peut alors noter les deux citations suivantes :
«Les clauses [du pacte social] se réduisent toutes à une seule : l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté.»
«Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.»

Un chemin de liberté, p. 62.

Benjamin Constant

Benjamin Constant distingue la liberté des modernes et des anciens. Il s'oppose ainsi à Rousseau en choisissant la liberté des modernes. Le texte de son discours De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes est un véritable manifeste libéral :

- La liberté des Anciens réside dans la participation active à l'exercice du pouvoir politique. C'est une liberté collective et positive : le citoyen est libre à partir du moment où il appartient au corps politique. Pour le reste, il est entièrement soumis à la tradition et aux coutumes en usage, sinon il est exclu.
La liberté des Modernes réside « dans la jouissance possible de l'indépendance privée et les garanties accordées par les institutions à cette jouissance». C'est une liberté individuelle et négative dans le sens où elle consiste à ne pas être empêché de faire ou de penser quelque chose. La liberté des Modernes c'est rechercher pour soi-même son bonheur, c'est la non ingérence du pouvoir politique dans les activités sociales dans la vie privée et dans les choix individuels.
En voici une citation qui résume l'idée :
«Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans la vie privée et ils nomment libertés les garanties accordées par les institutions à cette vie privée.»

Un chemin de Liberté, p.66

Nous voyons donc une différence entre Rousseau, qui est plutôt du côté de la liberté des anciens, et les humanistes, du côté de la liberté des modernes. Le marxisme pourrait être du côté de la liberté des anciens par le collectivisme, et donc de Rousseau, sauf que ce n'est pas le cas. Ce serait négliger la dimension matérialiste du marxisme.

Le matérialisme

Une caractéristique du marxisme, et du socialisme en général, est souvent passée sous silence : le matérialisme. Le marxisme, comme toute doctrine socialiste, promet le bonheur matériel. Tout le monde aura ce à quoi il aspire, grâce à la transformation sociale de la société. C'est notamment la doctrine de l'homme nouveau. Il ne défend pas la démocratie, la parole de la collectivité, mais le dirigisme, la prise de pouvoir d'un groupe, qu'il appelle classe sociale, par la force. C'est le concept de révolution. Et le formatage de l'être humain. Nous sommes donc loin de Rousseau, et de ses réflexions sur l'organisation de la Cité.

Ce qu'il est intéressant de remarquer, c'est que ce matérialisme correspond à un état d'esprit au Royaume Uni, au moins du 19ème au 20ème siècle. On peut ainsi rattacher John Meynard Keynes à ce matérialisme. Ainsi, Gilles Dostaler, dans Keynes et ses combats, écrit :

Le programme du nouveau libéralisme était ce qu'on appelle en d'autres lieux un programme de transition vers un avenir plus lointain, qu'on espère radieux. Keynes s'exprime là-dessus dans un texte au style lyrique, publié au cœur de la grande crise, et intitulé «Perspectives économiques pour nos petits enfants ?». La crise en cours provoque «un grave accès de pessimisme économique»(1930-17, 2002-1, p. 106). Il ne s'agit toutefois pas des rhumatismes de la vieillesse, mais des troubles de la croissance. L'aveuglement sur les causes profondes de la crise explique le pessimisme des réactionnaires et des révolutionnaires. Ce qui est vécu en 1930, c'est l'interruption momentanée d'un processus de perfectionnement technique extrêmement rapide : «A long terme tout cela signifie que l'humanité est en train de résoudre le problème économique» (ibid, p.111). Ce long terme correspond à un siècle dans l'esprit de Keynes. On pourra alors envisager un monde où les besoins essentiels seront satisfaits et où les énergies pourront être employées à des buts non économiques.

Keynes et ses combats, p. 203

Les gens ne seront plus obligés que de travailler une poignée d'heures par semaine. Libérés de la contingence du travail, ils pourront se consacrer à l'art de vivre.

Dostaler rattache ce concept de Keynes à John Stuart Mill. Ce dernier «appelait de ses vœux, au contraire, cet état de société dans lequel on cesserait de courir après l'argent pour se consacrer aux choses de l'âme et de l'esprit.» (Keynes et ses combats, p.39).

Conclusion : le matérialisme victorieux.

Il est intéressant de voir le point commun entre les deux doctrines les plus populaires de notre temps, le marxisme et le keynésianisme. Toutes deux sont matérialistes. Elles promettent un monde délivré des contingences matérielles. En cela, elles s'opposent à la bourgeoisie, qui représente justement la valeur travail. Elles s'opposent au libéralisme, qui est un humanisme, et s'intéresse au développement humain. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir trouver du Rousseau dans Marx, qui prône le dirigisme. Rousseau peut être considéré comme un des pères de la démocratie totale, qui s'immisce dans tous les aspects de la vie privée. Mais le marxisme n'est pas démocratique.

Au final, il est aussi intéressant de rappeler à quel point la pensée de Marx est anglaise. On a coutume au contraire d'opposer le marxisme, qui serait proche de la pensée française, au libéralisme qui serait anglo-saxon.

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Lutte contre les inégalités et paradis fiscaux.

19 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'organisme OXFAM a sorti un communiqué annonçant que 62 personnes possèdaient la moitié de la planète. Passons ici sur les modalités de calcul. Sachant que les richesses naturelles sont possédées par les Etats, ainsi que de nombreux bâtiments et terrains, ce chiffre ne me paraît pas réaliste. C'est surtout la conséquence qu'en tire OXFAM qui paraît illogique : pour lutter contre les inégalités, il faut combattre les paradis fiscaux. OXFAM fait un lien entre paradis fiscaux et inégalités, qui n'a rien d'évident. Sachant que les médias sont adeptes parfois des raccourcis, j'ai été vérifier sur le site de l'organisme. Et j'ai pu constater qu'OXFAM recommandait effectivement la lutte contre les paradis fiscaux pour lutter contre les inégalités. L'idée étant que les paradis fiscaux soustraient des ressources à d'autres Etats.

OXFAM a donc une proposition surprenante pour lutter contre les inégalités, et qui ne semble pas très rationnelle au regard des faits. Par ailleurs, on peut s'étonner qu'elle fasse autant confiance aux Etats pour lutter contre ces inégalités.

Dans un article du Mises Institute, déjà signalé par ailleurs, Daniel Fernández Méndez étudie l'évolution des inégalités de revenus. Concept un peu différent des inégalités de patrimoine mis en avant par OXFAM, mais lié. En effet, il faut gagner des revenus pour avoir un patrimoine. Par ailleurs, la valorisation du patrimoine est plus élevée dans les pays dont les citoyens disposent d'un revenu plus élevé.

Daniel Fernández Méndez montre ainsi que les inégalité de revenus ont augmenté entre 1850 et 1980, pour diminuer depuis. Il souligne également qu'au 19ème siècle, les inégalités étaient fortes au sein même des pays. Aujourd'hui, les inégalités sont plus fortes entre les pays. En clair, il y a les pays développés, grâce à l'économie de marché, où les gens gagnent plus, et ceux hors économie de marché. D'autre part, la baisse des inégalités de revenus coïncide avec le développement de l'économie de marché en Chine, qui a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté.

Le remède aux inégalités paraît donc tout trouvé : l'économie de marché. Le développement de l'Etat de droit, de la propriété privée, des échanges. Ce qui permet le développement de l'activité, de l'emploi, des revenus, et finalement d'une classe moyenne. La dénonciation des paradis fiscaux apparaît dans ce contexte comme un cheveu sur la soupe.

Par ailleurs, dans de nombreux pays les richesses naturelles sont accaparées par une oligarchie liée à l'Etat. En Chine, la plaie du pays est la corruption, permise là encore par le pouvoir de l'Etat sur l'économie. Et ne parlons pas de Cuba, ou du Venezuela, dont les richesses vont à la classe dirigeante. Cet accaparement des richesses par l'Etat est souvent la principale cause des inégalités, et retarde le développement économique et social.

En conclusion, la recommandation d'OXFAM pour lutter contre les inégalités est très surprenante, et paraît peu logique. Elle semble faire la part trop belle à l'Etat. La meilleure arme contre les inégalités est l'économie de marché, qui soutient l'Etat de droit, la propriété privée, la liberté des échanges. Et la limitation du pouvoir de l'Etat, pour éviter l'accaparement des richesses.

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L'humanisme est- il mort?

10 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Au hasard des articles et opinions que je peux lire à travers le net, et les journaux imprimés, une évidence s'est fait jour en moi : l'humanisme n'existe plus. Cette grande idée est totalement obsolète, dans un monde ultra-matérialiste. Et les libéraux ont leur part de responsabilité dans cette disparition.

L'humanisme, c'est l'idée que l'être humain peut être libre et responsable de ses actes. C'est la définition de Wikipédia. Le Larousse en ligne précise : "philosophie qui place l'homme et les valeurs humaines au dessus de toutes les autres valeurs." C'est un concept issu de la Renaissance. Il trouve ses racines notamment au XIVème siècle, et se développe au cours de la Renaissance. Une réflexion sur l'être humain qui s'inscrit dans la modernité face aux anciens.

Le libéralisme s'inscrit à l'origine dans ce mouvement. Il défend une société qui permet à l'être humain de maîtriser sa vie, et de s'accomplir. Les lois et règlements doivent aller dans ce sens. C'est ce que professe le célèbre texte de Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes. C'est ce que défend Frédéric Bastiat dans La Loi. Ou encore, quand Alexis de Tocqueville s'oppose à la création d'un droit du travail, au nom de la Révolution Française. Il oppose l'Ancien Régime, qui veut tout réglementer, et la Révolution, qui veut que chacun soit autonome. Comme Benjamin Constant oppose la liberté des anciens et des modernes. Tocqueville veut des ouvriers libres et autonomes, au contraire des socialistes qui les veulent aliénés.

Aujourd'hui, l'idée humaniste de rendre les êtres humains autonomes a complètement disparu. Elle n'apparaît dans aucun débat. Au contraire, le champ de la réglementation s'est considérablement étendue. Et cela paraît normal. On attend de l'Etat qu'il assure tout le bien être matériel de l'individu. Et la politique est devenue l'art de donner en faisant croire que c'est l'autre qui finance. Ainsi le gouvernement français a envoyé en 2015 un courrier à tous ceux qui bénéficiaient d'une baisse de l'impôt sur les revenus. Ce qu'il n'avait pas fait quand il a rehaussé les taux de TVA.

Le symbole de la négation de l'humanisme est sans aucun doute Barack Obama. Il a dit que l'Etat était la clef de la réussite du secteur privé. Le fait que cette déclaration n'ait pas déclenché de polémique montre à quel point l'humanisme est tombé en désuétude. Surtout dans un pays comme les USA.

Cette idéologie vient certainement du socialisme. Celui-ci est en effet matérialiste. Il promet la satisfaction matérielle. Nous sommes là à l'opposé de l'idée humaniste de développement de l'être humain. Rien ne compte que l'abondance matérielle. Et non la subsistance qui supposerait un minimum vital. Le socialisme promet l'abondance.

Le socialisme ne détaille pas ce que sera cette société d'abondance. C'est une promesse. Ce qui est sûr, c'est que cette promesse passe par le constructivisme. C'est l'idée qu'une élite peut décider du sort du commun des mortels. C'est la théorie de l'homme nouveau, des socialistes français. Le marxisme promet lui la satisfaction matérielle, par la transformation sociale. Il ne précise pas ce que sera le paradis marxiste. Mais il souligne que l'Etat devra prendre en charge l'être humain, en matière économique et éducative notamment.

Cependant, les libéraux ont aussi leur responsabilité dans la déliquescence de l'humanisme. En effet, ils se sont focalisés sur une approche utilitariste, oubliant l'idéal humaniste. C'est ainsi que Ludwig von Mises a écrit :

"Le libéralisme est une doctrine entièrement consacrée au comportement des hommes dans ce monde. En dernière analyse, il n'a rien d'autre en vue que le progrès de leur bien-être extérieur et matériel : il ne se préoccupe pas directement de leurs besoins intérieurs, spirituels et métaphysiques. Il ne promet pas aux hommes le bonheur et la satisfaction intérieure, mais uniquement de répondre de la manière la plus efficace possible à tous les désirs pouvant être satisfaits par les choses concrètes du monde extérieur. "

Ou encore, cette citation de F. A. Hayek, dans son Magnus opus Droit, législation et liberté :

"La thèse de cet ouvrage est qu'une situation de liberté dans laquelle tous ont la faculté d'employer leurs connaissances à la poursuite de leurs objectifs, bornés seulement par des règles de juste conduite applicables en toute circonstance, leur fournira probablement les conditions les plus favorables à la réalisation de leurs projets ;"

Les libéraux se complaisent dans l'utilitarisme. Comment s'étonner que le libéralisme aujourd'hui en soit réduit à l'économie de marché, elle même héritière de l'utilitarisme de Bentham par l'entremise de Jevons. Le texte de Benjamin Constant, Du principe de l'utilité, substité à l'idée des droits individuels (publié dans le numéro 12 de la revue Laissons faire de l'Institut Coppet) critiquant l'utilitarisme de Bentham malgré ses conclusions proches des siennes, n'en apparaît que plus prémonitoire.

L'humanisme était une grande idée des Lumières. Il s'agissait de développer l'être humain. Aujourd'hui, le matérialisme a pris le dessus. Et même ses adversaires se sont inclinés, s'orientant vers l'utilitarisme, qui semblait mieux correspondre aux aspirations de la société. La question se pose de savoir si l'humanisme est définitivement enterré, ou si les libéraux peuvent le faire renaître de l'oubli.

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Ubérisation et économie du partage

12 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'ubérisation, l'économie du partage, ce sont les thèmes à la mode aujourd'hui. La multinationale uber est vue comme une révolution dans le monde du travail, bousculant les schémas types. Pourtant, cette évolution est en cours depuis longtemps. Nous sommes simplement trop prisonniers de nos schémas pour envisager l'évolution.

Cette fixation sur l'ubérisation m'a fait ressortir un bouquin vieux de maintenant vingt ans, paru aux USA en 1994, et en France en 1995 : La Conquête du Travail, de William Bridges. Sous-titré "Au delà des transitions", il traite déjà de l'évolution du travail. Selon Bridges, chaque individu doit se comporter comme une entreprise, une "me inc". Nous devons chacun investir dans le développement de compétences, les vendre sur le marché, évoluer. C'est la conception du travail en tant que service. Et de l'individu en tant qu'être autonome.

Ce qui tranche avec la conception traditionnelle du travail. Celle-ci correspond au salariat industriel. Le travail est caractérisé par la pénibilité, le rapport de subordination, et sa quantité est mesurée par le temps. Tout tourne autour de cette conception du travail. Par exemple, la conception des loisirs : faire ce qui plaît, en opposition au travail. L'idée d'un travail plaisir paraît incongrue. On remarquera aussi que le travail des cadres est mal pris en compte par cette conception. En effet, la mesure du travail d'un cadre n'est pas le temps. A contrario, on a voulu faire entrer dans la notion de travail ce qui n'en était pas. Par exemple, on a considéré qu'une femme au foyer faisait le même travail qu'une femme de ménage. Par conséquent, il fallait payer la femme au foyer. On remarque qu'on s'intéresse à la forme du travail. Pas à son essence.

Il y a deux erreurs cette conception du travail : le refus de l'idée d'évolution du travail, et une focalisation sur la forme du travail, plutôt que sur son essence. Avant la révolution industriel, le travail n'était pas conceptualisé. Chacun était à sa place. Les nobles, l'Eglise, et les travailleurs, c'est-à-dire les paysans. Ces derniers voyaient leur vie rythmée par les saisons, et par l'Eglise qui imposait ses fêtes. Il y avait aussi les serfs, assez longtemps. Dans cet ordre des choses féodal, les artisans étaient une particularité. Il fallait les faire entrer dans une norme. Ce furent les corporations. C'est ainsi que Robert Castel écrit :

"(…) Sans doute la ville reste-t-elle, quantitativement marginale, mais c'est à partir d'elle que se développent l'artisanat, les échanges commerciaux, l'économie monétaire, les techniques bancaires du capitalisme commercial. Mais même ces innovations se déploient à travers des hiérarchies précises, qui maintiennent, à la ville comme dans le monde rural, la même subordination de chacun à l'ensemble."

"L'idiome corporatiste commande ainsi l'accès à ce que l'on pourraait appeler la citoyenneté sociale, le fait d'occuper une place reconnue dans le système des interdépendances hiérarchiques qui constituent l'ordre communautaire."

Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p. 83, pp. 131-132)

Avant la révolution industrielle, le travail de l'artisan a nécessité une réflexion pour être intégré dans l'ordre des choses. La notion de travail, si on analyse ex post, avec notre vision moderne, était donc très différente avant l'ère industrielle. Elle n'existait pas en fait. Le temps était déterminé par les obligations collectives : les fêtes religieuses, les nécessités des saisons pour les paysans, et pour les artisans, un règlement est créé pour les faire rentrer dans la norme.

La révolution industrielle dynamite cette ordre. Dynamiter n'est d'ailleurs pas le bon terme, car l'histoire est progressive, avec des accélérations. Mais le terme même de révolution industrielle est-il judicieux ? Ce terme fait référence à la forme. L'émergence de l'industrie. Mais ce n'est pas l'essence. Cette révolution, c'est le fait que des particuliers peuvent s'unir librement pour créer des industries, et d'autres offrir leurs services à ces industries, sous forme de travail. Le travail, dans cette révolution, est devenu un service. Mais on a préféré voir la forme : l'industrie, la forme du salariat.

D'une certaine manière, la focalisation sur la forme du salariat ressemble à la volonté d'intégrer les salariat dans la norme avant la révolution industrielle. C'est le refus de l'évolution On définit alors de nouveaux concepts, ubérisation, économie du partage, pour intégrer, et pour expliquer l'évolution. Mais l'essence du travail n'est pas intégrée. Le travail est un service, proposé sur un marché.

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L'école autrichienne d'économie

11 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

Aujourd'hui, la science économique est dominée par la macroéconomie, et ce depuis les années 1930. Depuis encore plus longtemps, la science économique est mathématisée. Depuis la fin du 19ème siècle. Les économistes utilisent les mêmes techniques mathématiques. On distingue la macroéconomie keynésienne, et la non keynésienne, ou nouvelle macroéconomie classique.

Il existe cependant un courant minoritaire, qui défend l'économie de marché, mais qui refuse la mathématisation de l'économie. C'est l'école dite autrichienne. Elle est, il faut le reconnaître, très minoritaire. Cependant, paradoxalement, un des économistes les plus connus du vingtième siècle appartient à ce courant, je veux parler de Friedrich August Hayek. Ce qui déjà justifie de s'y intéresser. Elle présente également une vision de l'économie avec une dynamique interne. Ce qui une autre raison de l'étudier. Enfin, elle a développé une théorie des cycles économiques, qui est particulièrement d'actualité avec la crise actuelle.

Carl Menger

L'école autrichienne prend naissance avec le marginalisme. Trois auteurs développent séparément le concept d'utilité marginale pour expliquer la valeur d'un produit : William Stanley Jevons et Carl Menger en 1871, et Léon Walras en 1874. Jevons et Walras vont utiliser ce concept pour mathématiser l'économie. Ce qui donnera le courant néoclassique, et le raisonnement en termes d'équilibre, général ou partiel. Carl Menger refusera la mathématisation, et le courant qui se développera à sa suite sera appelé le courant autrichien. Une appellation qui a été donné à Menger, selon Ludwig von Mises, pour le distinguer des économistes allemands, auxquels ils s'est opposé sur la question de la méthode à appliquer pour l'étude de l'économie.

Le marginalisme explique la valeur par l'utilité marginale. Ce qui explique le paradoxe qui veut que l'eau, indispensable à la vie, coûte moins cher qu'un diamant. L'eau peut satisfaire plusieurs besoins, classés chacun par ordre d'importance. Par exemple : boire, se laver, laver la maison, remplir le pistolet à eau du petit dernier. Si la quantité disponible d'eau est à peine suffisante pour satisfaire le premier besoin, sa valeur sera très élevée. S'il y a suffisamment d'eau pour même remplir le pistolet à eau, sa valeur sera faible, car elle correspondra à l'importance du dernier besoin satisfait.

Dès le départ, Carl Menger se distingue de ses collègues Jevons et Walras. Ces derniers utilisent le concept d'utilité marginale pour établir un prix de marché, qui sera considéré comme la valeur du bien ou du service dans leurs théories. Pour Carl Merger, il n'y a pas de prix de marché, dans le sens où la valeur est subjective. Chaque individu a ses préférences, chaque individu a son classement pour les utilités d'un produit. Par conséquent, la valeur donnée à un produit diffère selon chaque individu. La valeur est subjective. Le subjectivisme est ainsi une caractéristique de l'école autrichienne, dès Carl Menger.

Une autre caractéristique apparaît également dès Carl Menger. C'est l'insistance sur le fait que la monnaie ne repose pas sur des lois imposées par un gouvernement. Mais qu'elle s'est développée à travers le comportement des individus. Ceux-ci ont d'abord choisi un bien intermédiaire, avant de développer des outils monétaires. L'explication de Carl Menger sera développée ensuite par Ludwig von Mises. C'est une caractéristique du courant autrichien, qui s'oppose à la monnaie fiat, la monnaie décrétée par l'Etat.

La praxéologie

Après Menger, l'une des figures les plus importantes du courant autrichien est Ludwig von Mises. Il y aurait beaucoup à dire sur Mises. Mais ce n'est pas l'objet de ce texte. Je le cite ici pour son concept de praxéologie. Mises inclut l'économie dans une matière qu'il nomme praxéologie, c'est-à-dire l'action humaine. Tout individu agit. Il met en œuvre des moyens pour atteindre des fins, déterminées par lui. La praxéologie étudie l'action. Pas les fins. L'économie, c'est aussi l'individu agissant. Elle fait donc partie de la praxéologie. Et l'économie de marché est dénommée catallaxie, science des échanges. Le concept de praxéologie souligne l'approche autrichienne de l'économie en tant que science humaine. L'économie n'est pas l'égalisation de quantités, d'une offre et d'une demande, mais la coordination des actions d'individus agissant chacun séparément. (Ce qui inclut les actions collectives comme une société commerciale. Mais, même une société est l'action de plusieurs individus).

Une dynamique interne.

Dans le livre L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale, Jesus Huerta de Soto souligne l'approche dynamique de l'économie de l'école autrichienne. Les théories courantes ont une approche statique. Elles déterminent un équilibre. Dans la théorie autrichienne, il n'y a pas d'équilibre. L'économie est toujours en mouvement. Et le moteur de ce mouvement, c'est l'entrepreneur. Huerta de Soto écrit :

Pour les autrichiens, la fonction d'entrepreneur, au sens large, coïncide avec l'action humaine elle-même. En ce sens, on pourrait affirmer qu'exerce la fonction d'entrepreneur toute personne agissant en vue de modifier le présent et d'atteindre ses objectifs dans le futur.

Selon Carl Menger, l'activité d'entrepreneur comprend :

  • la collecte d'informations sur la situation économique :

  • le calcul économique ;

  • l'acte de volonté par lequel les biens sont affectés à un processus particulier de production ;

  • la supervision de l'exécution du plan de production.

    Dès Carl Menger, l'entrepreneur est donc l'élément moteur de l'économie. Selon Menger, dans les grandes firmes, la fonction d'entrepreneur peut être décomposée. Cela pour souligner qu'il s'agit d'une fonction, d'un concept, pas forcément rattaché à un seul individu.

Il ne faut pas confondre entrepreneur autrichien et schumpetérien. L'entrepreneur schumpetérien s'inscrit dans la théorie de l'équilibre générale. Joseph Alois Schumpeter effectue une fusion, une synthèse, de la théorie autrichienne et de la théorie de l'équilibre. Cette dernière est statique. Schumpeter part donc d'une situation où l'économie se reproduit à l'identique à chaque cycle. Il introduit l'entrepreneur, financé par le crédit, pour modifier le cycle. Tandis que dans la théorie autrichienne, l'entrepreneur et toujours présent. Comme l'écrit Huerta de Soto, cette notion se rapporte au fait que l'individu agit, et qu'en agissant il peut changer le cours des choses.

La théorie autrichienne des cycles économiques.

L'un des apports à la fois principaux et exclusifs de l'école autrichienne à l'économie est la théorie autrichienne des cycles, connue sous l'acronyme TAC en français, et ABCT en anglais, pour austrian business cycles theory. Selon l'école autrichienne, les cycles économiques, succession de prospérité et de crise, s'expliquent par la création monétaire. Murray Rothbard, qui a écrit une histoire de la pensée économique sous l'angle autrichien, souligne que ce n'est pas le courant autrichien qui a déterminé que la création monétaire pouvait causer des crises. Il fait remonter l'idée àDavid Hume et à David Ricardo. L'école autrichienne a ensuite pleinement développé cette théorie, avec notamment Ludwig von Mises.

Le création monétaire excessive perturbe la structure de production. La production d'un bien ou d'un service se fait en plusieurs étapes au cours du temps. Ce que l'école autrichienne appelle le détour de production. Ce détour peut comporter plus ou moins d'étapes. Une épargne élevée va favoriser un détour plus long. Il y a plus d'argent disponible pour l'investissement. La création monétaire va allonger artificiellement le détour de production. Elle crée d'abord une croissance, mais ensuite une dépression. Car les entrepreneurs, trompés par la création monétaire, ont fait des malinvestissements. Pour que la crise s'estompe, il n'y a pas d'autres solutions que de laisser l'économie résorber les malinvestissements.

Dans une version modernisée, François Facchini parle d'une théorie de la récurrence des erreurs collectives d'anticipation. Il reprend sous une forme plus élaborée les problématiques monétaires et d'anticipation. Ce qu'il faut retenir, c'est que la création monétaire excessive, dans le but de stimuler la croissance, perturbe les anticipations des entrepreneurs. Il en résulte une structure de production qui ne correspond pas à l'économie réelle. La création monétaire excessive entraîne d'abord la croissance, mais finit en dépression.

Cette théorie des cycles a permis à Friedrich August Hayek de prédire la crise de 1929. Mais il ne pouvait pas donner une date. On parle de "pattern prediction" en anglais, la prédiction de tendances de l'économie. Cette théorie des cycles est également particulièrement d'actualité avec la crise de 2007-2008. En effet, celle-ci a été précédée d'une relance par la création de monnaie, dans le but de créer une bulle immobilière, pour relancer la croissance après le dégonflement de la bulle internet en 2001 (cf Paul Krugman ici).

L'école autrichienne présente des variantes et des débats entre ses membres. Il y a par exemple une différence méthodologique entre Ludwig von Mises et son élève Friedrich August Hayek. Ce qui est décrit ici est le corpus de base qui fait à peu près l'unanimité. C'est une école centrée sur la coordination des actions des gens, avec une vision dynamique, et une importance donnée aux effets néfastes des manipulations monétaires.

Quelques liens pour aller plus loin:

- une présentation de l'école autrichienne par le professeur Jorg Guido Hülsmann;

- Murray Rothbard, Dépressions économiques;

- Histoire de l'école autrichienne d'économie en vidéo;

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Bastiat à l'honneur

4 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La France peut s'enorgueillir de ses grands penseurs, qui rayonnent encore à travers le monde. Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat, sont parmi les plus célèbres. Ils peuvent par contre être un peu délaissés dans leur propre patrie. C'est le cas par exemple de Frédéric Bastiat, plus connu à l'étranger qu'en France.

Frédéric Bastiat est heureusement à l'honneur ces temps-ci, grâce au travail de l'Institut Coppet. Ce dernier a d'abord publié un des plus célèbres textes de Bastiat : La Loi. Le texte est précédé d'une présentation de Damien Theillier, Président de l'Institut Coppet, qui en explique les notions et les enjeux.

Bastiat à l'honneur

L'Institut Coppet vient par ailleurs de publier les œuvres complètes de Frédéric Bastiat. Cette édition rassemble des ouvrages comme les pamphlets de Bastiat, ses Harmonies économiques, mais aussi sa correspondance.

Bastiat à l'honneur

Enfin, signalons le livre pour enfants Les Jumeaux Tuttle étudient La Loi. Il s'agit d'un ouvrage destiné à expliquer aux enfants les principes de La Loi de Bastiat. Il est traduit de l'anglais par Damien Theillier, président de l'Institut Coppet, et par ailleurs professeur de philosophie.

Bastiat à l'honneur

En cette période de fêtes, voici donc des cadeaux à offrir ou à se faire, pour développer sa connaissance de la culture française, et développer sa réflexion.

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Viande rouge cancérogène etc.

26 Octobre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'OMS déclare la charcuterie cancérogène, et la viande rouge probablement. Aussitôt les media diffusent ces déclarations, sans aucun recul, aucun esprit critique, comme parole d'évangile. C'est le paradoxe de notre époque : jamais les sources d'information n'ont été aussi disponibles, et pourtant l'esprit critique reste très faible. En fait, il suffit qu'un organisme public, étatique ou supra étatique, fasse une déclaration, ou qu'une quelconque ONG fasse une annonce catastrophique, aussitôt elle est reprise sans analyse, au mépris des principes démocratiques qui veulent que le peuple contrôle ceux qui les gouvernent. Alors qu'il est souvent facile de trouver une contradiction argumentée, loin des théories du complot.

On le voit en économie, où l'on parle de crise financière, accusant l'avidité des banques. Pourtant, la bulle immobilière était souhaitée par les keynésiens, comme Paul Krugman (voir ici). Le secteur bancaire est soumis à une politique très dirigistes de la part des autorités publiques, notamment à travers les critères de Bâles, comme le montre bien Guillaume Nicoulaud, ici et ici. C'est également le Congrès Us qui a voulu encourager le crédit aux pauvres, avec le Community Reinvestment Act (act signifiant loi). Sans compter la politique des agences publiques Fannie Mae et Freddie Mac, chargées de racheter aux banques leurs crédits hypothécaires. Tous ces faits, car ce sont des faits, battent en brèche l'idée d'une crise financière due au capitalisme débridé, mais montre plutôt une crise économique provoquée par des manipulations monétaires, destinées à relancer l'économie comme l'écrit Krugman. Mais de ces faits, nul ne parle dans les grands media. Le principe de contradiction n'existe pas.

D'autres matières fournissent des exemples de diffusion d'information sans recul. Comme lorsque Le Nouvel Observateur a fait sa une sur une étude sur les OGM, très critiquée par la suite (voir ici et ici). On peut citer également le bisphénol, diabolisé en France sans procès (voir ici un exemple d'étude sur les méfaits du bisphénol), et sans aucune considération pour ses effets bénéfiques (voir ici). Ne parlons pas du débat sur le climat. Aller à l'encontre de la thèse de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique est condamné d'apostasie (voir ici et ici). Personne ne s'interroge non plus sur la politique énergétique censée diminuer la production de CO2 (voir ici). Concernant l'alimentation, on peut citer le régime cétogène, qui peut entrer dans le débat.

Ce que j'ai voulu montrer ici, c'est que LA vérité n'existe pas forcément. Il n'y a personne qui dispose de la science infuse. Chacun doit pouvoir se faire sa propre opinion, en confrontant les sources. Or, aujourd'hui, alors que l'information est disponible, elle est finalement très peu diffusée. On a plutôt l'impression de se voir imposer une pensée unique. N'est-ce pas dommage, pour le libre arbitre de chacun, et, finalement, le fonctionnement de la démocratie ?

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La nouvelle sphère libérale en France

3 Octobre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le magazine l'Expansion a publié ce mois d'octobre 2015 un numéro avec en titre "Les nouveaux libéraux" . Parmi les points positifs, on se réjouira de la médiatisation du renouveau du libéralisme en France, et de Students for Liberty, l'organisme qui permet aux jeunes de découvrir le libéralisme.

Sinon, l'article est malheureusement médiocre. Je suis peut-être sévère, car c'est en tant qu'ancien abonné que j'écris. Je suis tellement déçu de la dégradation de L'Expansion, et d'autres magazines d'ailleurs. L'article parle d'abord d'un foisonnement libéral, puis conclut avec les conservateurs. Pour juger du libéralisme, il fait appel à Stéphane Rozès, de CAP, dont internet nous apprend qu'il fût conseil de François Hollande. On comprend mieux son commentaire sans appel : "Le libéralisme économique appelle, en contrepoint, un conservatisme culturel". Il y a aussi un graphique illustrant le positionnement de plusieurs personnes qualifiées de libérales, et qui comporte un axe "ultra-libéral". Sachant que l'ultra-libéralisme n'existe pas, qu'il est simplement une expression politique pour diaboliser, sans explication ni argument, le libéralisme, on ne peut être convaincu par ce graphique.

Néanmoins, cet article prend acte d'un certain renouveau de la sphère libérale en France. Quelle est cette nouvelle sphère libérale ? Qui sont ces nouveaux libéraux ? Les habitués des sites libéraux se doutent que chacun a son avis sur la question. Voici le mien, et j'invite les blogueurs libéraux à faire connaître leur liste des nouveaux libéraux.

Je suis d'accord, je le répète car c'est le principal point positif de l'article de L'Expansion, avec la mise en avant de Students for Liberty. Je n'en ai entendu que du bien, et c'est un formidable vecteur pour s'initier au libéralisme, quand on est étudiant, ou, tout simplement, jeune (pas comme moi, mais je suis très jeune d'esprit!). Donc, parmi les nouveaux libéraux, je cite Christophe Seltzer, le président de Students for Liberty Paris.

Sinon, le point d'entrée du libéralisme aujourd'hui en France, c'est le portail Contrepoints. Ce site se veut un Huffington post libéral français, avant même que le Huffington post ne débarque en France. Il reprend des articles sélectionnés de blogueurs libéraux, produit aussi ses propres articles et interviews, et traductions. Il n'hésite pas à publier des points de vue différents sur un même sujet. Bien sûr, la qualité et l'intérêt des articles varient selon les jours, mais c'est une porte d'entrée ver le libéralisme, et un acteur essentiel du pluralisme en France. Contrepoints est dirigé par l'association liberaux.org. Par conséquent, parmi les nouveaux libéraux je cite donc Alexis Vintray et Arnaud Bichon, rédacteurs en chefs de Contrepoints, et Guillaume Périgois, président de liberaux.org.

Pour l'aspect culturel, je consulte le site de l'Institut Coppet. Et depuis le temps, je fais même partie de l'IC. Mais je n'ai aucun rôle opérationnel. Comme l'indique son site : La mission de l’Institut Coppet est de participer, par un travail pédagogique, éducatif, culturel et intellectuel, à la renaissance et à la réhabilitation de l’école française d’économie politique, et à la promotion des différentes écoles de pensée favorables aux valeurs de liberté, de propriété, de responsabilité et de libre marché.

L'nstitut Coppet publie des textes des libéraux français, du 18ème et 19ème siècle, ou avant. Il publie aussi des textes plus contemporains de l'école autrichienne, ainsi que des tribunes et des interviews. C'est un point d'entrée idéal pour comprendre le libéralisme, le libéralisme français et le libéralisme en tant que philosophie politique. L'Institut Coppet est animé par son président, Damien Theillier, que je cite donc parmi les nouveaux libéraux. Ses propos sont toujours étayés par des auteurs. C'est une bible du libéralisme.

Je citerai aussi parmi les nouveau libéraux Cécile Philippe, fondatrice de l'Institut Economique Molinari. Je consulte en fait rarement l'IEM. Mais il organise les Universités d'Automne en économie autrichienne. Je vous invite vivement à suivre le lien vers Youtube, car ces universités sont riches d'enseignement. Comme cette présentation de l'école autrichienne par Jorg Guido Hulsmann (voir ici).

Students for Liberty, avec Christophe Seltzer, Contrepoints, avec Alexis Vintray, Arnaud Bichon, et Guillaume Périgois, l'Institut Coppet, avec Damien Theillier, et l'Institut Economique Molinari, avec Cécile Philippe, ce choix trahit mon goût pour la connaissance et le débat d'idées. J'ajouterai deux personnes pour qui j'ai beaucoup d'estime. Guillaume Nicoulaud, dont les analyses économiques et monétaires surclassent celles des médias mainstream comme on dit, et qui fait preuve par ailleurs d'une large culture historique et libérale. Et Pierre Chappaz, entrepreneur engagé, qui défend le libéralisme.

Tels sont les principaux noms de la nouvelle sphère libérale selon mon opinion. Je précise "nouvelle". Ainsi, Pascal Salin, ou Alain Laurent sont indiscutablement des libéraux, mais pas des nouveaux (ceci dit sans malice aucune).

Et maintenant, j'espère que les blogueurs libéraux diffuseront leur propre liste, avec les liens, pour favoriser la connaissance.

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INSEE-Revenus 2013

22 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'INSEE Première a publié ce 22 septembre son article annuel sur les niveaux de vie des français, pour l'année 2013 cette fois. Voici quelques commentaires sur cette publication.

D'abord, à leur habitude, les médias ne font que répercuter les chiffres et commentaires de l'INSEE sans aucun recul. Metronews souligne la baisse du taux de pauvreté. 20 Minutes souligne que la baisse des inégalités efface le creusement observé depuis la crise, BFM et lefigaro.fr titrent sur la baisse des inégalités. Tous reprennent en fait les commentaires de l'INSEE, au lieu d'examiner les chiffres et de faire leur propre analyse. Déjà que les statistiques sont un construit, et que ce qui est appelé le taux de pauvreté en France et en Europe est sujet à caution, la reprise de l'analyse de l'INSEE montre un manque d'esprit critique.

L'INSEE indique donc que les inégalités diminuent, l'indice de Gini passant de 0,305 en 2012 à 0,291 en 2013, tandis que le taux de pauvreté passe de 14,3% en 2012 à 14% en 2013. Bien sûr, d'un point de vue statistique, c'est plutôt une stabilité. Cependant, nous sommes dans une époque où la diminution d'1% d'un indice quelconque est une chute, donc on peut considérer que l'INSEE ne verse pas dans l'exagération.

Les raisons de cette diminution des inégalités et du taux de pauvreté, selon l'INSEE, sont les suivantes :

  • diminution des revenus du patrimoine ;

  • hausse des impôt des ménages les plus aisés ;

  • augmentation des revenus d'activité du premier décile (les moins aisés), due à une augmentation du nombre d'heures travaillées, bien que le taux d'activité de cette population reste stable ;

  • hausse des prestations sociales.

Il y a un point positif dans cette énumération : la hausse des heures travaillées pour la population du premier décile. Mais il y a aussi beaucoup de négatif. La baisse des dividendes et de revenus d'intérêt est un point négatif. Il n'est jamais bon que les revenus de la population d'un pays diminuent. Surtout qu'il n'y a pas de raison que les dividendes diminuent. L'INSEE avance l'explication suivante :

Deux phénomènes peuvent expliquer cette baisse marquée des revenus du patrimoine en 2013. D’une part, les taux d’intérêt se sont nettement repliés. D’autre part, la perspective d’une hausse de la fiscalité s’appliquant aux dividendes versés en 2013 (remplacement du prélèvement forfaitaire libératoire par l’intégration dans le barème de l’impôt sur le revenu, assujettissement aux cotisations sociales des dividendes dépassant 10 %) a pu conduire certaines entreprises, en particulier des petites structures, à abaisser ou décaler leurs versements de dividendes.

On remarquera que l'INSEE fait l'impasse sur une éventuelle fuite des hauts revenus, explication que ce genre d'information ne devrait pas manquer d'alimenter.

Que la hausse des prestations sociales soient à l'origine d'une baisse des inégalités n'est pas positif non plus. Cela signifie que la hausse des bas revenus est en partie artificielle, car ne provenant pas de l'activité économique. Ce qui est corroboré par un autre point négatif, la stagnation du taux d'activité de la population du premier décile : l'activité ne repart pas suffisamment.

Il y a un point qui est totalement passé sous silence : depuis au moins 2010, le revenu médian des salariés diminue (La méthodologie évolue selon les années, donc donner le revenu 2010 pour le comparer à 2013 n'a pas de sens. Pour les comparaisons, et d'autres chiffres, rendez-vous sur le site de l'INSEE : 2010, 2011, 2012, 2013). Le revenu médian est le seuil qui départage les salariés en deux : ceux qui gagnent plus, ceux qui gagnent moins. L'INSEE raisonne en revenu disponible, c'est-à-dire après les impôts directs. Par conséquent, cette baisse peut signifier une baisse de certains salaires, comme une hausse des impôts directs. Il est à noter que les impôts indirects, qui ont augmenté également, à l'instar de la TVA, ne sont pas pris en compte. La baisse du revenu médian peut aussi provoquer une baisse du taux de pauvreté (voir ici).

En conclusion, l'étude revenus 2013 montre une baisse des revenus disponibles d'activité, que ce soit les revenus des investissements, que, surtout, ceux des salariés, qui constituent la classe moyenne.

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Les inégalités globales diminuent

9 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le capitalisme est accusé de faire augmenter les inégalités. Dans cet extrait d'un article paru sur le site du Mises Institute , Daniel Fernández Méndez démonte cette thèse, statistiques à l'appui.

Au fil du temps, le discours selon lequel il y a globalement une augmentation des inégalités de revenus apparaît de plus en plus comme un conte de fées. Cette affirmation de la montée des inégalités est basée sur l'idée populaire que le développement du capitalisme mène à une immense augmentation des inégalités de revenus. Les écarts entre riches et pauvres, nous dit-on, augmentent si vite que la situation n'est plus soutenable. Ce discours affirme de plus que le capitalisme a une tendance intrinsèque à l'inégalité. Cette histoire est si souvent répétée que personne ne la met en doute.

Cette description est-elle pertinente ? Les données brutes semblent d'accord avec la version marxiste du processus de marché, dans laquelle un petit nombre de capitalistes deviennent plus riches avec le temps tandis que le peuple s'appauvrit. En effet, il semble que les inégalités ont explosé depuis la révolution industrielle. Nous pouvons voir comment les inégalités mondiales ont explosé depuis 1820 à travers les indicateurs d'inégalité communément utilisés : l'indice de Gini et celui de Theil (figure 1).

Les inégalités globales diminuent

Cependant, une analyse plus approfondie des données suggère autre chose.

Premièrement, nous notons que les inégalités de revenus au niveau mondial ont diminué depuis 1980. Cette baisse provient principalement de la mise en place de réformes en faveur de l'économie de marché en Chine, qui ont provoqué une fantastique augmentation de la productivité et des taux de croissance élevés qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté. En d'autres termes, 1,3 milliard de personnes convergent vers le niveau mondial moyen de revenus.

Néanmoins, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont augmenté substantiellement entre 1850 et 1980. Donc la question demeure : le capitalisme en est-il la cause ?

Inégalités internes contre inégalités externes.

Au début du 19ème siècle, le coefficient de Gini était de 43, tandis qu'au début du 21ème siècle il était proche de 70 (le chiffre évolue entre 65 et 70 en fonction de l'origine des données).

Mais est-ce que ces chiffres ont comparables ? Pour cette interrogation, nous devons séparer les composantes du coefficient de Gini entre les écarts de revenus à l'intérieur des pays, et les écarts entre les pays.

Durant le début du 19ème siècle, 35% des inégalités globales décrites par l'indice de Gini était dues aux écarts entre les pays. A la même époque, 65% des inégalités provenaient des écarts de revenus à l'intérieur de chaque pays. Mais, au début du 21ème siècle, 85 à 90% des inégalités sont dues aux écarts entre les pays, tandis que seulement 10 à 15% sont dues aux différences de revenus au sein de chaque pays.

En d'autres termes, la principale origine des inégalités dans le monde est passée des inégalités internes aux pays aux inégalités externes, entre les pays.

Ce qui indique clairement que les inégalités ne proviennent pas du capitalisme, mais du développement de l'industrie et des institutions de marché dans différents endroits à différents rythmes. Si la moitié du monde adopte l'économie de marché et l'autre non, il est clair que le développement du premier groupe va rendre le monde plus inégalitaire, mais ce fait ne nous dit rien à propos des inégalités dans les endroits qui ont adopté les institutions de marché. En effet, les données disponibles soutiennent précisément cette hypothèse : les inégalités entre les pays ont augmenté de 15 points, à 60 – 63 points selon l'indice de Gini, tandis que les inégalités internes ont chuté de 28 points, à 7 – 11 points (figure 2 et 3).

Les inégalités globales diminuent
Les inégalités globales diminuent

Selon à la fois les indices de Gini et de Theil, la tendance montre que les inégalités entre les pays augmentent tandis que que les inégalités internes diminuent jusqu'aux années 1980. Les dernières observations modifient la tendance, en partie en raison de la récente intégration de la Chine et de sa force de travail dans l'économie internationale.

Note:les opinions exprimées sur le site Mises.org ne sont pas nécessairement celles du Mises Institute.

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