Analyse Libérale

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Brexit : mais qui gouverne le monde?

16 Mai 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'hypothèse du brexit suscite l'effroi de bien des pays. Oser vouloir quitter l'Europe, quelle idée. Cela ne peut venir que du Royaume-Uni. Pourtant, les britanniques posent de bonnes questions, largement ignorées par le reste de l'Europe et tous ceux qui veulent les inciter à considérer leur initiative comme une aberration. Ce qui est en débat, c'est la gouvernance de l'Europe, et, plus encore, l'humanisme.

Les raisons du brexit.

Pourquoi ce référendum sur la sortie du Royaume Uni de l'Europe ? Il y a la question de l'immigration, certes. Le Royaume Uni, quand les travaillistes étaient au pouvoir, ont ouvert sans restriction les frontières aux ressortissant des pays de l'Est, nouvellement intégrés à l'Union. Ce qui a causé un afflux massif. Cependant, ce référendum ne se résume pas cette question.

Les britanniques protestent aussi contre l'excès de réglementation européenne. Les petites entreprises estiment que ces réglementations favorisent les grosses, comme la multiplication des normes environnementales par exemple. Ou encore, quand l'Europe fixe des normes de tailles pour certains récipients. Est-ce vraiment son rôle ?

Et ce n'est pas seulement l'Union Européenne qui est critiquée pour son excès de normes. La Cour Européenne des Droits de l'Homme est elle aussi critiquée. Sa décision d'invalider la déchéance du droit de vote des prisonniers au Royaume-Uni a été mal vécue par les britanniques. Tout comme sa décision d'invalider l'expulsion d'un demandeur d'asile qui avait renversé en voiture et laissé mourir une adolescente de 12 ans. Les britanniques estiment que ce genre de décision ne relève pas des Droits de l'Homme mais d'un jury.

La concentration des pouvoirs.

Les griefs britanniques illustrent la concentration des pouvoirs en Europe. Finalement, comme tous les aspects de la vie tendent à être normés (c'est-à-dire qu'une norme est définie, et nom une règle générale comme par exemple le principe de non coercition), un groupe assez réduit de personnes décide de nos vies. La démocratie ne règle pas le problème. Un parlement ne représente que la plus forte minorité. Ensuite, un gouvernement dispose d'un appareil d'Etat capable d'influencer le peuple. Ne serait-ce que par le monopole de l'éducation. Les lobbys, tels que les ONG, ou des corporatismes, n'ont à influencer qu'un nombre réduit de personnes, pour qu'ensuite leurs vues soient imposées au peuple. Dans le cas de l'Union Européenne, le pouvoir apparaît encore plus lointain, addition des pouvoirs des gouvernements de chaque pays, à tel point que les technocrates de la Commission, qui assurent la permanence de la gouvernance, semblent avoir le pouvoir réel.

Il n'y a pas que les institutions issues de la démocratie. Il y a les Cours de Justice comme le montre l'exemple anglais : certaines décisions ne vont-elles pas au-delà de la justice, et ne tendent-elles pas à empiéter sur le domaine du législateur ? Il y a aussi les organismes supra-nationaux. Comme le Comité de Bâle. Celui-ci définit les critères prudentiels des banques, et par extension de nombreux fonds d'investissement, et déterminent au final l'orientation du financement de l'économie (voir par exemple l'article de Guillaume Nicoulaud : Bâle les défaillances du marché. ) Richard North nous rappelle par ailleurs que de nombreux autres organismes supra-nationaux édictent des règles, que l'Union Européenne ne fait elle-même que répercuter (voir ici ).

L'Europe et le monde semblent s'orienter vers une société big brother, dans laquelle finalement un petit groupe organise la vie de chacun. Ce sont des démocraties où finalement de petits groupes se disputent le pouvoir sur la population, des organismes supra-nationaux, ou même des juges qui peuvent dépasser leurs prérogatives. Au final, cela pose la question du contrôle, du débat (si ces organismes supra-nationaux se trompent, tout le monde est mal embarqué). Mais c'est aussi la question de l'humanisme, de cet idéal d'un être humain libre sa vie et responsable. L'être humain devient de plus en plus aliéné de nos jours.

Finalement, le brexit effleure des questions très importantes, sur la gouvernance de l'Europe, du monde, et de la place de l'être humain dans la société. Mais ces questions sont largement ignorées.

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Quand la BCE crée des inégalités

29 Avril 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La politique de la BCE produirait des inégalités, selon un article publié dans le rapport trimestriel de mars de la Banque des Règlements Internationaux. Ce qui au demeurant est logique : la politique qui consiste à inonder l'économie de liquidité est dans son principe inégalitaire. Plus encore, au cours d'une conférence à l'université d'automne en économie autrichienne, en 2014, le professeur Guido Hülsmann, fait le lien entre la montée des inégalités depuis la fin des années1960 et la politique monétaire des banques centrales à compter de cette époque.

La Banque des Règlements Internationaux a donc publié une étude, menée par trois économistes, qui conclut à une augmentation des inégalités depuis la crise financière. La politique de taux bas aurait sa part de responsabilité. En effet, cette politique a poussé les cours des actions à la hausse, favorisant les patrimoines financiers, tandis que le patrimoine immobilier, mieux réparti au sein de la population, voyait sa valeur moins augmenter. Les auteurs de l'étude parlent d'une possibilité plus que d'une certitude. Ils se sont basés sur des études statistiques élaborées.

Cependant, on se demande pourquoi il apparaît comme une découverte que la politique de la banque centrale européenne accroît les inégalités. Je l'avais moi-même souligné dans un article sur les inégalités (voir ici). Le but de la banque centrale est de relancer l'investissement. En baissant le taux des crédits. Et aussi en abaissant le rendement des placements peu risqués pour que les investisseurs s'orientent vers des placements plus risqués. Les investisseurs voient le rendement des obligations baisser. Ils se reportent sur les actions. D'abord les actions peu risquées, qui voient leur valeur augmenter. Ce qui augmente le patrimoine de ceux qui possèdent des actions. Les entreprises, voyant les taux de crédit baisser, ont intérêt à emprunter pour se financer. Et elles rachètent leurs propres actions. Car, économiquement, il est plus rentable de se financer par l'emprunt et de rendre de l'argent aux actionnaires. Ce qui fait augmenter le cours des actions. Et ce qui favorise les riches, qui sont ceux qui proportionnellement possèdent plus d'actions.

Ce mécanisme de hausse des actifs financiers est voulu. Il a déjà été mis en œuvre à partir de 2002, pour les actifs immobiliers. On considérait à l'époque que l'éclatement de la bulle internet devait être compensé par une bulle immobilière (voir ici ce qu'en disait Paul Krugman). C'est une constante depuis la fin du système de Bretton Woods : on considère que l'injection de monnaie dans l'économie, et donc le création de bulles, relance la croissance. On n'obtient que des inégalités, comme le montre le professeur Guido Hülsmann.

Le professeur Hülsmann constate que les inégalités augmentent depuis la fin des années 1960, tant les inégalités de revenus que de patrimoines. Cela coïncide avec la fin des accords de Bretton Woods. Le système monétaire issu des accords de Bretton Woods en 1944 lié la valeur du dollar à l'or, et la valeur des autres monnaies mondiales au dollar. C'était une sorte d'étalon or indirect. L'émission de dollars dépendait des réserves en or de la banque centrale des USA, et l'émission des autres monnaies dépendait des réserves en dollars dans les banques centrales hors USA. Officiellement, c'est en 1971 que la convertibilité du dollar en or est abandonnée. Mais, dans les faits, la guerre du Viet-Nam avait entraîné un relâchement monétaire bien auparavant.

La fin des accords de Bretton Woods signifie une augmentation de la création monétaire. Le professeur Hülsmann souligne que le secteur de la finance voit ses revenus croître plus vite de puis la fin des années 1960 que d'autres secteurs. Les patrimoines financiers augmentent plus vite aussi. Dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, dont le professeur Hülsmann est un éminent représentant, ces inégalités s'expliquent aisément : c'est l'effet Cantillon. Quand il y a création monétaire, les premiers, et généralement les seuls, à en profiter, sont ceux qui sont placés au début de la chaîne monétaire. La monnaie est injectée sur les marchés financiers. Donc,ceux qui en profitent, sont ceux qui ont des placements financiers, c'est-à-dire des gens aisés, et ceux qui travaillent dans la finance, salariés et sociétés. La lecture du professeur Hülsmann est très enrichissante pour qui s'intéresse aux inégalités. Les conclusions sont cependant dérangeantes.

En conclusion, un des facteurs d'inégalités dans les pays développés apparaît être la politique de création monétaire des banques centrales. Officiellement, cette politique doit créer de la croissance. En réalité, elle provoque des crises, et des inégalités.

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Le projet de loi sur l'évolution du droit du travail

31 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le projet de modification du droit du travail fait l’actualité. Il est l’objet de vives critiques. Celles-ci témoignent d’une certaine conception de l’être humain et de la société. Nous ferons ici une analyse libérale de ces critiques. Le libéralisme est d’abord un humanisme, qui s’oppose à l’aliénation de l’être humain. Le libéralisme peut aussi être vu comme un utilitarisme, qui défend le bien être social.

Humanisme

Les opposants à la loi travail défendent une conception du salarié qui dépend totalement de l’entreprise. Celle-ci doit lui assurer l’emploi, une rémunération élevée, financer la protection sociale et la prévoyance. L’être humain est pris en charge par l’entreprise. Il faut que l’Etat force l’entreprise à remplir cette fonction.

C'est une vision de l’être humain non autonome. Aliéné pour reprendre le vocabulaire marxiste. Même si c’est par l’intermédiaire de l’action de l’Etat à l’encontre de l’entreprise.

Au contraire, l’idéal humaniste prône une société où chacun est autonome et responsable. Ce qui n’exclut pas les mécanismes de prévoyance et d’assurance d’ailleurs. Mais chacun peut être à même de faire des choix, d’évoluer au cours de sa carrière, sans dépendre d’une entreprise.

C’est un idéal qui peut faire peur aujourd’hui, et les anti-humanismes jouent sur cette peur. En effet, nous sommes généralement assez peu préparés à être autonomes. L’école ne nous insère pas dans la vie active. Et tout dépend de l’éducation que nos parents ont pu nous donner, qui dépend à nouveau de leur propre parcours et de leurs réflexions. Cependant, n’est-ce pas un idéal à atteindre ?

Utilitarisme

Les opposants à la loi travail défendent un cadre figé. Or, c’est la liberté qui a permis le progrès social. En effet, la révolution industrielle, le salariat, l’assurance maladie, la prévoyance, ne sont pas le fruit d’un plan établi ex-nihilo par un Etat. Ils se sont développés avant d’être repris par les Etats.

Or, la société évolue. L’histoire montre que c’est la condition du progrès social. Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, des questions se posent sur l’évolution du travail par exemple, avec l’ubérisation, l’économie du partage (voir ici).

Nous sommes dans une période pleine de promesses, mais personne ne connaît la forme que prendra l’économie, les modes de relations économiques qui en découleront. La seule solution pour profiter du progrès est de laisser les acteurs construire cette nouvelle économie. Il a fallu abolir les corporations pour développer l’industrie.

Conclusion : le progrès nécessite le changement.

L’évolution vers une société humaniste, où l’être humain peut décider de sa vie et s’accomplir, et vers le progrès social, nécessite donc la réforme. Un changement qui fait peur, car nous n’y sommes pas préparés. Mais nous devons plutôt laisser foisonner les initiatives, pour qu’apparaisse le nouveau cadre contractuel, afin de profiter du progrès.

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comparaison entre la crise de 1929 et aujourd'hui.

13 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'économie se pique d'être scientifique. Pourtant, elle ne tient aucun compte des faits. Elle s'enferme dans l'idéologie. Une comparaison entre la crise de 1929 et celle de 2007 - 2008 l'illustre. L'origine des deux crises est monétaire. Les banques centrales usurpent un mérite abusif dans le fait que la crise de 2007 - 2008 n'a pas eu l'ampleur de celle de .1929, alors qu'elles ont répété les mêmes erreurs. Par contre, les véritables raisons de cette différence d'ampleur sont ignorées. Pourtant, il suffit de regarder les faits. De tirer les leçons de l'expérience.

L'origine des deux crises.

La crise de 1929.

Comme le montre Lionel Robbins, dans le livre La Grande dépression, la crise de 1929 a été précédée d'une période d'expansion monétaire, à partir de 1925, provoquée par la banque centrale des USA. L'objectif était de soutenir la Banque d'Angleterre, qui souhaitait rétablir un étalon or, mais avec une parité entre la livre et l'or trop optimiste. Robbins constate que la politique monétaire a provoqué une surproduction dans le secteur des biens de production. Il aurait pu citer également l'envolée de la bourse, boostée par les achats à découvert.

Dans l'article Echoes of 1937 in the current economic cycle, Brendan Brown décrit la politique monétaire pendant la crise de 1929. C'était à nouveau une politique d'expansion monétaire, que nous nommons aujourd'hui quantitative easing. En 1937, la fin brusque de cette politique a provoqué une rechute de l'économie.

La crise actuelle.

La crise de 2007 - 2008 a également été précédée d'une période d'expansion monétaire. Celle-ci a débuté vers 2002, suite au ralentissement de 2001. Cette politique a provoqué un bulle immobilière, qui a boosté l'économie. Cette bulle permettait de compenser la chute de celle des valeurs internet, comme l'expliquait le prix Nobel Paul Krugman en 2002. Ajoutons les facilités accordé au crédit, avec les agences Fannie Mae et Freddie Mac, qui rachetaient des crédits subprime, c'est-à-dire à risque. Ou encore, le Community Reinvestment Act, destiné à accroître le crédit aux personnes peu solvables. Toute l'économie était basée sur le crédit, et tout le monde s'en félicitait. Un cercle vertueux keynésien devait s'engager, les dépenses entraînant la croissance. C'était l'époque où le ministre de l'économie français, Nicolas Sarkozy, voulait importer en France l'hypothèque inversée, qui permet de prendre un crédit à la consommation gagé par la valeur de son habitation.

Face à la crise, comme dans les années 1930, c'est à nouveau la politique monétaire qui est mise en œuvre. Avec notamment des politiques dites non conventionnelles. Avec le quantitative easing. Et avec le même dilemme qu'en 1937: est-ce que la remontée des taux, et la fin du quantitative easing, ne vont pas provoquer une contraction de l'économie?

Les différences entre les années 30 et aujourd'hui.

Durant la crise de 1929, différentes mesures ont été mises en oeuvre en dehors de la politique monétaire. Aux USA, contrairement à la légende, le président Hoover a été très interventionniste. Il a pris des mesures protectionnistes, mené une politique de déficit budgétaire, et incité les patrons à ne pas baisser les salaires. Il a fait l'exact contraire de la politique de son prédécesseur face à la crise des années 20. Roosevelt a mené une politique semblable. Les pays ont aussi dévalué leurs monnaies.

Aujourd'hui, globalement, la crise n'a pas entraîné un fort protectionnisme. Même s'il y a eu des mesures de ce type, recensées par l'OMC, elles n'ont pas eu l'ampleur de celles des années 1930. D'autre part, de nombreux pays, dont les USA, ont laissé le tissu économique s'adapter. Ce sont ces pays qui s'en sortent le mieux. L'Allemagne a même une situation budgétaire saine.

Les leçons de la crise des années 30.

Après la deuxième guerre mondiale, deux accords phares tiraient les leçons de la crise: Bretton Woods, et les accords du GATT. Bretton Woods rétablissait la discipline monétaire. L'émission de dollars US dépendait du stock d'or des USA. Les autres monnaies étaient liées au dollar par une parité fixe, et donc indirectement à l'or. Les désordres monétaires ont été considérés comme une cause de la crise. Les accords de Bretton Woods ont volé en éclats, les crises sont revenues.

Les accords du GATT visaient à promouvoir le libre commerce entre les pays. Le protectionnisme ayant été identifié comme une cause d'aggravation de la crise. Cahin caha, ils se sont développés. Et nous ont protégés d'une aggravation de la crise de 2007 – 2008.

Conclusion

La politique de relance monétaire nous est présentée comme le Saint Graal de la politique économique. Les banquiers centraux s'enorgueillissent d'avoir évité une aggravation de la crise de 2007 - 2008. Pourtant, ils ont causé cette crise. Et leur politique monétaire a la même inefficacité que dans les années 30. Certains réclament des mesures protectionnistes pour sortir de la crise. Pourtant, c'est ce qui a aggravé la crise des années 30.

Ce sont là des faits. pourtant, la théorie les ignore. A l'exception de l'école autrichienne. Pourtant, l'économie se prétend scientifique.

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L'appel des quatre vingt

20 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le quotidien Les Echos du jeudi 11 février 2016 a consacré un pleine colonne à une tribune de quatre vingts économistes, en faveur d'une politique dite alternative, publiée par Le Monde. En une seule colonne, on ne relève que des contradictions : contradiction avec les faits, ou contradiction interne. Ce qui m'a dissuadé de lire leur tribune.

Ces "économistes" critiquent l'austérité en France. Mais on se demande quelle austérité ? La dépense publique a augmenté (quand on parle de diminution, c'est en fait une diminution de l'augmentation). Le déficit public reste abyssal. D'ailleurs, dans le même numéro des Echos, un article montre les déficits budgétaires en pourcentage du PIB : 7,2% en 2009, 6,8% en 2010, 5,1 en 2011%, 4,8% en 2012, 4,1% en 2013, 3,9% en 2014, 3,8% en 2015. Où est l'austérité ?

La vérité est que le gouvernement français mène une politique keynéso-socialiste. C'est-à-dire basée sur le déficit public, de fortes contraintes sur les entreprises, et une volonté de transformation sociale, comme le montre le soutien à ce qu'il appelle l'économie solidaire et responsable (ce qu'elle n'est pas malgré son appellation). Cette politique ne donne pas les résultats escomptés. Alors, contre toute vraisemblance, dans un jusqu'au boutisme idéologique, on demande encore plus de déficit.

D'autre part, Les Echos citent Christophe Ramaux,maître de conférences à l’université Paris-I, un des coordinateurs de la tribune, qui accuse l'Allemagne d'étrangler l'Europe :

« Il ne faut pas hésiter à risquer d’aboutir à une rupture avec l’Allemagne. L’euro lui bénéficie en lui permettant de dégager des excédents commerciaux en étranglant les pays du sud de l’Europe, dont la France fait partie. »

On remarquera trois choses dans cet extrait. D'abord, une politique mercantiliste tombée en désuétude depuis des siècles. Ensuite, que la France fait partie de l'Europe du sud, cette Europe du chômage, de la crise. Enfin, la désignation d'un bouc émissaire, l'Allemagne, qui pomperait les revenus de l'Europe de Sud. Mais cette affirmation est contredite par les faits, une nouvelle fois.

En effet, comme le montre l'IFRAP, les importations en provenance de l'Union Européenne en Allemagne augmentent. Tandis que la part de ces exportations hors UE augmente. Comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler ses partenaires européens. Il ne tient qu'à la France d'en profiter.

Enfin, Les Echos citent Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE :

« nous faisons l’analyse que le risque d’éclatement de la zone euro est réel. Certains d’entre nous le voient d’un bon œil, d’autres pas. Mais il faut rappeler à l’Allemagne qu’elle a beaucoup à perdre en cas de disparition de l’euro, notamment en ce qui concerne son épargne investie dans d’autres pays européens ».

On remarque dans cette citation une menace envers l'Allemagne. Celle-ci est clairement désignée comme bouc émissaire. En même temps, cette citation est contradictoire : elle accuse l'Allemagne des maux de la France, mais reconnaît qu'elle finance l'Europe. Ce financement, compte tenu des règles de Bâle, concerne aussi la dette d'Etat. Sans le vouloir, cet économiste souligne le rôle de l'Allemagne dans le financement de l'Europe. Par quoi veut-il remplacer ce financement ? La planche à billets et ses conséquences néfastes ?

Cet article n'incite pas à lire la tribune en question. Tout est contredit par les faits, ou se contredit. Cependant, c'est la pensée dominante en France. Il suffit d'augmenter encore plus les déficits, pour que tout aille pour le mieux, sans efforts. Ou de faire payer l'Allemagne. Un bouc émissaire, pour expliquer les problèmes du pays. Mais se remettre en question, se demander si le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste doit être remis en cause, c'est hors de question.

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La peur de l'automatisation.

14 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'automatisation apparaît de manière surprenante comme le grand danger du 21éme siècle. Le conseil national du numérique écrit ainsi :

«S’il est impossible de prédire l’avenir de l’emploi face à l’automatisation, les acteurs publics doivent anticiper l’éventualité d’un chômage structurel persistant et d’une montée des inégalités du fait de l’automatisation.»

J'ai aussi vu passer dans le quotidien Les Echos un éditorial sur l'automatisation. Serait-ce donc le grand danger du siècle ? Grâce au progrès de l'informatique, les humains deviendront-ils inutiles ?

Pour quiconque connaît vaguement l'histoire économique, cette peur de l'automatisation paraît sans aucun fondement.

L'automatisation conquiert aujourd'hui de nouveaux territoires grâce à l'informatique. Ainsi, des articles d'informations peuvent être écrit par des robots informatiques. La recherche sur internet est depuis longtemps automatique, sans intervention humaine. Ces progrès de l'informatique, qui tendent vers l'intelligence artificielle, permettent à certains de cultiver la crainte d'un remplacement de l'être humain par la machine. Le Conseil National du Numérique y voit un danger pour l'emploi, allant jusqu'à prôner un revenu universel pour remédier à la vague de chômage et de déclassement qu'une telle évolution ne peut manquer de produire.

Cette peur de l'automatisation est aussi ancienne que cette dernière. C'est peur de l'évolution, du progrès. Les corporations protégeaient de l'évolution. Je me souviens d'un passage du roman de Gilbert Cesbron, Notre prison est un royaume, qui décrit la visite de lycéens dans une usine Citroën (qui a longtemps été installée quai de Javel à Paris). Il y est question d'une nouvelle presse qui permet de remplacer un certain nombre d'ouvriers. Un lycéen s'inquiète du sort de ceux-ci, qui paraît bien sombre. Je me souviens d'un cours d'histoire-géo au collège, où nous devions débattre des dangers de l'automatisation.

Pourtant, les conséquences de l'automatisation au cours de l'histoire sont claires et évidentes : croissance et emploi. Nous vivons depuis la révolution industrielle une automatisation de l'économie, et cela nous a permis la croissance et l'emploi, ainsi qu'un niveau de vie tel que nos ancêtres ne pouvaient l'imaginer. C'est un fait. C'est la réalité. Ce n'est pas une théorie. La théorie n'est venue qu'après, pour comprendre ce fait évident et avéré.

L'automatisation, et le progrès technique en général, agit de deux manières. La baisse des coûts engendrés par l'automatisation développe le marché, et donc la croissance, et donc l'emploi et les revenus. La révolution industrielle a ainsi provoqué une grosse baisse des prix, qui a développé la consommation, et permis un développement économique et social sans précédent. (On remarque au passage que c'est la baisse des prix qui a engendré la croissance, contrairement à la théorie keynésienne qui prétend qu'il faut que les prix augmentent.) L'automatisation, en baissant les coûts, ouvre également de nouveaux débouchés économiques. Prenons l'exemple des télécoms. Il n'y a pas si longtemps, les communications passaient par un opérateur humain. Aujourd'hui, tout est automatisé. Même la vente d'abonnement et de services, qui se fait largement via les sites internet des fournisseurs. Cette automatisation a provoqué une baisse des coûts, le développement de l'accès à l'internet et à l'internet mobile, et toute une nouvelle industrie de biens et services. Et justement dans le domaine qui concerne le Conseil National du Numérique, qui craint tant l'automatisation.

On peut noter que le progrès technique, dont fait partie l'automatisation, ne crée pas que des emplois qualifiés. Par exemple, Amazon, entreprise emblématique de l'ère numérique, qui automatise l'acte d'achat, embauche des manutentionnaires et des employés pour confectionner les colis des internautes. Une enquête d'Accenture publiée sur consultancy.uk montre que la création d'emplois qualifiés arrive en tête au Royaume Uni, mais qu'ensuite viennent des emplois dans le stockage, la manutention, la restauration, accessibles à plus de monde.

Les économistes expliquent ces créations d'emplois par la hausse de la productivité. Celle-ci permet la baisse des prix d'un produit, et la hausse de sa consommation. Elle permet aussi une hausse du pouvoir d'achat qui se reporte sur d'autres produits. Par exemple, la baisse des prix des produits alimentaires a permis l'explosion du secteur des loisirs.

Ou encore, on fait appel à Joseph Alois Schumpeter, et sa théorie de la destruction créatrice. L'innovation est selon cette théorie la mise en œuvre d'une nouvelle technique, un nouveau produit, ou un nouveau débouché pour un produit existant. L'automatisation s'inscrit donc dans la mise en œuvre d'une nouvelle technique. Les innovations lancent un nouveau cycle économique, en remplaçant d'anciennes techniques, d'anciens produits. Les innovations sont mises en œuvre par les entrepreneurs, et tirent la croissance économique.

Ainsi, il n'y a pas de raisons de craindre l'automatisation. C'est l'histoire économique qui le prouve. Là n'est pas le problème pour l'emploi. Au contraire, elle fait partie d'un flux d'innovations à même de provoquer des créations d'emplois, toutes sortes d'emplois, même peu qualifiés. Mais, pour qu'un pays en profite, il faut qu'il soit favorable à l'évolution, que les lois n'entravent pas le développement des nouvelles entreprises, leur financement. Qu'il ne protège pas la vieille économie. La France se cherche un peu des excuses pour expliquer avec fatalisme le chômage, pour éviter de remettre en cause le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste qui bloque le pays, et refuser les réformes qui créeraient de l'emploi.

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Marx et Keynes: héritiers du matérialisme anglais.

31 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Il est de coutume d'établir une similitude entre la pensée de Rousseau et Karl Marx. Ce qui rattache tacitement en partie le marxisme à une tradition française. Et, au contraire, de fustiger le libéralisme comme un avatar de l'individualisme anglo-saxon. Cependant, le marxisme se rattache plutôt à un matérialisme anglais, tout comme le keynésianisme.

Rousseau et le libéralisme français.

J'opposerai ici Rousseau et Constant, en reprenant des extraits du livre Un chemin de Liberté, de Damien Theillier et Augustin Celier. C'est un livre remarquable de concision et de clarté. Je le recommande aux lycéens, aux étudiants, à ceux qui passent concours, et à ceux qui ont des connaissances éparses et autodidactes en philosophie, et qui souhaitent organiser leur pensée.

Rousseau

Rousseau considère que l'homme est naturellement bon. La vie en société l'a perverti. Ce qui amène Rousseau à imaginer un contrat social, par lequel chacun serait lié à la société.

Comme chez Hobbes, tous les hommes passent un contrat fondant l'état de société, mais celui-ci est radicalement différent. Il instaure une démocratie égalitaire,où tous s'incarnent dans le peuple souverain. Chacun se donne entièrement à la communauté, abandonne toute son autonomie pour 'incarner avec tous les autres dans le peuple souverain, devenant alors citoyen. Et ainsi, le peuple souverain agit en vue de l'intérêt général. Tout le peuple est à l'origine de la loi, ce qui préserve des dérives de l'intérêt particulier.

Le pacte social de Rousseau se résume ainsi : chacun s'associe en renonçant à ses droits, l'association devient le peuple, qui est alors souverain et agit selon la volonté générale.

On peut alors noter les deux citations suivantes :
«Les clauses [du pacte social] se réduisent toutes à une seule : l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté.»
«Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.»

Un chemin de liberté, p. 62.

Benjamin Constant

Benjamin Constant distingue la liberté des modernes et des anciens. Il s'oppose ainsi à Rousseau en choisissant la liberté des modernes. Le texte de son discours De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes est un véritable manifeste libéral :

- La liberté des Anciens réside dans la participation active à l'exercice du pouvoir politique. C'est une liberté collective et positive : le citoyen est libre à partir du moment où il appartient au corps politique. Pour le reste, il est entièrement soumis à la tradition et aux coutumes en usage, sinon il est exclu.
La liberté des Modernes réside « dans la jouissance possible de l'indépendance privée et les garanties accordées par les institutions à cette jouissance». C'est une liberté individuelle et négative dans le sens où elle consiste à ne pas être empêché de faire ou de penser quelque chose. La liberté des Modernes c'est rechercher pour soi-même son bonheur, c'est la non ingérence du pouvoir politique dans les activités sociales dans la vie privée et dans les choix individuels.
En voici une citation qui résume l'idée :
«Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans la vie privée et ils nomment libertés les garanties accordées par les institutions à cette vie privée.»

Un chemin de Liberté, p.66

Nous voyons donc une différence entre Rousseau, qui est plutôt du côté de la liberté des anciens, et les humanistes, du côté de la liberté des modernes. Le marxisme pourrait être du côté de la liberté des anciens par le collectivisme, et donc de Rousseau, sauf que ce n'est pas le cas. Ce serait négliger la dimension matérialiste du marxisme.

Le matérialisme

Une caractéristique du marxisme, et du socialisme en général, est souvent passée sous silence : le matérialisme. Le marxisme, comme toute doctrine socialiste, promet le bonheur matériel. Tout le monde aura ce à quoi il aspire, grâce à la transformation sociale de la société. C'est notamment la doctrine de l'homme nouveau. Il ne défend pas la démocratie, la parole de la collectivité, mais le dirigisme, la prise de pouvoir d'un groupe, qu'il appelle classe sociale, par la force. C'est le concept de révolution. Et le formatage de l'être humain. Nous sommes donc loin de Rousseau, et de ses réflexions sur l'organisation de la Cité.

Ce qu'il est intéressant de remarquer, c'est que ce matérialisme correspond à un état d'esprit au Royaume Uni, au moins du 19ème au 20ème siècle. On peut ainsi rattacher John Meynard Keynes à ce matérialisme. Ainsi, Gilles Dostaler, dans Keynes et ses combats, écrit :

Le programme du nouveau libéralisme était ce qu'on appelle en d'autres lieux un programme de transition vers un avenir plus lointain, qu'on espère radieux. Keynes s'exprime là-dessus dans un texte au style lyrique, publié au cœur de la grande crise, et intitulé «Perspectives économiques pour nos petits enfants ?». La crise en cours provoque «un grave accès de pessimisme économique»(1930-17, 2002-1, p. 106). Il ne s'agit toutefois pas des rhumatismes de la vieillesse, mais des troubles de la croissance. L'aveuglement sur les causes profondes de la crise explique le pessimisme des réactionnaires et des révolutionnaires. Ce qui est vécu en 1930, c'est l'interruption momentanée d'un processus de perfectionnement technique extrêmement rapide : «A long terme tout cela signifie que l'humanité est en train de résoudre le problème économique» (ibid, p.111). Ce long terme correspond à un siècle dans l'esprit de Keynes. On pourra alors envisager un monde où les besoins essentiels seront satisfaits et où les énergies pourront être employées à des buts non économiques.

Keynes et ses combats, p. 203

Les gens ne seront plus obligés que de travailler une poignée d'heures par semaine. Libérés de la contingence du travail, ils pourront se consacrer à l'art de vivre.

Dostaler rattache ce concept de Keynes à John Stuart Mill. Ce dernier «appelait de ses vœux, au contraire, cet état de société dans lequel on cesserait de courir après l'argent pour se consacrer aux choses de l'âme et de l'esprit.» (Keynes et ses combats, p.39).

Conclusion : le matérialisme victorieux.

Il est intéressant de voir le point commun entre les deux doctrines les plus populaires de notre temps, le marxisme et le keynésianisme. Toutes deux sont matérialistes. Elles promettent un monde délivré des contingences matérielles. En cela, elles s'opposent à la bourgeoisie, qui représente justement la valeur travail. Elles s'opposent au libéralisme, qui est un humanisme, et s'intéresse au développement humain. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir trouver du Rousseau dans Marx, qui prône le dirigisme. Rousseau peut être considéré comme un des pères de la démocratie totale, qui s'immisce dans tous les aspects de la vie privée. Mais le marxisme n'est pas démocratique.

Au final, il est aussi intéressant de rappeler à quel point la pensée de Marx est anglaise. On a coutume au contraire d'opposer le marxisme, qui serait proche de la pensée française, au libéralisme qui serait anglo-saxon.

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Lutte contre les inégalités et paradis fiscaux.

19 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'organisme OXFAM a sorti un communiqué annonçant que 62 personnes possèdaient la moitié de la planète. Passons ici sur les modalités de calcul. Sachant que les richesses naturelles sont possédées par les Etats, ainsi que de nombreux bâtiments et terrains, ce chiffre ne me paraît pas réaliste. C'est surtout la conséquence qu'en tire OXFAM qui paraît illogique : pour lutter contre les inégalités, il faut combattre les paradis fiscaux. OXFAM fait un lien entre paradis fiscaux et inégalités, qui n'a rien d'évident. Sachant que les médias sont adeptes parfois des raccourcis, j'ai été vérifier sur le site de l'organisme. Et j'ai pu constater qu'OXFAM recommandait effectivement la lutte contre les paradis fiscaux pour lutter contre les inégalités. L'idée étant que les paradis fiscaux soustraient des ressources à d'autres Etats.

OXFAM a donc une proposition surprenante pour lutter contre les inégalités, et qui ne semble pas très rationnelle au regard des faits. Par ailleurs, on peut s'étonner qu'elle fasse autant confiance aux Etats pour lutter contre ces inégalités.

Dans un article du Mises Institute, déjà signalé par ailleurs, Daniel Fernández Méndez étudie l'évolution des inégalités de revenus. Concept un peu différent des inégalités de patrimoine mis en avant par OXFAM, mais lié. En effet, il faut gagner des revenus pour avoir un patrimoine. Par ailleurs, la valorisation du patrimoine est plus élevée dans les pays dont les citoyens disposent d'un revenu plus élevé.

Daniel Fernández Méndez montre ainsi que les inégalité de revenus ont augmenté entre 1850 et 1980, pour diminuer depuis. Il souligne également qu'au 19ème siècle, les inégalités étaient fortes au sein même des pays. Aujourd'hui, les inégalités sont plus fortes entre les pays. En clair, il y a les pays développés, grâce à l'économie de marché, où les gens gagnent plus, et ceux hors économie de marché. D'autre part, la baisse des inégalités de revenus coïncide avec le développement de l'économie de marché en Chine, qui a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté.

Le remède aux inégalités paraît donc tout trouvé : l'économie de marché. Le développement de l'Etat de droit, de la propriété privée, des échanges. Ce qui permet le développement de l'activité, de l'emploi, des revenus, et finalement d'une classe moyenne. La dénonciation des paradis fiscaux apparaît dans ce contexte comme un cheveu sur la soupe.

Par ailleurs, dans de nombreux pays les richesses naturelles sont accaparées par une oligarchie liée à l'Etat. En Chine, la plaie du pays est la corruption, permise là encore par le pouvoir de l'Etat sur l'économie. Et ne parlons pas de Cuba, ou du Venezuela, dont les richesses vont à la classe dirigeante. Cet accaparement des richesses par l'Etat est souvent la principale cause des inégalités, et retarde le développement économique et social.

En conclusion, la recommandation d'OXFAM pour lutter contre les inégalités est très surprenante, et paraît peu logique. Elle semble faire la part trop belle à l'Etat. La meilleure arme contre les inégalités est l'économie de marché, qui soutient l'Etat de droit, la propriété privée, la liberté des échanges. Et la limitation du pouvoir de l'Etat, pour éviter l'accaparement des richesses.

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L'humanisme est- il mort?

10 Janvier 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Au hasard des articles et opinions que je peux lire à travers le net, et les journaux imprimés, une évidence s'est fait jour en moi : l'humanisme n'existe plus. Cette grande idée est totalement obsolète, dans un monde ultra-matérialiste. Et les libéraux ont leur part de responsabilité dans cette disparition.

L'humanisme, c'est l'idée que l'être humain peut être libre et responsable de ses actes. C'est la définition de Wikipédia. Le Larousse en ligne précise : "philosophie qui place l'homme et les valeurs humaines au dessus de toutes les autres valeurs." C'est un concept issu de la Renaissance. Il trouve ses racines notamment au XIVème siècle, et se développe au cours de la Renaissance. Une réflexion sur l'être humain qui s'inscrit dans la modernité face aux anciens.

Le libéralisme s'inscrit à l'origine dans ce mouvement. Il défend une société qui permet à l'être humain de maîtriser sa vie, et de s'accomplir. Les lois et règlements doivent aller dans ce sens. C'est ce que professe le célèbre texte de Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes. C'est ce que défend Frédéric Bastiat dans La Loi. Ou encore, quand Alexis de Tocqueville s'oppose à la création d'un droit du travail, au nom de la Révolution Française. Il oppose l'Ancien Régime, qui veut tout réglementer, et la Révolution, qui veut que chacun soit autonome. Comme Benjamin Constant oppose la liberté des anciens et des modernes. Tocqueville veut des ouvriers libres et autonomes, au contraire des socialistes qui les veulent aliénés.

Aujourd'hui, l'idée humaniste de rendre les êtres humains autonomes a complètement disparu. Elle n'apparaît dans aucun débat. Au contraire, le champ de la réglementation s'est considérablement étendue. Et cela paraît normal. On attend de l'Etat qu'il assure tout le bien être matériel de l'individu. Et la politique est devenue l'art de donner en faisant croire que c'est l'autre qui finance. Ainsi le gouvernement français a envoyé en 2015 un courrier à tous ceux qui bénéficiaient d'une baisse de l'impôt sur les revenus. Ce qu'il n'avait pas fait quand il a rehaussé les taux de TVA.

Le symbole de la négation de l'humanisme est sans aucun doute Barack Obama. Il a dit que l'Etat était la clef de la réussite du secteur privé. Le fait que cette déclaration n'ait pas déclenché de polémique montre à quel point l'humanisme est tombé en désuétude. Surtout dans un pays comme les USA.

Cette idéologie vient certainement du socialisme. Celui-ci est en effet matérialiste. Il promet la satisfaction matérielle. Nous sommes là à l'opposé de l'idée humaniste de développement de l'être humain. Rien ne compte que l'abondance matérielle. Et non la subsistance qui supposerait un minimum vital. Le socialisme promet l'abondance.

Le socialisme ne détaille pas ce que sera cette société d'abondance. C'est une promesse. Ce qui est sûr, c'est que cette promesse passe par le constructivisme. C'est l'idée qu'une élite peut décider du sort du commun des mortels. C'est la théorie de l'homme nouveau, des socialistes français. Le marxisme promet lui la satisfaction matérielle, par la transformation sociale. Il ne précise pas ce que sera le paradis marxiste. Mais il souligne que l'Etat devra prendre en charge l'être humain, en matière économique et éducative notamment.

Cependant, les libéraux ont aussi leur responsabilité dans la déliquescence de l'humanisme. En effet, ils se sont focalisés sur une approche utilitariste, oubliant l'idéal humaniste. C'est ainsi que Ludwig von Mises a écrit :

"Le libéralisme est une doctrine entièrement consacrée au comportement des hommes dans ce monde. En dernière analyse, il n'a rien d'autre en vue que le progrès de leur bien-être extérieur et matériel : il ne se préoccupe pas directement de leurs besoins intérieurs, spirituels et métaphysiques. Il ne promet pas aux hommes le bonheur et la satisfaction intérieure, mais uniquement de répondre de la manière la plus efficace possible à tous les désirs pouvant être satisfaits par les choses concrètes du monde extérieur. "

Ou encore, cette citation de F. A. Hayek, dans son Magnus opus Droit, législation et liberté :

"La thèse de cet ouvrage est qu'une situation de liberté dans laquelle tous ont la faculté d'employer leurs connaissances à la poursuite de leurs objectifs, bornés seulement par des règles de juste conduite applicables en toute circonstance, leur fournira probablement les conditions les plus favorables à la réalisation de leurs projets ;"

Les libéraux se complaisent dans l'utilitarisme. Comment s'étonner que le libéralisme aujourd'hui en soit réduit à l'économie de marché, elle même héritière de l'utilitarisme de Bentham par l'entremise de Jevons. Le texte de Benjamin Constant, Du principe de l'utilité, substité à l'idée des droits individuels (publié dans le numéro 12 de la revue Laissons faire de l'Institut Coppet) critiquant l'utilitarisme de Bentham malgré ses conclusions proches des siennes, n'en apparaît que plus prémonitoire.

L'humanisme était une grande idée des Lumières. Il s'agissait de développer l'être humain. Aujourd'hui, le matérialisme a pris le dessus. Et même ses adversaires se sont inclinés, s'orientant vers l'utilitarisme, qui semblait mieux correspondre aux aspirations de la société. La question se pose de savoir si l'humanisme est définitivement enterré, ou si les libéraux peuvent le faire renaître de l'oubli.

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Ubérisation et économie du partage

12 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'ubérisation, l'économie du partage, ce sont les thèmes à la mode aujourd'hui. La multinationale uber est vue comme une révolution dans le monde du travail, bousculant les schémas types. Pourtant, cette évolution est en cours depuis longtemps. Nous sommes simplement trop prisonniers de nos schémas pour envisager l'évolution.

Cette fixation sur l'ubérisation m'a fait ressortir un bouquin vieux de maintenant vingt ans, paru aux USA en 1994, et en France en 1995 : La Conquête du Travail, de William Bridges. Sous-titré "Au delà des transitions", il traite déjà de l'évolution du travail. Selon Bridges, chaque individu doit se comporter comme une entreprise, une "me inc". Nous devons chacun investir dans le développement de compétences, les vendre sur le marché, évoluer. C'est la conception du travail en tant que service. Et de l'individu en tant qu'être autonome.

Ce qui tranche avec la conception traditionnelle du travail. Celle-ci correspond au salariat industriel. Le travail est caractérisé par la pénibilité, le rapport de subordination, et sa quantité est mesurée par le temps. Tout tourne autour de cette conception du travail. Par exemple, la conception des loisirs : faire ce qui plaît, en opposition au travail. L'idée d'un travail plaisir paraît incongrue. On remarquera aussi que le travail des cadres est mal pris en compte par cette conception. En effet, la mesure du travail d'un cadre n'est pas le temps. A contrario, on a voulu faire entrer dans la notion de travail ce qui n'en était pas. Par exemple, on a considéré qu'une femme au foyer faisait le même travail qu'une femme de ménage. Par conséquent, il fallait payer la femme au foyer. On remarque qu'on s'intéresse à la forme du travail. Pas à son essence.

Il y a deux erreurs cette conception du travail : le refus de l'idée d'évolution du travail, et une focalisation sur la forme du travail, plutôt que sur son essence. Avant la révolution industriel, le travail n'était pas conceptualisé. Chacun était à sa place. Les nobles, l'Eglise, et les travailleurs, c'est-à-dire les paysans. Ces derniers voyaient leur vie rythmée par les saisons, et par l'Eglise qui imposait ses fêtes. Il y avait aussi les serfs, assez longtemps. Dans cet ordre des choses féodal, les artisans étaient une particularité. Il fallait les faire entrer dans une norme. Ce furent les corporations. C'est ainsi que Robert Castel écrit :

"(…) Sans doute la ville reste-t-elle, quantitativement marginale, mais c'est à partir d'elle que se développent l'artisanat, les échanges commerciaux, l'économie monétaire, les techniques bancaires du capitalisme commercial. Mais même ces innovations se déploient à travers des hiérarchies précises, qui maintiennent, à la ville comme dans le monde rural, la même subordination de chacun à l'ensemble."

"L'idiome corporatiste commande ainsi l'accès à ce que l'on pourraait appeler la citoyenneté sociale, le fait d'occuper une place reconnue dans le système des interdépendances hiérarchiques qui constituent l'ordre communautaire."

Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p. 83, pp. 131-132)

Avant la révolution industrielle, le travail de l'artisan a nécessité une réflexion pour être intégré dans l'ordre des choses. La notion de travail, si on analyse ex post, avec notre vision moderne, était donc très différente avant l'ère industrielle. Elle n'existait pas en fait. Le temps était déterminé par les obligations collectives : les fêtes religieuses, les nécessités des saisons pour les paysans, et pour les artisans, un règlement est créé pour les faire rentrer dans la norme.

La révolution industrielle dynamite cette ordre. Dynamiter n'est d'ailleurs pas le bon terme, car l'histoire est progressive, avec des accélérations. Mais le terme même de révolution industrielle est-il judicieux ? Ce terme fait référence à la forme. L'émergence de l'industrie. Mais ce n'est pas l'essence. Cette révolution, c'est le fait que des particuliers peuvent s'unir librement pour créer des industries, et d'autres offrir leurs services à ces industries, sous forme de travail. Le travail, dans cette révolution, est devenu un service. Mais on a préféré voir la forme : l'industrie, la forme du salariat.

D'une certaine manière, la focalisation sur la forme du salariat ressemble à la volonté d'intégrer les salariat dans la norme avant la révolution industrielle. C'est le refus de l'évolution On définit alors de nouveaux concepts, ubérisation, économie du partage, pour intégrer, et pour expliquer l'évolution. Mais l'essence du travail n'est pas intégrée. Le travail est un service, proposé sur un marché.

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