Dimanche 22 janvier 2012
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Le traitement de la crise dans les médias, par les
journalistes, les politiciens, les chroniqueurs et les experts, se résume à des appels à plus de réglementation, plus d'interventionnisme, allant même jusqu'au protectionnisme, à plus de
dépenses, à une dénonciation de "l'ultra-libéralisme", de l'esprit de lucre, de la cupidité. Chacun assène sa vérité anti-libérale, et sa proposition interventionniste. Il n'y a aucun débat,
aucune leçon tirée du déclenchement ni de l'origine de cette crise. C'est la faute à l'ultra-libéralisme, ita missa est!
Aucune analyse sérieuse, ou presque. La finance est
pointée du doigt comme étant à l'origine de la crise. Elle doit donc être régulée. Problème: elle l'est déjà! La finance, les banques, n'obéissent pas aux règles de l'économie de marché. C'est la
réglementation qui définit la notion de
risque, qui oriente les investissements. Ainsi, les établissements financiers se sont rués sur les titres adossés aux prêts subprime car ils étaient considérés comme sans risque par la
réglementation. De même, c'est la réglementation qui a donné leur pouvoir aux agences de notation, qui sont aujourd'hui pourfendues.
La réglementation évolue suite à la crise, mais
toujours dans la même direction. Le problème majeur ne fait l'objet d'aucun débat. Ce problème est de savoir si la réglementation peut déterminer le risque. Ce qui signifie que tous les
établissements financiers suivent la même politique d'investissement. C'est la voie qui continue d'être suivie. Une agence de notation européenne est même évoquée. Sachant qu'elle aurait à noter
les pays européens, ne serait-elle pas juge et partie?
Le libéralisme propose comme solution la liberté et
la responsabilité. Chaque établissement financier fait ce que bon lui semble. Sauf à utiliser la force, la contrainte, contre autrui: ne pas mélanger libéralisme et loi de la jungle. Le
libéralisme obéit à des règles. En contrepartie de cette responsabilité donc, chaque établissement financier assume ses pertes.
Le libéralisme peut être contesté. Une autre
solution peut être proposée. Mais il ne faut pas accuser le libéralisme là où il n'y a pas de libéralisme. Et il faudrait au moins débattre du problème de fond. Ce débat est
inexistant.
Au delà des marchés financiers, la crise trouve son
origine dans la politique monétaire des USA. La Fed a mené une politique très souple, maintenant longtemps les taux d'intérêt à des niveaux très bas. Le gouvernement US a encouragé, sinon obligé,
le crédit à des foyers peu solvables, en assouplissant notamment les conditions de rachat de crédit hypothécaire par les deux organismes de refinancement Fannie Mae et Freddy Mac. Cette politique
faisait l'objet de louanges de la part des "experts". Elle favorisait un effet richesse : la valeur des biens immobiliers augmentait, ce qui engendrait la possibilité de prendre un nouveau prêt
hypothécaire sur le bien, ce qui soutenait la consommation, et donc la croissance. La BCE était elle considérée comme trop frileuse.
Il n'y a aucune remise en cause de cette politique.
C'est le silence total. Au contraire, maintenant le soutien des banques centrales est réclamé pour les dettes des Etats. Alors même que la crise provient du crédit.
Une fois encore, le libéralisme ne peut être mis en
cause : il est contre ce genre d'intervention. Sur le plan monétaire, les positions libérales sont diverses, entre le retour à l'étalon or, et la privatisation de la monnaie. Mais, au moins, le
débat existe. Il n'y a aujourd'hui aucun débat public sur le rôle de la monnaie dans l'économie.
Pire encore, en matière monétaire, il y a
désinformation. Ainsi, il est sous-entendu qu'avant une loi de 1973, surnommée loi Pompidou-Giscard-Rothchild, la Banque de France pouvait financer indéfiniment le gouvernement français. Alors
même que depuis les accord de Bretton woods, en 1944, la création monétaire française était contrainte par les stocks de la Banque de France en dollar. La France n'a par ailleurs jamais eu un
accès aussi avantageux à l'endettement que depuis l'avènement de l'euro. Et elle en a profité.
L'histoire économique elle-même est réécrite. Ainsi
quand est évoquée la crise de 1929, le keynésianisme est présentée comme ayant redressé l'économie. Or, la reprise s'est appuyée après guerre sur la mondialisation du commerce, avec les accords du GAAT, et une discipline monétaire avec
ceux de Bretton Woods déjà cités. Et cela en
désaccord avec le théories keynésiennes. La réalité est singulièrement simplifiée. Ce qui n'est pas neutre quand des propositions à la crise actuelle sont faites, tel le protectionnisme, ou la
création monétaire. C'est justement le contraire qui a permis les trente glorieuses! Cela mériterait au moins réflexion. D'autant que les politiques keynésiennes à base de dépenses publiques et
de déficits n'ont abouti à aucune reprise économique. Cela devrait au moins mener à une réflexion sur les modalités de l'interventionnisme, de la mise en œuvre du keynésianisme.
Aucun de ces débats n'est sur la place publique. Et
pourtant, nous sommes à la veille d'une élection présidentielle. Quelles que soient les opinions de chacun, la confrontation avec ces débats, avec les faits, devraient être considérés comme
indispensable. Au lieu de cela, c'est une dénonciation d'un ultra-libéralisme inexistant, et un juqu'au-boutisme néo-keynésien irréfléchi, les économistes étant plus pressé de vouloir convaincre
les masses que de se coltiner les problèmes réels.
Le keynésianisme est peut-être une solution, mais
sous quelles modalités? Là devrait au moins être le débat. Le libéralisme pourrait être quelque peu considéré également. Une politique n'est jamais l'application stricte d'une théorie économique.
Elle emprunte aux uns et aux autres, avec une ligne directrice plus ou moins forte. Avec un débat économique aussi indigent, la politique économique ne pourra être que
catastrophique.
Le débat est indispensable en démocratie. La France
n'est donc pas une vraie démocratie sur le plan économique. Le débat est indispensable pour se faire une opinion. Comment le citoyen lambda, qui n'a pas de bagage particulier en économie, qui
doit gagner sa vie, aller chercher les enfants à l'école, répondre à leurs multiples sollicitations, prendre un peu de repos, pourrait-il se faire une opinion avec le peu de temps qui lui reste
pour s'informer? Et quel choix au moment de voter?
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