Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 22:28

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, dit prix Nobel d'économie, a été décerné en 2014 à Jean Tirole. J'avais lu quelques papiers de ce chercheur sur web. Je n'imaginais pas qu'il puisse être nobélisable.

 

Tirole m'a paru être un économiste big brother, de ceux qui veulent contraindre les agents économiques, en leur imposant un comportement. Il est récompensé pour ses travaux sur la régulation. Mais j'ai plutôt trouvé qu'il était dirigiste, et non régulateur.

 

Il y aune différence entre dirigisme et régulation. Le dirigisme, c'est imposer un comportement aux agents économiques, les banques par exemple. La régulation, c'est établir des règles, qui permettent de limiter les excès, en créant une sorte d'effet de rappel, ou de cliquet.

 

Par exemple, le dirigisme peut précipiter l'économie dans une crise systémique, en imposant le même comportement aux banques. Et, en fait, c'est ce qui s'est produit (voir ici).

 

La crise financière provient en effet à la fois de ce qui est appelé régulation, et de la politique économique des USA, mais aussi de certains pays, comme l'Espagne ou la Grèce. L'idée de la "régulation" et de la politique économique est de stimuler l'économie par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit. C'est ainsi qu'après 2001, la Réserve Fédérale, a maintenu les taux d’intérêt bas, pour relancer l'économie. Le gouvernement US a encouragé l'accession à crédit à la propriété par les agences Fannie Mae et Freddy Mac. Il a également encouragé, ou imposé, le crédit aux ménages moins solvables par le Community Reinvestment Act. Tandis que les critères de Bâle, qui régulent les banques, ont encouragé les prêts immobiliers. Tous ces éléments ont conduit à la crise.

 

Il y a également une certaine schizophrénie chez les dirigistes. Aujourd'hui, ils critiquent les banques car elles ne prêtent pas assez au secteur productif, et de l'autre ils multiplient les contraintes à l'encontre des banques qui prêtent au secteur productif.

 

Pourtant, il est assez facile de réguler le secteur financier. Jesus Huerta de Soto, dans son livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, souligne que le dépôt dans une banque est un contrat. Les déposants pourraient donc choisir où leur argent est investi, ainsi que réclamer des garanties de leur banque. En clair, les "régulateurs" pourraient obliger les banques à avoir un contrat type de placement sans risque des dépôts, un contrat transparent, dont la liquidité serait garantie par un dépôt auprès de la banque centrale. Les banques qui ne respecteraient pas la réglementation verraient leurs dirigeants punis pénalement. Les banques pourraient par ailleurs accorder tous les crédits qu’elles voudraient, mais elles ne seraient plus protégées par une banque centrale en cas de faillite. C'est le principe de responsabilité, le meilleur régulateur.

 

Mais, ce schéma pose problème. Parce que le crédit esst considéré clmme l'alpha et l’oméga de la croissance. Et, surtout, car la régulation favorise l'endettement des Etats. En effet, selon les critères de Bâle, les obligations d'Etat sont sans risque.

 

La fondation Nobel vient donc de récompenser le courant économique responsable de la crise. Cependant, il faut reconnaître que le Nobel récompense indifféremment tous les courants en économie. La problématique est de savoir si l'économie va enfin adopter une démarche scientifique. C'est-à-dire mettre à l'épreuve ses hypothèses,et accepter de les changer si la réalité les contredit, comme c'est le cas aujourd'hui.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : éco actu
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Lundi 22 septembre 2014 1 22 /09 /Sep /2014 04:00

 

L'actualité illustre malheureusement l'absurdité de ce qui est considéré comme le taux de pauvreté en France et en Europe. En effet, comme le montre l'INSEE, le taux de pauvreté a baissé en 2012 par rapport à 2011, mais c'est une mauvaise nouvelle. Car, en fait, les français sont plus pauvres !

 

Ce paradoxe est directement lié au concept choisi comme taux de pauvreté. Dans un premier temps, on calcule le revenu médian. C'est le revenu qui sépare en deux la population : 50% gagne plus, 50% gagne moins. Ensuite, on considère que ceux qui gagnent moins de 60% du revenu médian sont pauvres. Le taux de pauvreté est donc le pourcentage de personnes qui gagnent moins de 60% du revenu médian.

 

Avec une conséquence mécanique : quand le revenu médian diminue, et que par conséquent la population s'appauvrit, le taux de pauvreté diminue. Et, quand le revenu médian augmente, et que la population s'enrichit donc, le taux de pauvreté augmente. En 2012, le revenu médian a baissé, et donc le taux de pauvreté a diminué.

 

Pourquoi mesurer le taux de pauvreté de cette façon ? Il s'agit bien sûr plutôt d'un taux d'inégalité. Ce qui est mesuré, c'est l'inégalité des revenus. Le taux diminue si l'inégalité diminue, et inversement. Mais quel lien avec la pauvreté ? Même si on considère que la pauvreté vient de l'inégalité, la construction de ce taux de pauvreté est aberrante. Un égalitariste forcené ne considérerait quand même me pas qu'un taux de pauvreté qui diminue quand la pauvreté globale augmente est une bonne mesure ! Ou alors, nous sommes dans une situation où l'égalitarisme mène à l'aveuglement idéologique.

 

Aux USA, la pauvreté est mesurée différemment. On considère le prix de ce qui est nécessaire pour subsister. La mesure n'est sans doute pas parfaite, mais plus logique.

 

Le taux de pauvreté tel qu'il existe doit donc être abandonné, pour une mesure meilleure. En se basant sur les conditions de vie par exemple.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : éco actu
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Samedi 20 septembre 2014 6 20 /09 /Sep /2014 15:33

 

Où va la politique monétaire ? Quelle est sa logique ? Quel est le raisonnement de ceux qui la mènent ? La question se pose, tant elle apparaît déconnectée de la réalité, et incohérente.

 

Déconnexion de la réalité

Ainsi, tout le monde se félicite du nouveau programme de quantitative easing, c'est-à-dire d'injection de monnaie dans l'économie, décidé dernièrement par la BCE. Ce programme de création monétaire est censé relancer l'économie européenne. Cependant, au même moment, le bilan de la même politique, menée au Japon, s'avère être un échec. Curieusement, personne ne tient compte de cet échec. Alors même que le Japon est l'exemple contemporain de multiples politiques de dépenses publiques, de déficits, et de création monétaire, qui n'ont mené à rien. Mais cela ne fait pas la une de l'actualité.

 

Pour justifier la politique de création monétaire, les politiques de la Fed, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique, et de la Bank of England, sont mises en avant pour expliquer la reprise économique dans ces pays. Mais on oublie que la politique de la BCE est elle aussi très accommodante. Il y a peu de différences entre la BCE et la Fed et la Bank of England. La BCE avait d'ailleurs déjà lancé un grand programme de crédit aux banques européennes, comme elle veut le refaire aujourd'hui. Par contre, les économies qui connaissent une reprise sont celles qualifiées de plus flexibles. Elles se restructurent après une crise. De plus, c'est justement ce qui manque au Japon, la fameuse troisième flèche des abenomics : des réformes structurelles. Les faits montrent donc que la politique de création monétaire ne relance pas l'économie. Mais personne n'en tirent les conclusions qui s'imposent.

 

Incohérences

La politique monétaire fait aussi preuve d'une grande incohérence. Officiellement, il s'agit d'encourager le crédit aux entreprises. Sauf que, d'un autre côté, la réglementation monétaire fait tout pour rendre désavantageux pour les banques le crédit aux entreprises.

 

En effet, depuis 1988, les banques doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères décrètent ce qui est risqué ou pas pour les banques. Celles-ci ne sont donc pas libres dans leur activité. Si elles mènent une activité considérée comme risquée par les critères de Bâle, elles doivent respecter plus de contraintes, elles sont désavantagées. Les critères de Bâle favorisent l'investissement et le prêt aux entités publiques, et à l'immobilier. Et défavorisent l'investissement et le crédit aux entreprises ! L'instauration de ces critères a fait chuter la part du crédit aux entreprises (voir le graphique sur Contrepoints). Et ces critères viennent d'être durcis, pénalisant d'autant plus le crédit aux entreprises. D'un côté les autorités veulent donc encourager le crédit aux entreprises, de l'autre, elles le considèrent comme trop risqué !

 

Il n'y a ainsi aucune logique à la politique monétaire. Elle ne tient pas compte des retours d'expérience, et elle est incohérente.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Crise et Relance
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Lundi 15 septembre 2014 1 15 /09 /Sep /2014 19:45

 

A la suite d'Adam Smith s'est développé le courant économique dit classique. Puis, vers 1870, ont débuté les courants néoclassique et autrichien. Les néoclassiques se distinguent des classiques par la méthode. Ils sont à l'origine de la première mathématisation de la théorie économique. Mais tout en gardant des points communs avec les classiques, d'où le nom de courant néoclassique. Le courant autrichien, lui, continue d'étudier l'économie comme une science humaine, comme les classiques. Jorg Guido Hulsmann considère que le courant autrichien se place dans la continuité du courant classique tandis que Jesus Huerta de Soto insiste sur les différences entre les deux écoles.

 

Ces trois courants, malgré des différences théoriques et de méthodes, ont en commun de répondre de la même façon à la question de base : d'où provient la prospérité ? La réponse : l'échange, librement consenti.

 

Chacun des courants a ses théories, du capital, du travail, etc. Mais tout aboutit à l'échange. Des moyens sont mis en œuvre, du capital et du travail par exemple, pour produire quelque chose, produit ou service, qui a pour finalité d'être échangé. Et c'est ce qu'il faut retenir pour comprendre les débats en économie. A tel point que le courant autrichien nomme l'économie catallaxie, la science des échanges.

 

Mais, surtout, ce qui justifie de se focalier sur l'échange, et non de développer en long et en large les théorie de Smith et Ricardo par exemple, comme cela est fait la plupart du temps, c'est que c'est sur ce point que se concentreront les critiques et les débats en économie. Et, encore aujourd'hui. Ce qui montre bien que c'est là le point essentiel de ces trois courants. Plus précisément, les critiques porteront sur ce que les anglais nomment la loi de Say

 

 

 

La loi de Say.

 

Adam Smith a d'abord constaté que la division du travail permettait d'être plus efficace. Chacun se spécialisant dans ce qu'il sait le mieux faire. La spécialisation implique par ailleurs l'échange. Il a également constaté que quand on laissait les gens échanger, sans intervention de l'Etat, l'économie fonctionnait bien, comme si elle était dirigée par une main invisible. Cette expression est souvent répétée et mal comprise. Selon Corentin de Salle, dans le tome 2 de La Tradition de la Liberté, Smith ne l'emploi que très peu. Elle ne signifie pas qu'il n'y a pas de règles à respecter. Elle signifie qu'il faut laisser les gens produire et échanger.

 

Mais c'est ce que les britanniques ont nommé la loi de Say qui établit le rôle central de l'échange. Cette loi de Say tient son appellation du chapitre Des Débouchésdu Traité d'économie politiquede l'économiste français Jean-Baptiste Say.

 

Celui-ci a a écrit et réécrit son traité durant la première moitié du 19ème siècle. Dans le chapitre Des Débouchés, il a constaté que le produits s'échangeaient contre des produits. L'idée étant que ce n'est pas la monnaie qui est le moteur de l'économie. Quand ils font de mauvaises affaires, les marchands disent que l'argent manque. Or, Say souligne que ce qui manque, ce sont des produits à échanger. La monnaie n'est qu'un intermédiaire. Chacun produit, et met ses produits, ou ses services, car Say, précurseur, parlait aussi des services, sur le marché. L'abondance de produits offre des occasions d'échanges, chacun échangeant ce qu'il a produit contre ce dont il a besoin, ou ce qu'il désire tout simplement. Say en veut pour preuve que les endroits les plus prospères sont ceux où sont rassemblés le plus de producteur, comme les villes.

 

James Mill, à la même époque, écrit que les marchandises s'échangent contre des marchandises. Cette idée s'impose donc en économie que ce sont des produits qui s'échangent, par l'intermédiaire de la monnaie. Et que la monnaie n'est qu'un intermédiaire. Et, aussi, que stimuler l'économie par injection de monnaie n'est d'aucune utilité.

 

Cette idée ce sont des produits qui s'échangent prend le nom de loi de Say chez les économistes anglais au 19ème siècle. Même si Say n'a pas énoncé une loi, ses propos étant écrits dans le chapitres Des débouchés de son traité, d'où l'appellation française de loi des débouchés. En fait, ce qui est appelée loi de Say par les anglais résulte d'un débat sur la possibilité d'une surproduction générale, tout au long du 19ème siècle, en Angleterrre. La question était de savoir s'il était possible que se produise une surproduction généralisée. Et donc, s'il était nécessaire de stimuler les ventes. C'est l'idée que c'est l'échange qui crée l'activité qui s'est imposée.

 

Il est bien difficile, selon Steven Kates, auteur de l'ouvrage Say's law and the keynesian révolution, de distinguer les apports de Say et de Mill dans la loi de Say. L'appellation montre le prestige de l'économiste français. Ce débat montre aussi le rôle centrale de l'idée que l'échange est le moteur de l'économie.

 

Illustration de la loi de Say.

 

Nous sommes habitués à penser que l'activité provient de la monnaie. D'autre part, l'idée que les produits s'échangent contre des produits fait penser à du troc, ce qui paraît irréaliste. Voici donc un exemple que j'ai coutume de donner pour expliquer la loi de Say.

 

Pour schématiser le fonctionnement de l'économie, imaginons un échange entre trois personnages, A, B, et C. Le personnage A, madame Alphonsine, par exemple, rend un service au personnage B, madame Berthe. En échange, madame Berthe signe une déclaration de dette à madame Alphonsine : moi soussignée madame Berthe doit un service à madame Alphonsine.

 

Madame Alphonsine, qui a besoin d'un service, fait appel au personnage C, madame Colette. En échange, madame Alphonsine remet à madame Colette la reconnaissance de dette de madame Berthe. Nous sommes dans une communauté où tous se font confiance. Madame Alphonsine ne doit donc rien à madame Colette.

 

Enfin, madame Colette a besoin d'un service que peut lui rendre madame Berthe. Elle va donc voir celle-ci, qui lui rend ce service. En échange, madame Colette lui remet sa propre reconnaissance de dette. Reconnaissance de dette qui donc est annulée.

 

Il y na donc eu production, puisque trois services ont été réalisés. Il y a eu échange, il y a eu paiement. Au final, il n'y a pas de monnaie. Pourtant, la production est réelle : trois services. La monnaie n'est pas non plus à l'origine de la production.

 

Introduisons maintenant la monnaie. Tout le monde ne se connaît pas dans la communauté, qui est par ailleurs très nombreuse. Un organisme va certifier les reconnaissances de dette. Ainsi, madame Alphonsine va porter la reconnaissance de dette de madame Berthe à cet organisme. Elle reçoit en échange l'équivalent en... monnaie! Elle échange avec madame Colette cette monnaie contre un service. Madame Colette fait de même avec madame Berthe. Qui va ensuite rembourser sa dette à l'organisme de certification.

 

Ce processus n'est pas théorique. C'est l'escompte. Les comptoirs d'escompte ont compté parmi les premières grandes banques. Les entreprises venaient escompter les traites reçues de leurs clients, et recevaient en échange de la monnaie. Aujourd'hui existe l'affacturage : des sociétés rachètent des factures contre de la monnaie. La méthode de l'escompte s'est aussi simplifiée : une banque va accorder directement un crédit à une entreprise au vu de son volume de factures en attente d'être payées.

 

Nous voyons là le rôle de la monnaie crédit (par opposition à la monnaie marchandise, comme l'est par exemple une pièce d'or) : à la fois étalon de mesure de la valeur, et instrument d'échange. Et nous voyons aussi qu'au final, la monnaie disparaît, au terme de son parcours. C'est là ce que devrait vraiment être la monnaie crédit.

 

Le rôle de la monnaie

Si les produits s'échangent contre des produits, cela ne signifie pas que la monnaie est neutre. Pour les classiques, néoclassiques et autrichiens, la monnaie est avant tout un intermédiaire d'échange. Ils ne raisonnent pas en économie de troc. Ce qu'ils écrivent, c'est que ce n'est pas de la monnaie que vient la prospérité. Comme l'écrit Jean-Baptiste Say, ce n'est pas le manque de monnaie qui explique les mauvaises affaires du marchand. Mais la monnaie a quand même une influence sur l'économie. Plus précisément, i'excès de création monétaire perturbe l'économie.

 

C'est l'économiste classique David Ricardo, au 19ème siècle, a ainsi établi qu'une création monétaire excessive pouvait créer des crises économiques. Notons qu'avant les classiques, Richar Cantillon avait déjà étudié les effets de l'afflux d'or d'Amérique du Sud en Espagne.

 

Au début du 20ème siècle, Irving Fisher a finalisé la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle une augmentation de l'offre de monnaie sans augmentation de la production entraîne de l'inflation.

 

Il ne faut donc pas réduire les classiques, néoclassiques, et las autrichiens au troc. Ils ont conscience de l'effet de la monnaie. Ils observent que la création monétaire ne crée pas de l'activité, mais de l'inflation.

 

L'échange, source de la valeur.

 

C'est aussi de l'échange que vient la valeur. C'est ce qu'ont établi les pères du courant néoclassiques, Willam Stanley Jevons et Léon Walras, ainsi que celui du courant autrichien, Carl Menger. Ces trois personnages sont appelés les marginalistes, car ils ont défini la théorie marginale de la valeur. Chacun l'ayant théorisée indépendamment des autres,sans aucune relation entre eux avant la publication de leurs livres, ce qui fait d'eux les cofondateurs de la théorie marginale. Jevons et Menger ont publié chacun sa théorie marginale en 1871, Walras en 1874. Jevons et Walras ont mathématisé la théorie économique, indépendamment l'un de l'autre, mais s'appuyant l'un et l'autre sur les travaux d'Augustin Cournot. Ils ont donc débuté le courant néoclassique. Tandis que Carl Menger restait fidèle à l'approche de l'économie comme une science sociale, et que lui et ses successeurs sont considérés comme ayant fondé le courant autrichien en économie.

 

Au début du 18ème siècle, avant que Smith ne publie La Richesse des Nations, Les physiocrates français voyaient la source de la valeur dans l'agriculture. Ce qui était logique, puisqu'ils vivaient dans une société agricole. L'agriculture semblait créer quelque chose, puisqu'en semant des graines on récoltait une moisson. Puis, les classiques, dont Adam Smith, ont vu la valeur dans le travail. C'est l'économie de la valeur travail. La valeur d'un produit ou d'un service dépendant à la quantité de travail qui y est incorporée. Toujours logique, cette idée correspondant à la révolution industrielle.

 

Mais le concept de valeur travail n'était pas satisfaisant. Il n'expliquait pas les différences de valeur entre deux produits nécessitant la même quantité de travail. De même, il n'apportait pas de réponse au paradoxe de la valeur : pourquoi des produits vitaux, comme l'eau, sont-ils moins chers qu'un produit comme le diamant. C'est à ce paradoxe que vont répondre les marginalistes.

 

Selon les marginalistes, la valeur dépend de l'usage marginal du produit ou du service. Chaque individu classe les usages d'un produit. Ainsi, l'eau sert à la survie, à l'hygiène, à l'irrigation, et, éventuellement, pour le pistolet à eau du petit dernier. Si seul le premier usage, vital, peut être rempli, en raison d'une pénurie d'eau, alors celle-ci vaut cher. Si l'eau est tellement abondante que le dernier usage, le pistolet à eau du petit dernier, peut être rempli, alors l'eau est bon marché. C'est en fait l'usage marginal qui détermine la valeur d'un produit ou d'un service. D'où le terme de marginalisme.

 

Il y a des différences entre les marginalistes. Ainsi, pour Léon Walras, un prix de marché est défini par tâtonnement. Il y a comme un phénomène d'enchère, qui définit un prix de marché pour chaque produit ou service. Pour Carl Menger, chaque transaction peut avoir un prix différent, pour un même produit ou service. Car la valeur est purement subjective. Cependant, dans un cas comme dans l'autre, la valeur résulte de l'échange.

 

L'aboutissement de la théorie économique, avec les les néoclassiques, successeurs des classiques, et le courant autrichien, est donc que la valeur résulte de l'échange.

 

Par conséquent, la recommandation des classiques, des néoclassiques, et des autrichiens, est de laisser chacun entreprendre. Car la prospérité découle de l'échange. Chacun met en œuvre des moyens, pour produire, dans le but d'échanger. L'Etat ne peut pas savoir ce qui est utile, ni décréter une valeur pour les produits ou services, puisque c'est de l'échange que l'utilité et la valeur dépendent. Et les stimulations monétaires créent de l'inflation et des crises. La création monétaire n'est pas le moteur de l'économie.

 

 

 

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Un petit manuel d'économie
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 12:05

 

Chapitre 1

 

Qu'est-ce que l'économie ?

 

Dans un manuel d'économie, il est d'abord nécessaire de définir la matière étudiée. Qu'est-ce que l'économie ? Qu'est-ce qui est étudié ?

 

Pour répondre à cette question, nous nous tournerons vers les " inventeurs " de la matière. L'économie, en tant que science, est née officiellement en 1776, année de parution de l'ouvrage d'Adam Smith : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.

 

Selon Murray N. Rothbard, il y a eu des écrits sur l'économie dès l'antiquité grecque. Mais pas en tant que matière autonome. L'école de Salamanque, au 16ème siècle, a également traité de manière remarquable de thèmes économiques, avec par exemple Francisco de Vitoria et Luis de Molina. Mais sous un angle théologique, toujours selon Murray N. Rothbard. Selon lui, d'ailleurs, le premier économiste n'est pas Adam Smith, mais Richard Cantillon, pour son Essai sur la nature du commerce en général, écrit en 1730, paru en 1755, après la mort de l'auteur.

 

On peut aussi citer, en tant que précurseurs de l'économie les physiocrates, toujours au 18ème siècle, avec le Tableau économique de François Quesnay. Ou encore, Anne Robert Turgot, pour ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, écrites en 1766, et publiées dans les éphémérides du Citoyen de novembre 1769 à janvier 1770. Adam Smith avait d'ailleurs longuement conversé avec Turgot avant d'écrire la Recherche, lors d'un voyage en France. Ce qui fait dire parfois que Turgot a influencé Smith.

 

Il y a donc eu un foisonnement au 18ème siècle. L'interrogation principale est : d'où vient la richesse ? Plus précisément, la richesse, la prospérité d'un pays. Cette interrogation est contenue dans le titre de l'ouvrage d'Adam Smith, ainsi que dans celui d'Anne Robert Turgot, grand commis de l'Etat. C'est aussi le thème de l'Essai de Richard Cantillon. De même, les physiocrates cherchent à favoriser la prospérité du pays.

 

On peut ajouter au tableau le sous-titre du Traité d'économie politiquede Jean – Baptiste Say : Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent, et se consomment les richesses.

 

Il y a d'autres définitions de l'économie. Par exemple, celle de Lionel Robbins, selon qui l'économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relations entre les fins ordonnées et des ressources rares à usages alternatifs. Mais cette définition appartient déjà à une certaine conception de l'économie. On entre déjà dans la théorie économique. On trouvera différentes définitions dans différents manuels, en fonction de l'angle d'observation. Par exemple, des sociologues peuvent avoir leur propre définition de l'économie.

 

Il faut faire un choix parmi les définitions. Nous resterons ici très généraliste. Nous garderons l'approche de ceux qui ont "inventé"la matière. Leur approche recouvre deux aspects. Elle s'interroge sur l'origine de la richesse d'une société (au sens de pays, ou d'ensemble d'individus). Et, ce qui est important, elle est basée sur l'observation. Il s'agit d'observer d'où vient la richesse, et non pas de décréter d'où elle doit venir. Il y a à la fois un but, et une méthode.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Un petit manuel d'économie
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 14:58

 

Introduction

 

Etudier l'économie nécessite de nombreuses années d'université. Pourtant, nombre de personnes n'ayant pas suivi de telles études s'y intéressent. Parce que l'économie concerne la vie de tous les jours, et qu'elle est un enjeu électoral.

 

Il y a de bons livres d'économie. Mais ils peuvent être ardus pour le profane. De plus, il faut en lire quelques uns pour se faire une idée des différents courants. Il faut en outre connaître ces livres, pour les commander, car ils sont rarement en librairie, sauf des librairies universitaires, et encore.

 

Quant à la production littéraire courante mise en avant par les éditeurs en économie, ce n'est le plus souvent que l'expression d'une opinion, changeante, ou d'une condamnation péremptoire, sans bases théoriques. De plus, les termes et les notions économiques sont galvaudés, dans ces ouvrages comme dans les différents médias.

 

Un bon manuel d'économie, pour le profane, doit avant tout développer l'esprit critique chez le lecteur. En effet, en économie, tout discours repose sur un courant théorique. Il n'y a pas une vérité absolue reconnue par tous. Ce qui est dit à la radio, vu à la télévision, entendu, vu ou lu sur internet, tout repose sur une théorie. Même si les journalistes et autres consultants ou experts n'en ont pas conscience.

 

Il faut donc décrire les bases, qui permettent de comprendre d'où viennent les opinions, les discours, les cours que nous entendons autour de nous. Mais juste les bases, sans entrer dans les détails, pour ne pas décourager ceux qui n'ont que peu de temps et d'énergie à consacrer à la matière.

 

Je me propose d'écrire ce petit manuel d'économie pour le profane. En composant des articles sur ce blog, au fil de l'eau, en fonction de mon courage. Ce sera un manuel court, composé d'articles simples, qui sera très accessible, pour permettre à chacun de décrypter les discours des médias, des politiciens et autres banquiers centraux, de situer ces discours dans la théorie économique, et de se faire sa propre opinion. Je ne promets pas de parutions régulières. Mais je vais essayer.

 

Ce petit manuel débutera sur la définition de ce qu'est l'économie en tant qu'objet d'étude. Puis, il abordera le premier cycle, les classiques et les néoclassiques, avec une partie sur la première mathématisation de l'économie. Que le terme mathématisation ne fasse pas peur. Il s'agira d'expliquer la philosophie de cette mathématisation, sans présenter les modèles mathématiques. Ensuite, sera abordé le keynésianisme, et ses nombreuses conséquences. Seront évoqués les thèmes du socialisme et du libéralisme, si mal connus, qui ne sont pas vraiment des thèmes économiques. Pour terminer, une analyse de l'économie après la seconde guerre mondiale, et de la crise de 2008, pour illustrer à quel point les médias, et, même, les livres d'histoire, sont tributaires d'une opinion. Et ainsi inciter à la réflexion face à toute information sur l'économie. les difficultés à se faire une opinion à travers le discours des médias et, même, des livres d'histoire.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Un petit manuel d'économie
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Vendredi 8 août 2014 5 08 /08 /Août /2014 22:38

Déflater le Mythe de la Déflation

Par Chris Casey, publié sur le site du Mises Institute le 2 avril 2014

 

Christopher P. Casey est Managing Director à WindRock Wealth Management.

 

La peur de la déflation sert de justification théorique à toute action inflationniste entreprise par la Réserve Fédérale et les banques centrales à travers le monde. C'est pourquoi la Réserve Fédérale vise un objectif taux d'inflation de 2%, et non de 0%. C'est en grande partie pourquoi la Réserve Fédérale a plus que quadruplé l'offre de monnaie depuis août 2008. Est c'est, remarquablement, un grand mythe, parce qu'il n'y a aucun danger ni dommage inhérent à la déflation.

 

La déflation est crainte non seulement par les partisans de Milton Friedman (ceux de la ainsi nommée école d'économie de Chicago), mais aussi par les économistes keynésiens. Le chef de file keynésien Paul Krugman, dans un article du New york Times en 2010 intitulé "Pourquoi la déflation est mauvaise", cita la déflation comme la cause de la chute de la demande agrégée puisque "quand les gens s'attendent à des prix en baisse, ils deviennent moins désireux de dépenser, et en particulier moins désireux d'emprunter."1

 

Sans doute pense-t-il que le report des dépenses dure indéfiniment. Mais nous savons d'expérience que, même face à des prix en chute, les individus et les entreprises continuent, à un certain point, d'acheter les biens et services en question. La consommation ne peut pas être éternellement repoussée. Nous voyons cela chaque jour dans l'industrie de l'informatique et de l'électronique : la valeur d'usage d'un iPhone durant les six prochains mois vaut plus que l'épargne rendue possible en retardant cet achat.

 

Un autre argument dans la diffamation de la déflation concerne les profits. Avec des prix en baisse, comment les entreprises pourront-elles en faire si les marges sont resserrées ? Mais la marge, par définition résulte à la fois des prix et des coûts. Si les coûts - qui sont après tout des prix eux mêmes - connaissent une chute de la même amplitude (et il n'y a aucune raison qu'ils ne le feraient pas), les profits ne sont pas affectés.

 

Si la déflation n'impacte ni la demande agrégée ni les profits, comment peut-elle causer des récessions ? Elle ne le fait pas. Examiner chaque période de récession depuis la Grande Dépression mènerait à cette conclusion.

 

De plus, l'expérience économique des USA durant le dix-neuvième siècle est encore plus parlante.

 

 

Deux fois, tandis qu'elle connaissait une croissance économique soutenue et significative, l'économie américaine "endurait" des périodes de déflation de 50%.2 Mais qu'en est-il de la "preuve statistique" apportée dans l'ouvrage de Friedman (NdT : et Anna Schwartz) A Monetary History of the United States ? Une étude plus robuste a été complétée par plusieurs économistes de la Réserve Fédérale qui ont trouvé que :

 

le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d'un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période. … Ce qui est frappant c'est que presque 90% des épisodes de déflation n'ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait.3

 

Si la déflation ne cause pas de récessions (ou de dépressions comme on les connaissait avant la deuxième guerre mondiale), qu'est-ce qui le fait ? Et pourquoi était-elle si marquée durant la Grande Récession ? Selon les économistes de l'école autrichienne d'économie, les récessions partagent les mêmes sources : une inflation artificielle de l'offre de monnaie. Le "malinvetissement" qui s'ensuit, causé par des taux d'intérêt baissés artificiellement est révélé quand les taux d'intérêt repartent vers leur taux naturel déterminé par l'offre et la demande d'épargne.

 

Dans la récession qui en résulte, si les prêts basés sur la monnaie en réserves fractionnaires font défaut ou sont remboursés, si une banque centrale contracte l'offre de monnaie, et/ou si la demande de monnaie augmente significativement, une déflation peut se produire. Plus fréquemment, cependant, comme les banques centrales augmentent frénétiquement l'offre de monnaie dès l'approche d'une récession, une période d'inflation (ou du moins de non déflation) sera subie. Ainsi la déflation, parfois un symptôme, est injustement diffamée comme étant une source de récession.

 

Mais les banquiers centraux d'aujourd'hui ne partagent pas cet avis. En 2002, Ben Bernanke avait comme opinion qu'une "déflation soutenue peut être hautement destructive pour une économie moderne et devrait être fortement combattue".4 L'actuel présidente de la Réserve Fédérale, Janet Yellen, partage ses craintes :

 

Il est concevable que cette très basse inflation puisse se transformer en une franche déflation. Pire encore, si la déflation s'intensifie, nous pourrions nous retrouver dans une spirale dévastatrice dans laquelle les prix chutent à un rythme de plus en plus rapide et l'activité économique coule de plus en plus.5

 

Aujourd'hui amarrés à aucune contrainte d'étalon or et plombés par une dette gouvernementale massive, dans tous les scenarii possibles opposant le spectre de la déflation aux ravages de l'inflation, les préjugés et les phobies des banquiers centraux choisiront cette dernière. Ce choix est aussi inévitable qu'il sera dévastateur.

 

Publié par le Mises Institute sous licence :

1Krugman, Paul. “Why is Deflation Bad?” The Conscience of a Liberal. The New York Times 2 August 2010. http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/08/02/why-is-deflation-bad/?_php=true&_type=blogs&_r=0

2McCusker, John J. “How Much Is That in Real Money?: A Historical Price Index for Use as a Deflator of Money Values in the Economy of the United States.” Proceedings of the American Antiquarian Society, Volume 101, Part 2, October 1991, pp. 297-373.

3Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link? January 2004.

4Bernanke, Ben.“Deflation: Making Sure ‘It’ Doesn’t Happen Here.” Remarks by Governor Ben S. Bernanke Before the National Economists Club, Washington, D.C. 21 November 2002. http://www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2002/20021121/

5Yellen, Janet. A View of the Economic Crisis and the Federal Reserve’s Response Presentation to the Commonwealth Club of California. San Francisco, CA 30 June 2009. http://www.frbsf.org/our-district/press/presidents-speeches/yellen-speeches/2009/june/yellen-economic-crisis-federal-reserve-response/

Par Vladimir Vodarevski
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Lundi 7 juillet 2014 1 07 /07 /Juil /2014 16:34

 

La naissance de la science économique est arbitrairement fixée en 1776, année de parution de l'ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith. Pourtant, depuis lors, le débat reste le même : faut-il ou non faire marcher la planche à billet pour relancer l'économie ?

 

Les économistes ont d'abord combattu cette idée. C'est ainsi que Jean-Baptiste Say a écrit son célèbre chapitre Des débouchés, dans ses Principes d'économie politique, où il explique que les produit s'échangent contre des produits, et que ce n'est pas le manque de monnaie qui provoque de mauvaises affaires chez les commerçants. James Mills et bien d'autres démontreront la même chose.

 

Mais les politiciens ont toujours souhaité des formules magiques, qui promettent le beurre et l'argent du beurre, comme Ludwig von Mises l'écrit dans L'action humaine, en des termes plus châtiés je le reconnais.

 

Aujourd'hui ne fait pas exception à la règle. Alors que la planche à billets n'a jamais autant fonctionné en temps de paix, les gouvernements en réclament encore. Alors que les faits montrent que les économies les plus flexibles, les plus aptes à se restructurer, s'en sortent mieux, c'est toujours plus de création monétaire qui est réclamée. Alors même que durant les trente glorieuses le monde a connu une croissance sans création monétaire excessive. Alors même que les relances face à la crise des années 1970 ont échoué.

 

Rien n'y fait, encore et toujours la création monétaire est plébiscitée pour relancer l'économie. Les faits contredisent cette idée, qui n'est même pas démontrée théoriquement. Il faut reconnaître à Keynes, à ce sujet, une merveilleuse figure de rhétorique, par laquelle il s'est dispensé de démontrer ses dires.

 

Keynes écrit que les économistes qui l'ont précédé considéraient qu'il ne pouvait pas y avoir de crise, car, selon eux, l'offre crée sa propre demande. L'argent dépensé en investissements et salaires permettant de générer une demande pour les produits fabriqués.

 

Sauf que c'est faux. Les économistes, avant Keynes, envisageaient les crises, et ils n'ont jamais prétendu que l'offre créait sa propre demande.

 

Cependant, la version de Keynes s'est imposée. Version selon laquelle l'argent dépensé, en investissements et salaires, crée une demande, selon les économistes classiques et néoclassiques. Ce qui dispense Keynes de démontrer cette relation. Il peut alors, tout simplement, écrire qu'il faut amorcer la pompe, par la dépense publique, sans démontrer pourquoi la dépense créerait de la croissance. Du très grand art, il faut le reconnaître.

 

Aujourd'hui, Keynes sert de justification théorique aux appels à une relance par la création monétaire, qui ne donne pas de résultat. En fait, l'idée que la création monétaire crée de la croissance sert les politiciens avides de pouvoir. Elle leur offre un moyen miraculeux, sans aucun effort, de relancer l'économie. Le keynésianisme fait ainsi le lit du populisme.

Par Vladimir Vodarevski
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Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 13:19

 

Contrepoints publie un article du Minarchiste sur l'inflation, excellent (comme tous les articles du Minarchiste), fort bien documenté. L'occasion pour moi de revenir sur le manque de logique du discours des économistes qui dominent la discipline.

 

L'inflation est un enjeu en matière de théorie monétaire. En effet, selon la théorie quantitative de la monnaie, selon les monétaristes, selon l'école autrichienne d'économie, la création monétaire entraîne de l'inflation. Or, la création monétaire par les banques centrales est devenu la principale politique économique aujourd'hui. Les banques centrales créent de la monnaie pour relancer l'économie. Et c'est ce que demande la plupart des gouvernements.

 

Ceux qui prônent la création monétaire pour relancer l'économie arguent que la création monétaire n'a pas provoqué d'inflation ces derniers temps, ce qui invaliderait les théories liant inflation et création monétaire. Cependant, le Minarchiste montre deux choses. D'abord, que les statistiques de l'inflation sont un construit, à partir de préjugés. Ainsi, un des graphiques de l'article montre que la méthodologie de la mesure de l'inflation a changé au fil du temps, ce qui a provoqué une diminution de l'inflation mesurée.

 

Le Minarchiste souligne aussi que l'inflation mesurée est la hausse générale des prix à la consommation. Pourquoi la hausse générale, et pourquoi les prix à la consommation ? Les économistes de l'école autrichienne connaissent l'effet Cantillon, selon lequel l'inflation commence par certains biens, et n'est pas à ses débuts générale. Surtout, comme le souligne le Minarchiste, l'inflation ne concerne pas uniquement les prix à la consommation. Il y a les prix de l'immobilier, les prix des actifs financiers.

 

Aujourd'hui, les prix à la consommation augmentent faiblement, au contraire de l'immobilier et des actifs financiers. Comme seuls sont considérés les prix à la consommation, on considère qu'il n'y a pas d'inflation.

 

On notera au passage qu'on ne cherche pas à savoir si les prix n'auraient pas baissé, et donc si le pouvoir d'achat n'aurait pas augmenté, et par conséquent si la consommation n'aurait pas augmenté, sans la création monétaire superflue.

 

La hausse des prix des actifs financiers et immobiliers est prise en considération. Mais on ne parle pas d'inflation. On parle de bulle.

 

Pourquoi considérer que d'un côté il y a de l'inflation, et de l'autre des bulles ? Pourquoi éviter soigneusement le terme d'inflation en matière financière, immobilière, ou tout ce qui se vend sur des marchés financiers, comme les matières premières, agricoles ?

 

Il n'y a là aucune logique. Pourquoi la plupart des économistes adoptent-ils ce discours ? A mon avis, la majorité ne se pose pas de questions. Ils prennent les indicateurs tels qu'ils sont définis. Mais pourquoi cette absence de sens critique, de questionnement, de la part d'esprits brillants, très intelligents ?

 

L'une des explications avancées dans les milieux libéraux est que les économistes sont au service du prince, et diffusent les théorie qui plaise au prince. Effectivement, la plupart des économistes dépendent des subsides publics. Il est frappant de constater que le débat est en fait permis grâce au système des think tanks aux USA, qui permettent une certaine pluralité. Ludwig von Mises, dont les théories ne sont pas en faveur du pouvoir des politiciens, vivait notamment grâce aux séminaires qu'il organisait.

 

Or, le discours des économistes sert totalement les intérêts des politiciens. Ils ont dû intégrer l'idée que la la création monétaire pouvait induire une augmentation des prix à la consommation, car la lutte contre l'inflation a été une réalité dans les années 1970 et 1980. Mais dès qu'il s'agit des prix de l'immobilier, des actifs financiers, des matières premières, il est question non d'inflation, mais de bulle.

 

Et on remarquera qu'on ne lie jamais ces bulles à la politique monétaire. On accuse les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu'est la finance. En réponse, on réclame plus de réglementation. Plus de pouvoir pour les politiciens. Ce qui provoque de nouvelles bulles.

 

On remarquera aussi que jamais on ne remet en question les politiques monétaires. Elles sont forcément bonnes, et ce sont forcément les marchés financiers les grands méchants. Si on les remettait en cause, on enlèverait un pouvoir attribué aux politiciens, celui de relancer l'économie, grâce à la magie de la création monétaire.

 

Est-ce que le système met en avant des économistes favorables aux politiciens ? Est-ce la raison du manque de logique la plupart du temps du discours économique ? Du refus du questionnement, pourtant à la base de toute science ?

 

 

 

 

Par Vladimir Vodarevski
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Dimanche 29 juin 2014 7 29 /06 /Juin /2014 21:29

 

L'économie se veut une science. Elle se pique d'utiliser des outils mathématiques complexes, d'utiliser des méthodologies basées sur l'observation de la réalité, déterminant des lois comme la physique. Elle se gausse aujourd'hui des anciens économistes, qui n'utilisaient pas les mathématiques, et n'y fait pas références, ne les connaissant pas. Sûr d'eux, les économistes écrivent des articles péremptoires, devenant même des vedettes, comme le si célèbre Paul Krugman.

 

Pourtant, le discours des économistes est tellement en contradiction avec la réalité, qu'il apparaît plus comme celui d'une croyance, d'une secte, qui veut à tout prix imposer son idéologie.

 

Ainsi, le discours dominant est que nous sommes passés, depuis les années 1980, à une politique économique dominée par ce qui est appelé le néo-libéralisme, sinon l'ultra-libéralisme. En particulier, le keynésianisme, et son concept de relance par la dépense publique a été abandonné. Les politiques actuelles sont des politiques d'austérité, et, la crise montre qu'il faudrait revenir à une politique keynésienne, pour relancer la croissance.

 

Sporadiquement est même dénoncé une loi de 1973, dite loi Rothschild, qui interdirait à la banque centrale de financer les dépenses de l'Etat. Comme est dénoncée l'austérité de l'Europe, et plus particulièrement de l'Allemagne.

 

Ces critiques sont paradoxales. En effet, jamais, en temps de paix, les dépenses publiques et les déficits n'ont été si élevés, jamais la politique monétaire n'a été aussi accommodante, et, surtout, jamais les règles qui régissent l'économie mondiale n'ont été aussi keynésiennes. Jamais les Etats n'ont eu autant de latitude pour dépenser, jamais la dépense n'a été à ce point érigée comme moteur de l'économie. Et, finalement, jamais la politique économique n'a été aussi dirigiste, à part dans les Républiques Socialistes.

 

C'est à travers la politique monétaire que s'impose ce keynésianisme. Celle-ci a profondément évolué depuis l'après deuxième guerre mondiale, pour devenir un instrument de politique keynésienne.

 

Après la seconde guerre mondiale, ce sont les accords de Bretton Woods qui régissaient les monnaies. Le principe était celui des parités fixes par rapport au dollar. La valeur de chaque monnaie était déterminée par rapport au dollar. La valeur du dollar étant également fixe, déterminée par une certaine quantité d'or. C'était une sorte d'étalon or inversé.

 

Concrètement, ce système limitait la création monétaire. Les USA devaient avoir de l'or pour créer de la monnaie. Les autres pays devaient avoir des dollars pour créer de la monnaie. Bien sûr, la relation n'était pas stricte. Il pouvait y avoir création monétaire dans un pays, mesurée, même si les réserves en dollars n'augmentaient pas. Mais le système imposaient des limites, qui empêchaiet de trop grands déficits publics.

 

Imaginons qu'un pays comme la France se lance dans une politique de dépenses publiques. Ce qui entraîne des achats à l'étranger, ne serait-ce que pour les matières premières. Ces achats sont réglés en dollars. Les réserves de changes deviennent insuffisantes, et c'est la crise monétaire.

 

Cet exemple n'est pas un cas d'école. La France a ainsi connu plusieurs dévaluation dans les années 1950-1960. Aujourd'hui, ces dévaluations sont considérées comme une politique de relance. Or, cela n'a jamais été le cas. Les dévaluations étaient un symptôme : le pays vivait au dessus de ses moyens. Il fallait donc opérer ce qu'on appellerait aujourd'hui un plan d'austérité. Sans compter que les prix augmentaient du fait de l'augmentation des prix des matières premières. Cela se voyait moins qu'aujourd'hui, car la France était en pleine période de rattrapage économique, et que les prélèvements étant inférieurs aux niveaux actuels, il y avait plus de marges pour les augmenter.

 

Les accords de Bretton Woods tiraient les conséquences de la crise de 1929. Le protectionnisme et les dévaluations compétitives avaient aggravé cette crise. Le monde ne s'était d'ailleurs pas remis de la Première Guerre Mondiale, qui avait été financée par la création monétaire, et avait détruit la stabilité monétaire qui l'avait précédée. Bretton Woods était une tentative de retrouver cette stabilité.

 

Mais les accords de Bretton Woods ont été rendus caducs par les USA, qui ne les ont pas respectés. Aujourd'hui, nous sommes dans un système de changes mobiles. Ce qui signifie que la création monétaire n'est plus contrainte par la quantité d'or détenue par la banque centrale américaine, ou la quantité de dollars détenue par les banques centrales des autres pays.

 

Par conséquent, les banques centrales peuvent manipuler les taux d'intérêt comme elles le veulent. Ce qui permet à la banque centrale des USA, la Fed, de baisser les taux d'intérêet pour soutenir la croissance. Ce que fait également la banque centrale européenne, au mépris de son mandat. Cela n'était pas possible avec les accords de Bretton Woods, sauf pour la Fed. C'est parce que la Fed a laissé la création monétaire s'emballer que ces accords sont devenus caducs.

 

D'autre part, l'activité des banques est contrainte par les critères de Bâle. Ces critères décident de ce qui est risqué et de ce qui ne l'est pas. Ainsi, les crédits aux Etats, ou les placements dans des obligations d'Etat, sont considérés comme sans risque. En deuxième position vient l'immobilier, comme par hasard à l'origine d'une bulle aux USA, et de la crise actuelle. L'investissement dans les entreprises, ou le crédit aux entreprises, est au contraire considéré comme risqué. Si une banque accorde un crédit à un secteur considéré comme étant risqué, ou achète des titres financiers d'une entreprise classée à risque, elle doit disposer de plus de fonds propre que si elle investissait dans des secteurs considérés comme moins risqués par la réglementation. Ce qui diminue sa rentabilité. Les banques sont donc fortement incitées à mettre de l'argent dans les obligations d'Etat. Ajoutons que les agences de notations sont également obligées de tenir compte des critères de Bâle, puisque ceux-ci leur donnent leur rôle actuel.

 

Nous avons donc une réglementation qui favorise la dépense. D'un côté une banque centrale libre de manipuler les taux d'intérêt à sa guise, et donc de les baisser pour relancer l'économie. De l'autre une réglementation qui favorise l'endettement des Etats. Jamais, en période de paix, les Etats n'ont pu s'endetter autant sur une longue période.

 

Notons aussi cet autre paradoxe, à savoir que nous avons connu après la deuxième guerre mondiale une période de croissance alors que la création monétaire était contrainte. Pourtant, on nous serine aujourd'hui que la création monétaire est la clef de la croissance. Encore un exemple de la déconnexion des économistes vis-à-vis de la réalité.

 

Toutes les règles qui régissent la monnaie sont orientées vers la dépense publique. Tout est fait pour favoriser la dépense publique. Et la politique monétaire est devenue l'alpha et l'oméga de la politique économique. Les banques centrales pensent contrôler l'économie, en accélérant la croissance ou en la ralentissant, via les taux d'intérêt (voir l'article Le keynéso-monétarisme).

 

Existe-t-il encore une science économique ? Le débat est trop politisé. Et les politiciens aiment les solutions faciles. Ceux qui proposent ces solutions faciles, et des boucs émissaires ont ainsi de beaux jours devant eux.

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : Humeur
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